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Yves Jégo : « Si tu ne vas pas à l'université, l'université vient à toi »

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Yves Jégo : « Si tu ne vas pas à l'université, l'université vient à toi »
© A.P. - Yves Jégo, le député et ancien maire de Montereau-Fault-Yonne continue sa croisade en faveur du numérique.

Le député et ancien maire de Montereau continue sa croisade en faveur du numérique. Après avoir fait prospérer l'Ecole de la deuxième chance en Seine-et-Marne, il soutient les formations avec la fondation Impala, et donne le coup d'envoi de la "digitale académie", plateforme qui permet aux jeunes d'accéder aux études supérieures.

Affiches Parisiennes : Vous êtes à l'origine de l'École de la deuxième chance en Seine-et-Marne ?

Yves Jégo : Voilà 10 ans que j'ai pris cette initiative. Au-delà de mes mandats, elle est la concrétisation d'un combat personnel. À l'origine, l'École de la deuxième chance était plutôt localisée dans le Sud de la Seine-et-Marne. Elle a aujourd'hui une vocation départementale, avec la possibilité d'accueillir et de financer, en alternance, 400 jeunes déscolarisés par an.

Cette école, je l'ai voulue, je l'ai portée avec une poignée de bénévoles, en dehors de toute institution. Elle est gérée par une association régie par la loi de 1901. Il y a quelques mois, nous avons failli mettre la clé sous la porte. Nous affrontions des difficultés financières liées à l'absence de subvention du département de Seine-et-Marne, sous l'ancienne majorité. Nous étions alors la seule école, dans les huit départements d'Île-de-France, à ne pas recevoir de subsides de notre Conseil départemental. Quand Jean-Jacques Barbaux a été élu à la présidence et avec l'aide d'autres élus, comme Brice Rabaste, le maire de Chelles, et Jean-Louis Thieriot – conseiller départemental, canton de Nangis –, nous avons pu plaider l'intérêt pour notre territoire de garder cette école.

En dehors de ce qu'on peut entreprendre quand on est maire ou député, nous devons faire avancer des causes comme celle de l'insertion de ces jeunes qui n'ont pas eu de deuxième chance. C'est majeur si nous voulons que notre pays évolue harmonieusement.

En 10 ans, quelque 3 000 jeunes ont suivi ce parcours, avec un taux d'insertion proche de 90 %. Nous sommes très exigeants. Le décrocheur qui ne veut pas faire d'efforts n'est pas fait pour cette école, puisqu'elle n'est pas obligatoire. Nous fonctionnons sur la motivation, sur l'engagement du jeune.

Nous sommes d'ailleurs en concurrence déloyale avec des dispositifs malheureux, comme la “garantie jeune”, inventée par François Hollande, qui permet à un jeune de rejoindre une mission locale et de percevoir 450 euros par mois, sans travailler. Nos jeunes reçoivent 370 euros par mois, en travaillant. Je dénoncerai prochainement à l'Assemblée nationale cette idée qu'on peut gagner plus en ne travaillant pas qu'en travaillant. Le meilleur service que l'on peut rendre à un jeune, c'est bien entendu de lui apporter une rémunération en échange d'un effort.

A.-P. : Dans ce cadre de l'École de la deuxième chance, vous venez de lancer, à Chelles, la formation des "plombiers du numérique"…

Y.J. : Aujourd'hui, à Chelles, l'École de la deuxième chance partage effectivement avec la fondation Impala ce beau projet de formation de trois mois pour qualifier des jeunes et les emmener vers les spécialités des « plombiers du numérique », toutes ces activités qu'on ne voit pas, du déploiement de la fibre optique à l'administration réseau, en passant par le câblage… Dans un data center, où l'on gère le Cloud, il y a beaucoup de fils et il faut des techniciens qui soient capables de brancher ces fils et de vérifier leur fonctionnement. Ce sont là des métiers d'avenir.

Dans ce secteur spécifique, on estime que 40 000 emplois vont être créés en France d'ici à quelques mois. Avec cette formation qualifiante, nous voulons démontrer que les “décrocheurs”, ceux qui sont les plus éloignés de la formation, peuvent devenir les premiers acteurs de ces nouveaux métiers qui sont au numérique ce que les plombiers sont à la tuyauterie domestique.

Lancement de la formation des "plombiers du numérique" à Chelles. © A.P.

A.-P. : À Montereau, ville dont vous avez été maire pendant de nombreuses années, vous vous êtes également intéressé au numérique à travers un campus dédié et une digitale académie ?

Y.J. : Quand nous avons créé le Campus numérique, nous affirmions que dans ce secteur, au-delà des activités d'ingénieurs, existent des métiers de techniciens. Le Campus numérique de Montereau (lire encadré en page 6) forme ainsi des spécialistes de la fibre optique. Cela représente actuellement quelque 150 embauches pour la seule Île-de-France.

Le numérique représente aujourd'hui dans notre département de Seine-et-Marne une réelle opportunité de changer la donne. Notre très innovante “digitale académie”, qui voit par ailleurs le jour, nous permet de dire “si les jeunes Seine-et-Marnais ne peuvent pas aller à l'université, c'est l'université qui vient à eux”. Nous venons d'installer, dans un local de 500 m2, un équipement magnifique, salué récemment par le Premier ministre, Edouard Philippe.

A.-P. : Comment fonctionne cette digitale académie ?

Y.J. : Elle permet à un jeune qui a son bac, ou le niveau bac, d'accéder aux études supérieures sans quitter son quartier. Il y a actuellement, via internet et le numérique, une offre d'enseignement qui se développe dans le monde entier. Demain, depuis la digitale académie de Montereau, il sera ainsi possible d'accéder aux études supérieures, en France comme à l'étranger. La seule obligation pour l'étudiant sera d'aller passer ses examens au sein de l'université dont il suit l'enseignement. Il est très différent d'aller deux fois par an dans une université pour y passer des examens et d'aller y vivre avec tout ce que cela comporte comme déplacements, comme frais d'hébergement, comme changement culturel…

Il faut savoir qu'en Seine-et-Marne, nous avons le plus faible taux d'accès aux études post-bac de France.

Voilà comment le numérique peut, en Seine-et-Marne en particulier, irriguer nos territoires qui font partie des grands absents du développement universitaire. Nous sommes en retard et en panne dans ce secteur. L'université de Marne-la-Vallée n'irrigue que la moitié du département et nous avons un croupion d'université à Melun qui regroupe les formations dont personne ne veut à Paris. L'hôpital de Melun a raté l'enseignement hospitalo-universitaire. Alors qu'on voit arriver le développement de l'enseignement via le numérique, il n'y a pas de raison de ne pas capter ce potentiel pour offrir aux jeunes Seine-et-Marnais, très éloignés des lieux d'enseignement supérieur, des opportunités près de chez eux, avec des coachs, des moyens d'accompagnement et la capacité que nous avons de les faire bénéficier d'un potentiel opérationnel. Nous avons créé un lieu de vie, de travail et de calme. Nous essayons de capter dans cette digitale académie tout ce qu'il est possible d'entreprendre aujourd'hui, en matière d'études supérieures, sans bouger de chez soi.

À Montereau, à partir d'octobre, 4 000 modules d'enseignement supérieur seront ouverts à tous les jeunes Seine-et-Marnais qui le souhaitent. Nous attendons cette année une quinzaine d'étudiants. Les cours seront accessibles via internet, à travers des MOOC, des travaux dirigés avec Skype, des échanges de mails, des contacts directs avec les enseignants…

Il faut que ce concept d'enseignement passe culturellement, ce qui n'est pas acquis. C'est un modèle que nous devons expliquer. Nous souhaitons ensuite monter en puissance.

A.-P. : Quel est le coût pour l'étudiant ?

Y.J. : Il y a une contribution annuelle de 25 euros et, naturellement, les frais d'inscription et de scolarité liés aux universités dont les jeunes désirent suivre l'enseignement. Les familles économisent, en revanche, les déplacements, les frais d'hébergement… Le prix d'un étudiant qui se délocalise.

Les étudiants de la digitale académie auront naturellement les mêmes droits que ceux qui vivent sur les campus, la même carte du Crous, le même accès à la Sécurité sociale… Ce sont des étudiants à part entière. Simplement, ils ne sont pas physiquement assis sur les bancs de leur université. Ils pourront aussi avoir les mêmes diplômes, de la même valeur.

A.-P. : Ce concept est d'ailleurs en train d'essaimer…

Y.J. : Oui, d'autres digitales académies, à Lons-le-Saunier par exemple, sont notamment en train de naître. Nous allons créer une Fédération internationale des digitales académies. J'étais dernièrement au Cameroun pour vendre ce concept. Ces plateformes pourront se mettre en réseau pour échanger leurs bonnes pratiques et permettre à des milliers d'étudiants d'accéder ainsi facilement à l'enseignement supérieur.

A.-P. : Vous menez d'autres projets en Seine-et-Marne, notamment la création du Parc Napoléon. Où en est-on actuellement sur cet espace loisirs très attendu ?

Y.J. : Le Parc Napoléon avance bien. C'est un nouveau centre de loisirs de 50 hectares consacré à la mise en scène de l'Histoire de France, avec, en fil rouge, le personnage de l'empereur. Le calendrier devrait être respecté. La pose de la première pierre est prévue en 2021, l'ouverture en 2023. Ce parc nécessite 100 millions d'euros d'investissement initial, auxquels s'ajouteront 100 autres millions dans la décennie qui suivra l'ouverture. Ce projet a vocation, à terme, d'attirer annuellement un million de touristes. On y trouvera à la fois des spectacles vivants, des shows numériques et des spectacles animaliers.

Nous avons aujourd'hui trouvé un pool de financeurs intéressés par ce projet. Nous sélectionnons actuellement l'opérateur qui aura mission de gérer ce parc.

Nous devrions donc réussir à doter la Seine-et-Marne d'un deuxième parc d'attractions, après Disneyland. C'est actuellement le seul grand projet de tourisme en Île-de-France.

A.-P. : Vous venez de quitter la mairie de Montereau. Quel est votre sentiment concernant le non-cumul des mandats ?

Y.J. : Je pense que la France reviendra sur cette décision. Le jour où nous aurons des parlementaires qui n'ont plus aucune expérience de terrain, nous perdrons peut-être de la richesse à l'Assemblée nationale. Force est pourtant de constater que les Français voulaient la fin du cumul des mandats. J'approuve donc cette exigence du pays et je me le suis appliqué dès le soir de mon élection. Néanmoins, on n'est pas maire d'une ville aussi attachante que Montereau pendant 22 ans sans avoir un petit pincement au cœur le jour où l'on cède le fauteuil. Mon successeur James Chéron a 39 ans. Il a fait consensus dans la majorité. Il a pris à bras-le-corps les dossiers qu'il connaissait déjà puisqu'il était mon adjoint. Au fond, en politique, le plus dur c'est de sortir. Eh bien, je suis très heureux de la façon dont je suis sorti.

A.-P. : Sur le plan politique à présent, que pensez-vous des premiers pas du nouveau Gouvernement ?

Y.J. : J'ai sur ce sujet un a priori positif. Le Premier ministre est un ami, plusieurs ministres sont issus de ma famille politique. Je souhaite que ce gouvernement réussisse pour voir l'économie et la confiance relancées. Il faut qu'il parvienne à faire baisser le chômage avant d'entreprendre de profondes réformes pour adapter la France au numérique – nous revenons à ce sujet ! – et à un monde qui change à grande vitesse. Je suis pour ma part dans une opposition constructive. Nous avons constitué un groupe “Les Constructifs” à l'Assemblée nationale avec d'anciens députés LR et de l'UDI pour construire une opposition intelligente, ouverte, moderne, très européenne dans sa vision, avec vocation d'approuver tout ce qui va dans le bon sens, tout en gardant notre liberté.

A.-P. : Que pensez-vous de la moralisation de la vie politique en marche ?

Y.J. : Il faut que les Français retrouvent confiance en leurs élus. Ils sont actuellement persuadés que les politiques ne voient que leur intérêt personnel et que l'intérêt général est relégué au second rang. Il faut casser cette vision, sans pour autant tomber dans l'anti-parlementarisme. Je pense donc qu'il faut prendre un certain nombre de dispositions. L'une de ces dernières me touche personnellement. Je travaille avec ma femme depuis 10 ans. Elle collaborait avec d'autres élus avant de me connaître, c'est son métier… Je voterai pourtant la loi qui va m'interdire de travailler avec elle. L'affaire Pénélope Fillon a créé un traumatisme et il faut savoir y répondre. Nous devons essayer de rétablir la confiance entre le peuple et les élus, c'est le ciment de la démocratie.




Anne MOREAUX
Journaliste

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