AccueilActualitéInterviewYaël Braun-Pivet : L’égalité hommes-femmes, un combat à mener « jusqu’au dernier jour du mandat »

Yaël Braun-Pivet : L’égalité hommes-femmes, un combat à mener « jusqu’au dernier jour du mandat »

À l’occasion de la journée internationale pour les Droits des femmes, Yaël Braun-Pivet, récemment élue “députée de l’année” par le Prix Trombinoscope, aborde la place des femmes dans la vie politique, son expérience personnelle en la matière.
Yaël Braun-Pivet : L’égalité hommes-femmes, un combat à mener « jusqu’au dernier jour du mandat »
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ActualitéInterview Publié le , Propos recueillis par Boris Stoykov

Affiches Parisiennes : Vous avez récemment été élue “député de l'année”. Vous qui venez du monde civil, pensez-vous que ce prix est une reconnaissance de la place des femmes dans la vie publique ?

Yaël Braun-Pivet :C’est une belle reconnaissance de la part du monde politique et de la presse qui suit ce monde avec un regard affûté. C'est une reconnaissance du travail fourni depuis 2017 et surtout, pour moi, un vrai signe que les femmes ont leur place en politique, tout comme la société civile. C’est la preuve que l'on peut, à force de travail, de persévérance, en incarnant sa fonction et en s’efforçant de dépasser les clivages, trouver sa place pleine et entière dans ce monde politique parfois décrit comme fermé. Je crois que depuis 2017, avec l'arrivée de nombreuses députés femmes, mais aussi d’hommes, issus de la société civile, nous avons pu montrer que chacun pouvait avoir un engagement politique et réussir à le faire vivre. Au-delà de moi-même, c’est ce succès de la société civile et des femmes en politique que je veux retenir.

A.-P. : Il y a eu des avancées notables, suite à la parité au sein de la majorité présidentielle initiée par le président Macron. Rencontrez-vous encore des difficultés en tant que femme politique ?

Y. B.-P. : La vie politique, par nature, comporte des difficultés que tout le monde connaît et que tout le monde doit affronter, qu'on soit homme ou femme. Je crois qu'aujourd'hui, la présence massive de femmes en politique a permis de réduire à la portion congrue les cas de misogynie ou de sexisme qui pouvaient exister auparavant. À l'Assemblée nationale, au Sénat et dans les différentes instances locales, l’effet de nombre joue. Lorsque vous arrivez à une quasi parité, elle entraîne, mécaniquement, la disparition des comportements sexistes. Même si certains actes se produisent encore, ils sont de moins en moins nombreux. Cela dit, l'aventure des femmes en politique, même si elle est bien engagée, n'est pas terminée. Il reste encore une dernière frontière.

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A.-P. : Vous estimez donc que la parité entre les hommes et les femmes doit être, aujourd’hui, une évidence et pas une exigence ?

Y. B.-P. : Tout à fait. Je pense d’ailleurs que pour les nouvelles générations, elle est déjà une évidence, pour les hommes comme pour les femmes. C’est la force de la loi qui a permis cela. Ce qui n'était absolument pas une réalité l’est devenu, grâce à la loi et apparait désormais comme une évidence.

A.-P. : Depuis le début de votre mandature, quelles grandes avancées législatives ont été faites pour les femmes ?

Y. B.-P. : J'ai vu passer un certain nombre de lois en commission. Mais je crois tout d'abord que pour obtenir des avancées, une impulsion politique forte et durable est nécessaire. Le président de la République, en faisant de l'égalité femmes-hommes la grande cause du quinquennat, a donné cette impulsion. Elle est restée forte durant toute la mandature et jusqu’au dernier jour du mandat, nous continuerons à renforcer cette égalité. En témoignent les dernières lois votées, comme celle sur l'allongement du délai de l‘IVG, la loi visant à renforcer la parité au sein du bloc communal ou encore celle relative à l'égalité économique et professionnelle adoptée fin 2021. Cette impulsion politique a également permis d'inscrire des mesures relatives à l'égalité femmes-hommes dans presque tous les projets de loi examinés par le Parlement. C’est le cas de la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, de celle pour la transformation de la fonction publique ou encore de la loi confortant le respect des principes républicains. Ces textes, qui n'avaient pas nécessairement comme objet premier l’égalité entre les femmes et les hommes, ont intégré des dispositions visant à la favoriser. Lorsque l’objectif d'égalité irrigue ainsi l'ensemble des politiques publiques et de l'action législative, les résultats sont réels et concrets.

A.-P. : Aujourd'hui, comment percevez-vous cette parité en pratique ? Doit-elle toujours être virtuelle ou s’agit-il d’une véritable parité morale ?

Y. B.-P. :L’objectif de parité est toujours d’actualité, puisqu'il existe encore un certain nombre de secteurs où nous n’y sommes pas parvenus. Il faut continuer les efforts et continuer à renforcer l'arsenal législatif pour y parvenir plus rapidement. Ensuite, la parité ne doit pas uniquement être numérique. Elle doit se concrétiser dans l'ensemble des postes à responsabilité. Dans les conseils municipaux, par exemple, la parité est bien là pour les conseillers municipaux mais absolument pas lorsqu'il s'agit d'exercer les fonctions de maire : les femmes représentent à peine 20% des maires. Nous avons donc encore cette fameuse dernière étape à franchir pour atteindre la parité dans l'exercice des plus hautes fonctions. Il reste beaucoup de chemin à faire dans les entreprises du CAC 40, dans les postes à vocation scientifique, dans les grandes institutions de la République comme le Conseil constitutionnel ou la Cour des comptes et, bien évidemment, en politique. Le nombre est important, mais pas suffisant pour pouvoir parler d’égalité pleine et entière.

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A.-P. : De nombreuses avancées législatives ont également été observées dans le cadre de la lutte contre les violences faites aux femmes, qui prennent différentes formes. En êtes-vous satisfaite ?

Y. B.-P. : Dans ce domaine, nous avons, eu une attention particulière depuis le début du quinquennat. Le volet législatif est particulièrement important, avec la loi contre les violences sexuelles et sexistes de 2018, ou celle qui vise à protéger les victimes de violences conjugales de 2020. Cet arsenal législatif est nécessaire, mais pas suffisant. Notre action politique a aussi permis une meilleure prise en charge des femmes victimes de violences, respectueuse de la souffrance des victimes et de chaque cas, en formant notamment près de 90 000 policiers et gendarmes. Le numéro 3919 est devenu accessible 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. Deux mille places d'hébergement ont été créées ces deux dernières années, 3 000 téléphones “Grave danger” mis à disposition et 1 000 bracelets anti-rapprochement déployés. Nous ne serons satisfaits que lorsque nous n'aurons plus de femmes victimes de violences sexuelles et sexistes, lorsque plus aucune femme ne décèdera sous les coups de son compagnon. Tant que cela ne sera pas le cas, il faudra que nous nous battions. Je voudrais également dire que je remarque que les textes portant sur ce sujet ont souvent fait l’objet d’une unanimité ou d’une quasi-unanimité dans l'hémicycle. C’est un sujet qui dépasse les clivages politiques, qui réclame la mobilisation de tous et sur lequel le Parlement a été au rendez-vous des Françaises, pour mieux les protéger. Sur chacun de ces textes, je crois que nous avons réussi à nous montrer à la hauteur de cet enjeu.

A.-P. : Reste-t-il encore beaucoup à faire pour les femmes ? Comment voyez-vous l'avenir pour elles ?

Y. B.-P. : Le combat de la protection des femmes, de l'égalité hommes-femmes, de la préservation de leurs libertés et de leurs droits est un combat pour lequel il ne faut jamais baisser la garde. Nous avons le devoir de rester collectivement vigilants et à la tâche, parce qu'il y a encore beaucoup à faire. Cette cause doit rester essentielle et continuer à transcender les clivages. C’est aussi à la société dans son ensemble de continuer à s’en emparer : chacun peut être témoin de comportements sexistes ou de violences et il peut arriver que certains fassent le choix de baisser les yeux. Or, il ne faut jamais rien laisser passer. Je crois donc que ce combat doit être celui de chaque citoyen. Nous devons tous le mener pour pouvoir le gagner.

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