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Xavier Chassin de Kergommeaux - Gide : "Nous investissons dans l'innovation"

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Xavier Chassin de Kergommeaux - Gide : "Nous investissons dans l'innovation"
© DR

Xavier Chassin de Kergommeaux est Senior Partner chez Gide. à ce titre, il vient de veiller aux destinées du déménagement du cabinet, quittant l'adresse historique Cour Albert 1er pour la rue de Laborde. Selon lui, ce changement de locaux, est en phase avec « une nouvelle cohésion des équipes » et le déploiement des outils de demain, du contract express à la justice prédictive, en passant par les due diligences automatisées.

Affiches Parisiennes : Vous êtes actuellement Senior Partner chez Gide. Quelle est votre mission spécifique au sein de la structure ?

Xavier Chassin de Kergommeaux : Je suis entré au cabinet en 1990, au sein du département bancaire et financier, après deux ans de banque, non pas comme juriste, mais comme banquier. Je me suis spécialisé dans les financements structurés, particulièrement en titrisation et en financement de créances. J'ai ensuite été Managing Partner entre 2004 et 2009 et je suis Senior Partner depuis janvier.

Comme le stipule notre contrat d'association, ce cabinet mondial est dirigé par un comité exécutif de cinq personnes, le Senior Partner, l'équivalent du président, le Managing Partner, l'équivalent du directeur général, et trois conseillers, l'équivalent des administrateurs. Contractuellement, le Senior Partner et le Managing Partner forment le binôme dirigeant avec des pouvoirs identiques, avec une légère primauté d'honneur au Senior Partner. Stéphane Puel, l'actuel Managing Partner, achève sa septième année à ces fonctions.

"Nous fêterons nos 100 ans en 2020"

C'est pour moi très confortable de l'avoir à mes côtés. Il est parfaitement au fait de tous les dossiers, notamment celui du déménagement qui a été l'un des plus grands défis du cabinet cette année.
Nous bénéficions également de l'appui d'une secrétaire générale qui coordonne le travail des différentes directions, comptable, informatique, communication, développement... C'est un renfort considérable pour nous.

A.-P. : Que représentent pour vous ce déménagement et l'arrivée dans ces nouveaux locaux ?

X. C. de K. : C'est clairement une page qui se tourne pour le cabinet. à titre personnel je l'ai tournée sans aucun état d'âme. Manifestement, eu égard à l'ambiance qui règne actuellement, c'est un sentiment général qu'exprime l'ensemble du cabinet.

Le Cour Albert 1er était notre adresse historique, devenue mythique, puisque le cabinet y était implanté depuis 1976. Pourtant, notre implantation était clairement inadaptée. Au moment de déménager, nous avions trois grands immeubles. Le premier, au 22 Cour Albert 1er, réhabilité, que nous avions depuis quelques années, est aux normes modernes. Le 26 est un bâtiment haussmannien converti tant bien que mal. Objectivement, il était totalement inadapté au fonctionnement moderne d'un cabinet. Enfin, le 21 rue Jean Goujon, est un immeuble de bureaux des années 1930 – 1940 qui avait besoin d'une profonde rénovation.

Au-delà, nous souffrions d'un problème d'éclatement des équipes sur ces trois immeubles. Il faisait obstacle à cette collégialité qui est une valeur très essentielle pour notre cabinet. Nous considérons qu'il est possible d'être bon tout seul, mais qu'on est rarement excellent tout seul longtemps. L'excellence, c'est aussi la confrontation des points de vue, la stimulation et la confrontation des idées. Elles peuvent faire l'objet d'une démarche volontariste, mais elles naissent aussi d'une rencontre fortuite et potentiellement très créative ; cette dernière étant plus aléatoire quand vous disposez de trois immeubles et de six entrées.

Dans le cadre de notre aménagement de ces nouveaux locaux du 15 de la rue de Laborde, l'un des objectifs très clairs du cabinet était d'apporter un soin particulier à la conception des espaces communs, notamment le restaurant qui rencontre un grand succès, avec un taux de fréquentation qui est le double de celui que nous avions prévu. Les membres du cabinet ont plaisir à s'y rencontrer et à y échanger...

En termes de disposition des bureaux, les équipes et départements sont à présent réunis au sein d'un seul étage. Seule exception pour le financier qui occupe les deux niveaux supérieurs. Nous sommes donc nettement mieux lotis en termes de cohésion des équipes. Le contact est plus immédiat, d'autant plus qu'une partie des cloisons est en verre. La nouvelle cohésion des équipes ne tombe pas pour autant dans le travers de l'inconfort du tout flex'office ni des grands open spaces.

A.-P. : Ces nouveaux locaux consacrent-ils une nouvelle approche du cabinet d'avocats de demain ?

X. C. de K. : Au-delà de la modernité de nos nouveaux locaux, nous investissons dans l'innovation, à la fois pour nous et pour nos clients. En termes d'organisation interne, nous avons notamment créé une “commission innovation” qui a vocation à identifier les outils de demain de façon à s'y intéresser dès aujourd'hui.

Concernant les chantiers en cours, nous travaillons sur le “contract express” visant notamment l'automatisation progressive de la rédaction du projet initial des contrats. Nous constatons que le taux d'erreur est extrêmement faible. Cela nous permet de gagner un temps précieux. Le principe est lancé et la réalisation est en cours.

Nous nous intéressons également de près à la justice prédictive. La question est actuellement de savoir si elle est en phase avec nos besoins, compte tenu de notre positionnement qui n'est pas du tout sur des contentieux classiques assez simples à réduire en statistiques, mais sur des contentieux plus exceptionnels pour lesquels nous attendons d'être convaincus par la fiabilité de cette nouvelle technologie.

Nous étudions aussi les due diligences automatisées. Pour l'instant, ce n'est pas concluant, car les outils qui existent sont exclusivement en anglais et ne peuvent donc être intéressants que pour la documentation dans cette langue. Compte tenu de notre implantation importante à Paris et dans les pays non anglophones, nous n'avons pas encore trouvé notre bonheur en la matière.

A.-P. : Combien votre cabinet compte-t-il actuellement d'avocats ?

X. C. de K. : Le cabinet compte 350 avocats et juristes à Paris et 250 hors de France. à Paris, nous sommes multi spécialistes. Nous couvrons l'ensemble des domaines du droit des affaires. Notre activité principale est actuellement centrée sur les fusions acquisitions, le droit des sociétés, le financier bancaire, l'immobilier, la concurrence et le contentieux arbitrage. Nous sommes présents dans tous les secteurs, y compris le droit public, la propriété intellectuelle, le fiscal, le social...

Concernant notre réseau international, notre activité est en lien avec notre positionnement dans chaque pays. Nous avons trois bureaux, Bruxelles – droit de la concurrence, droit européen et commerce international –, Londres – droit financier, fiscalité du droit financier et contentieux international – et New York – fiscalité américaine et présence auprès des cabinets américains –, qui constituent le prolongement naturel de notre bureau de Paris.

© Jean-Philippe Mesguen

Nous disposons enfin d'un réseau, non moins important, constitué de Varsovie d'une part, Pékin et Shangaï, d'autre part, et quasiment l'ensemble du pourtour méditerranéen avec le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, l'Égypte et la Turquie. Ce déploiement représente un investissement important du cabinet en termes humains. Nous considérons que cette zone est tout à fait stratégique.

Nous avions auparavant un maillage en Europe centrale et orientale. Aujourd'hui, notre valeur ajoutée comparative pour ces pays est plus faible qu'elle ne l'est sur le pourtour méditerranéen où les investisseurs sont plus nombreux et où ils ont plus besoin d'accompagnement.

A.-P. : Comment gérer un cabinet international et comment travaillent les associés ?

X. C. de K. : à Paris, la particularité de Gide est d'être généraliste, de couvrir tous les domaines du spectre du droit des affaires. Néanmoins, chacun de nous est spécialisé dans un domaine ; un phénomène moins marqué dans les petits cabinets.

Chez Gide, la spécialisation a aussi l'excellence en ligne de mire. En prenant en charge un dossier, les spécialistes d'une matière peuvent s'appuyer sur le savoir faire des autres départements dès que le sujet sort de leur zone de confort. Plutôt que d'improviser, dès que surgissent des aspects de droit social ou de droit fiscal, par exemple, nous faisons appel, en interne, au spécialiste qui va pouvoir nous éclairer. C'est là un immense avantage en termes d'efficacité.

© Jean-Philippe Mesguen

Autre aspect évident, nous disposons d'une structure et d'une infrastructure particulièrement puissantes. Nos nouveaux locaux en sont la preuve. Le soutien logistique, technique et humain, sur lequel nous avons beaucoup investi, est considérable.

A.-P. : Les nouvelles technologies, notamment informatiques, sont au cœur de votre développement ?

X. C. de K. : Oui et l'un des grands enjeux de l'informatique est aujourd'hui sa sécurisation. Nous devons éviter les piratages et autres hackings qui peuvent mettre notre système en péril. Nous avons investi pour renforcer considérablement cette sécurité, à la fois pour éviter le vol des données et pour pérenniser notre outil informatique et son fonctionnement.

A.-P. : Vous avez abordé le travail de votre bureau de Bruxelles, quelles sont aujourd'hui vos priorités européennes ?

X. C. de K. : Au nombre des sujets à la mode, au sens où ils répondent à des préoccupations particulières de nos clients, il y a évidemment le Brexit et ses conséquences éventuelles, notamment pour les entreprises économiquement liées au Royaume-Uni.

Concernant ce sujet, chaque jour apporte son lot d'informations susceptibles d'être contredit le lendemain. Jusqu'à la date d'un Brexit hard, soft ou différé, nous sommes objectivement dans l'inconnu le plus absolu. Notre mission n'est pas de faire de la prédiction, mais plutôt d'explorer les conséquences directes des différents scénarios, par exemple, que vont devenir les salariés étrangers qui travaillent à Londres ? Quelles seront les conséquences pour les contrats soumis au droit anglais ?

Néanmoins, ce travail ne constitue pas la majeure partie de notre activité européenne. Nous travaillons par ailleurs sur le droit européen en général à travers tous ses aspects, concurrence, fusions et acquisitions... Le suivi des textes européens est infiniment plus complexe que celui des textes français. Concrètement, nous aidons nos clients à décrypter les textes qui évoluent parfois séparément entre le Conseil des ministres, la Commission et le Parlement, prenant parfois des directions différentes, avec des processus très complexes d'harmonisation.

Cette veille générale et permanente est indispensable car l'ignorance des conséquences d'une décision peut déboucher sur des situations potentiellement désastreuses pour un secteur économique ou une institution.




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