AccueilImmobilierVisite guidée des logements à réquisitionner dans la capitale

Visite guidée des logements à réquisitionner dans la capitale

L'association Droit au logement (DAL) et le collectif Jeudi noir ont organisé dernièrement un "city tour" des immeubles vides de Paris, prenant au mot la ministre du Logement, Cécile Duflot, qui n'a pas exclu de réquisitionner des logements vacants, pour les sans-abri et mal-logés.
Visite guidée des logements à réquisitionner dans la capitale

Immobilier Publié le ,

"Il y a une ouverture. Il faut mettre le pied dans la porte et ne pas la laisser se refermer. Haro sur les logements vides !", résume Jean-Baptiste Eyraud, porte-Parole du DAL, dans le bus qui emmène les militants et la presse pour cette "visite guidée de bâtiments à réquisitionner". Une quinzaine de bâtiments vides ont été ciblés : des immeubles de logement ou de bureaux, appartenant à des compagnies d'assurance, des sociétés foncières, des banques, de riches propriétaires privés, ou même à l'État. La première étape est symbolique : l'immeuble, situé place des Vosges (4e ardt), est un hôtel particulier de 1 500 m2, inoccupé depuis 1965, qui avait été squatté par des membres de Jeudi noir pendant un an. Depuis l'évacuation par la police en octobre 2010, le bâtiment qui appartient à un particulier, est toujours inoccupé, souligne Christophe Driesbach, de Jeudi noir. Pourtant, il "pourrait loger une trentaine de personnes" car il a été entièrement rénové dans les années 80 et compte 15 logements qui n'ont jamais servi.

Un gardien pour un bâtiment vide

"C'est hallucinant que ça reste vide", se désole Bektha, mère de famille de 45 ans, venue avec ses deux enfants de 4 et 5 ans. Alors que la trêve hivernale des expulsions entre en vigueur mercredi soir, elle et sa famille ont été expulsées le 24 octobre. "Ils ont tapé à la porte. L'huissier est entré avec la police. Ils m'ont dit « habillez les enfants », qui étaient en pyjama, et ils nous ont fait sortir", raconte-t-elle, les larmes aux yeux. Avec son mari, agent d'entretien, ils payaient leur loyer de 350 euros depuis cinq ans. "Mais le propriétaire voulait récupérer l'appartement pour relouer plus cher", dit-elle. Depuis, la famille dort à ses frais dans une petite chambre d'hôtel, avec un seul lit, sans eau chaude ni chauffage. Au 103 rue de Turenne (3e ardt), un immeuble de 700 m2 est vide depuis 1994. "La propriétaire a tout rénové mais ne veut pas louer. Elle paye un gardien à plein temps pour garder un bâtiment vide", dénonce Julien Bayou, membre de Jeudi noir. Pour lui "la réquisition ce n'est pas une spoliation. Il s'agit de contraindre un propriétaire qui garde un logement vide, à recevoir un loyer", puisqu'il est indemnisé, rappelle-t-il. Une faible indemnisation de l'ordre de 5 euros le mètre carré, reconnaît Jean-Baptiste Eyraud. "Mais c'est une mesure temporaire, qui ne peut excéder 7 ou 12 ans", selon le dispositif de réquisition utilisé, insiste-t-il.
A Paris, 130 000 personnes attendent un logement social alors que 120 000 logements sont vacants, "souvent pour des raisons spéculatives", car "on revend 20 % plus cher un logement vide", dénonce M. Eyraud. Au 40 rue Boulanger (10e ardt), plus de 5 000 m2 de bureaux, appartenant à Groupama, sont inoccupés depuis 2010. "On peut facilement en faire des logements" et accueillir 250 personnes, estime Jean-Marc Delaunay, de Jeudi-Noir. Rue de Varenne, place Vendôme, avenue Matignon, rue de Sèvres, la visite se poursuit. Rue de Richelieu, trois bâtiments vides. Les militants du DAL et de Jeudi noir placardent des affiches "A réquisitionner pour loger d'urgence" sur une porte d'entrée... aussitôt déchirées par le gardien.

Partage
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?