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Virginie Vellut « Les entreprises savent qu'elles peuvent compter sur nous. »

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Virginie Vellut « Les entreprises savent qu'elles peuvent compter sur nous. »
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Présidente du Conseil de l'Ordre des experts-comptables de Champagne, et candidate de l'Ifec pour la présidence du Conseil supérieur, Virginie Vellut revient dans le détail sur les mesures connues au 20 mars dans le cadre de la crise du Covid19. Elles sont susceptibles d'évoluer à tout moment, très rapidement.

Affiches Parisiennes : La France vit actuellement une très grave crise sanitaire. Les experts-comptables sont de plus en plus sollicités par les PME et même les entreprises individuelles. Ils sont même en première ligne. Pouvez-vous nous parler de leur action au quotidien ?

Virginie Vellut : Nous sommes actuellement extrêmement sollicités par tous nos clients, à la fois les PME, les TPE et les entreprises individuelles. Nous sommes effectivement confrontés à une situation totalement inédite qui, bien évidemment, n'a été ni prévue ni anticipée. Nous devons aujourd'hui répondre à toutes les questions de nos clients, même si cela est souvent difficile, du fait des annonces quotidiennes parfois contradictoires.

Il est certain que tous les experts-comptables et leurs collaborateurs se sont mobilisés pour être sur le pont, à disposition immédiate des clients, compte tenu de la situation actuelle, très grave, tant sur le plan sanitaire qu'économique.

A.-P. : Vous avez constitué une cellule de crise au sein de l'Ordre ?

V. V. : Oui, un certain nombre de cellules de crise ont été déployées. D'abord dans les cabinets, pour mettre en place en moins de 48h une organisation permettant le télétravail et la gestion dans les meilleures conditions des attentes et besoins de nos clients. Au niveau de l'Institution, le Conseil Supérieur a immédiatement activé une hotline et déployé son site internet afin que les confrères puissent poser toutes leurs questions et rester informés des dernières actualités.

Pour ma part, je communique à mes confrères de Champagne, les informations relatives aux dernières évolutions, mesures d'accompagnement ainsi que tous les dispositifs s'installant progressivement pour aider les entreprises, ce qui leur permet de relayer cette information à leurs clients.
Enfin, je participe à une cellule de crise locale, avec la Préfecture, la Direccte, les chambres consulaires et toutes les fédérations professionnelles. Nous nous apercevons que les entreprises sont noyées sous un flux d'informations qu'elles ne sont pas en capacité de traiter. Finalement, elles s'en remettent à nous afin que nous leur indiquions les démarches à accomplir tant sur le plan social qu'administratif ou financier.

Dans le contexte aussi particulier que celui que nous vivons actuellement, nous concentrons notre énergie sur l'accompagnement et la prise en charge de nos clients. Notre objectif est de permettre à chaque entrepreneur de passer cette terrible crise dans les meilleures conditions.

A.-P. : Vous êtes également confinée chez vous...

V. V. : Oui, je suis chez moi. Je pilote à distance mon cabinet et le Conseil Régional de l'Ordre. Je préside un Conseil Régional doté de moyens limités, j'ai donc choisi de donner mes coordonnées personnelles, téléphone et adresse mail à l'ensemble des confrères de ma région. Personne ne doit rester isolé. Chacun doit avoir la réponse à ses questions, quelle que soit la taille de son cabinet. Je passe néanmoins au cabinet régulièrement afin de récupérer les documents déposés par mes clients et de faire un point avec mes associés en respectant les règles de distanciation bien évidemment.

A.-P. : Aujourd'hui, quelle est la priorité pour les PME ? C'est d'assurer leur viabilité ? C'est d'avoir une trésorerie qui fonctionne ?

V. V. : Aujourd'hui, il y a plusieurs cas de figure. Il y a tout d'abord les entreprises qui ont dû cesser leur activité brutalement, telles que certains commerçants, les bars et les restaurants, à la suite de l'annonce du Premier Ministre le 14 mars dernier. Nous avons pris en charge ces clients dès leur fermeture, pour assurer les problématiques sociales et financières, l'objectif étant de prendre toutes les mesures immédiates et indispensables à la pérennité de ces entreprises. Il a fallu notamment évaluer les charges à payer pour une période dont on ne connaît pas la durée, mais qui ira vraisemblablement au-delà de 15 jours, et activer les dispositifs permettant la préservation de la trésorerie C'est la toute première urgence que nous avons dû gérer.

Par la suite, nous avons accompagné tous les clients qui n'ont pas compris s'ils pouvaient maintenir leur activité. L'annonce du lundi 16 mars au soir sur le confinement a, elle aussi, créé de la confusion et généré une deuxième vague d'appels. La situation restait assez floue pour un certain nombre de professions… Que puis-je faire ? Que dois-je faire ? Les questions étaient nombreuses, entre autres sur la préservation des trésoreries.


A.-P. : Que peut-on faire, justement ? Je me mets à la place d'un commerçant, d'un restaurateur qui a dû fermer boutique… Quelles sont les choses urgentes à mettre en place avec l'aide de l'expert-comptable ?

V. V. : Aujourd'hui, pour tous ces clients, nous avons traité en priorité les demandes de chômage partiel immédiates pour tous les salariés. Sachant que sur le plan opérationnel, à l'issue des annonces, tous les systèmes informatiques saturaient.

A ce titre, Christophe PRIEM, Président de l'IFEC, a interpellé, le 16 mars dernier, Bruno Le Maire sur les difficultés de mise en place du dispositif d'activité partielle pour la profession du chiffre et ses clients. Devant le risque de saturation des services ou des systèmes d'information (déjà avéré pour la DIRECCTE), il a demandé une mesure de tolérance générale permettant de simplifier les procédures d'échange avec les administrations (envoi par mail par exemple).

Cette impossibilité d'accéder aux sites mis en place a d'ailleurs provoqué une deuxième vague d'appels de ces clients très inquiets, surchargeant nos services sociaux déjà débordés par les sollicitations.

Il a fallu rassurer tout le monde en précisant qu'un délai de 30 jours a été accordé pour les demandes de mise en activité partielle et que les effets seront rétroactifs. Nous avons effectué des demandes de report de 6 mois des échéances d'emprunt auprès des banques.

Nous avons eu également la possibilité de reporter de trois mois les échéances fiscales, hors TVA, et de différer le paiement de l'échéance Urssaf. D'autres mesures ont été annoncées, mais elles ne sont, malheureusement, pas encore toutes opérationnelles. Nous n'avons pas encore les modalités de mise en œuvre.

A.-P. : Quelles sont ces autres mesures ?

V. V. : Ce sont toutes les mesures qui concernent les travailleurs indépendants. Pour l'instant, la seule mesure qui est directement applicable pour eux, c'est le non-prélèvement des cotisations sociales au 20 mars. En revanche, ces travailleurs indépendants ne bénéficient pas des mesures de chômage partiel. Des enveloppes ont été annoncées pour pouvoir indemniser tous ceux qui se trouvent aujourd'hui dans l'incapacité de travailler ou dont le chiffre d'affaires a baissé de façon très significative.

J'ai officiellement interpellé par courrier le Gouvernement (Premier ministre, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Muriel Pénicaud, Christophe Castaner et Olivier Véran) le 19 mars dernier et adressé un communiqué de presse pour demander 4 MESURES URGENTES, et ce, dans le cadre de l'examen par le Parlement du projet d'urgence qui a été adopté, le 18 mars, en Conseil des ministres :

1- la communication D'INSTRUCTIONS PRECISES ET COORDONNEES entre les membres du Gouvernement et leurs différentes directions administratives concernées compte tenu du flou actuel sur qui doit, qui peut et qui ne doit pas travailler ;

2- une nécessaire CLARIFICATION des règles d'éligibilité au chômage partiel pour sécuriser nos clients et éviter que nos responsabilités soient engagées ;

3- des MODALITES DE MISE EN ŒUVRE de l'indemnisation des indépendants ;

4- de LAISSER AGIR les experts-comptables, partenaires privilégiés de l'entreprise et professionnels responsables, sur la gestion des différentes échéances, dans l'intérêt de la préservation de la santé économique du pays et la pérennité de nos clients, qu'ils soient TPE, PME, ETI ou Grande Entreprise.

A.-P. : Pensez-vous que les PME vont pouvoir se sortir de cette crise ?

V. V. : Malheureusement, je n'ai pas de boule de cristal. Nous sommes très inquiets pour les commerces frappés par la mesure de fermeture immédiate, les bars et les restaurants, dont l'activité avait déjà été très impactée par les attentats et les gilets jaunes.

Ce sont des entreprises qui étaient déjà, pour certaines, dans des situations difficiles, liées à un contexte économique compliqué, qui se retrouve brutalement dans l'incapacité de travailler. Aujourd'hui, nous espérons néanmoins que toutes les mesures prises par le Gouvernement suffiront, avec des enveloppes importantes promises qui leur permettront peut-être de passer ce cap. Maintenant, il est évident qu'il va y avoir de la casse, dans la mesure où les entreprises les plus fragiles ne pourront vraisemblablement pas supporter cette épreuve supplémentaire.

Honnêtement, nous n'avons pas assez de recul pour prédire l'avenir de ces PME, mais il est certain qu'il y a de quoi être quand même un peu inquiet. D'autant que nous ne maîtrisons pas la durée de ce chaos.

A.-P. : Ces entreprises pourront-elles compter sur des prêts à taux zéro, par exemple ?

V. V. : Ce ne seront pas des prêts à taux zéro, mais effectivement, la BPI a annoncé des mesures pour aider ces entreprises, telles que la suspension des paiements des échéances de prêts à compter du 16 mars, la garantie jusqu'à 90% des nouveaux prêts bancaires, le financement des trésoreries dans le cadre des prêts Rebond. Le Conseil Supérieur de l'Ordre des Experts Comptables a simplifié le dispositif Crédit 50 k€. Après, ces mesures d'accompagnement seront-elles suffisantes ? Je n'en sais rien.

L'autre difficulté, c'est que nous sommes aujourd'hui sur des reports d'échéances fiscales et sociales auxquelles les entreprises vont devoir faire face ultérieurement. L'Ifec a demandé que ces reports puissent intervenir sur des délais plus longs que ceux prévus initialement. Certes, des dispositifs de soutien importants sont mis en place, mais encore une fois, si cette crise devait durer plus longtemps que prévu, je crains que ce ne soit pas suffisant pour soutenir notre économie.

A.-P. : Ce décalage est actuellement de six mois ?

V. V. : Oui, nous avons un décalage de six mois pour les échéances d'emprunts et un report de trois mois des échéances fiscales. Cela ne sera pas suffisant. De la même façon, l'échéance sociale pour les travailleurs indépendants, non prélevée au 20 mars, va être étalée à partir du 20 avril jusqu'à la fin de l'année. Face à cette situation économique difficile, il est évident qu'au 20 avril, les entreprises ne seront pas plus en capacité de payer qu'elles ne l'étaient au 20 mars. Il va donc, sans doute, falloir prévoir des mesures à plus long terme, à plus longue échéance.

A.-P. : Ce décalage ne devrait peut-être pas se cumuler avec les échéances à venir ?

V. V. : Idéalement, il faudrait avoir un étalement beaucoup plus long dans la mesure où nous ne savons pas trop où nous allons. On peut espérer que l'activité économique reprenne rapidement. Mais15 jours ne vont très certainement pas suffire à endiguer cette pandémie.
Il est certain que si nous partons sur un confinement de 45 jours, la remise en route d'une activité arrêtée pendant cette période sera évidemment beaucoup plus longue. J'étais récemment en ligne avec des professionnels du bâtiment. Techniquement, ce secteur peut continuer à travailler, mais en l'absence de matériaux, ils sont tout de même contraints de cesser leur activité. Par ailleurs, un phénomène de panique s'est mis en place conjugué à une incompréhension générale des règles de confinement et nombre d'entreprises ont fait le choix de fermer, alors qu'elles pouvaient parfaitement poursuivre leur activité. Il faut que chacun puisse comprendre comment poursuivre au mieux une activité économique tout en garantissant la sécurité de ses salariés. C'est un vrai dilemme auquel nous avons bien du mal à répondre.

A.-P. : Vous voulez ajouter quelque chose ?

V. V. : C'est dans des situations comme celles-ci que l'on mesure pleinement l'utilité des experts-comptables. Les clients se sont totalement appuyés sur nous. Nous sommes d'ailleurs allés au-devant de leurs demandes pour les accompagner dans ce contexte difficile. Nous sentons un vent de panique avec d'une part, une situation sanitaire angoissante et d'autre part, une situation économique compliquée. Une fois encore, les experts-comptables et leurs collaborateurs sont tous sur le pont dans l'accompagnement de nos clients. Nous vivons nous-mêmes dans nos cabinets des conditions de travail compliquées, puisque nous travaillons quasiment tous de chez nous. Nous enregistrons une très forte mobilisation générale de notre profession pour contribuer au maintien et à la préservation de l'économie. Nous sommes parfois injustement montrés du doigt par notre tutelle alors que nous sommes là pour faire passer des messages et pour aider nos clients à affronter leurs difficultés. Il est bien évident que cette charge de travail supplémentaire fait partie de notre contribution à cet élan de solidarité qui se met en place. Nous avons conscience que nos clients vivent une crise sans précédent, et dans ce contexte, les experts-comptables savent être citoyens. Nos clients savent également qu'ils peuvent également compter sur nous. C'est dans de telles circonstances que l'on peut mesurer l'importance de notre rôle et de nos missions indispensables à l'économie.

Les pouvoirs publics doivent nous faire confiance, nous laisser accompagner nos clients en contribuant à résoudre leurs problématiques d'urgence, au cas par cas, en étroite collaboration avec les services fiscaux ou sociaux. C'est uni et solidaire que nous traverserons cette crise sanitaire, économique et sociale.

Nous sommes une profession responsable et agissons en pleine conscience de la nécessité de permettre la continuité des activités économiques. Cela est vital pour la suite.




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