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Vers une reprise des TPE-PME dans l'inquiétude?

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Vers une reprise des TPE-PME dans l'inquiétude?
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« Aujourd'hui, l'inquiétude est vraiment pour les petites boîtes qui ont du mal à accéder au crédit", a expliqué Laurent Benoudiz, président de l'Ordre des experts-comptables de Paris-IDF, auditionné lundi 27 avril par la Délégation aux entreprises du Sénat afin de faire le point sur l'impact de la crise du coronavirus sur les entreprises et de proposer des solutions pour préparer la sortie de crise.

Le président de l'Ordre des experts-comptables de Paris-IDF a confié aux sénateurs qu'il avait « beaucoup d'inquiétudes et d'incertitudes sur les modalités de la reprise car ce n'est pas parce que le confinement est levé que toutes les activités vont pouvoir reprendre ».

« On n'a pas trop d'inquiétudes pour les coiffeurs car tout le monde est impatient d'y retourner », plaisante Laurent Benoudiz qui tire cependant la sonnette d'alarme sur certains secteurs très vulnérables comme les CHR (cafés-hôtels-restaurants), le tourisme et l'événementiel.

S'il ne se fait pas de souci sur l'activité de ses confrères comptables, particulièrement sollicités en ce moment, et très réactifs en télétravail, il s'inquiète davantage sur l'impact du Covid sur l'économie en général, et sur les TPE en particulier. « Il est très difficile d'anticiper la reprise selon les secteurs d'activité et la mesure de la vitesse à laquelle le rebond va arriver », souligne l'expert-comptable.

Attention au mur de la dette

« La vraie question que se posent nos clients aujourd'hui est de savoir comment et quand leur activité va redémarrer et est-ce que ça ne va pas leur coûter plus cher de reprendre à moitié plutôt que de rester fermés », témoigne-t-il.

Sur la même longueur d'onde, Elisabeth Lamure, sénatrice LR du Rhône et présidente de la Délégation aux entreprises du Sénat, estime qu' « il faut absolument anticiper les difficultés d'un certain nombre de TPE-PME déjà fragilisées par la crise des Gilets jaunes puis les grèves. Les dispositifs de soutien pourraient paradoxalement les conduire à un surendettement mortifère ! ».

En effet, pour les experts-comptables franciliens le problème actuel consiste à calculer si la reprise de l'activité des entreprises sera suffisante pour couvrir leurs charges. Car si cette reprise leur coûte plus cher que le confinement, le mur de la dette ne sera « pas soutenable ».

« Contrairement à un Etat, une entreprise ne peut pas avoir une dette éternelle, ce n'est pas raisonnable », souligne Laurent Benoudiz.

Par exemple, le secteur de la restauration ne peut pas se permettre de reprendre son activité sans remplir ses tables, ce qui va être des plus délicat en respectant les distances et gestes barrières, surtout à Paris où les espaces sont exigus. « La situation est très compliquée pour les restaurateurs franciliens », constate l'expert.

Des propositions pour éviter le surendettement

Pour les professionnels du chiffre, les dispositifs actuels qui fonctionnent bien sont le fonds de solidarité pour les PME et le prêt garanti par l'Etat (PGE).

Le PGE est un succès car « 85 % des entreprises franciliennes qui le demande l'ont ». Toutefois, c'est un parcours du combattant pour les petites entreprises selon Gilbert Bouchet, sénateur LR de la Drôme, qui demande comment les TPE peuvent avoir un meilleur accès à ce financement.

« Certaines banques sont frileuses car elles supportent de gros risques, notamment de ne pas avoir de couverture si elles prêtent à des entreprises en difficulté », lui répond Laurent Benoudiz. « Et c'est certain que le PGE n'est pas calibré pour les entreprises qui ne sont pas en bonne santé », ajoute-t-il. « Alors que ce sont elles qui en ont le plus besoin », déplore le sénateur.

Parmi les mieux placés pour émettre des propositions pragmatiques, car au plus près de la réalité des difficultés rencontrées par les entreprises, les experts-comptables défendent quatre mesures intéressants particulièrement les sénateurs :

- l'accélération des remboursements du chômage partiel pour permettre le paiement des salaires du mois d'avril ;

- l'augmentation du différé de remboursement de 12 à 24 mois pour les entreprises bénéficiant d'un PGE ;

- l'octroi par l'Etat d'une avance remboursable aux TPE-PME en difficulté (voir encadré)

- la création d'une troisième voie entre plan de continuation et plan de cession.

A propos de cette dernière idée, Laurent Benoudiz a discuté avec Maître Thévenot, administrateur judiciaire à Paris, qui souhaite que les dirigeants des TPE qui déposent le bilan puissent proposer un plan de reprise après un abandon partiel des dettes de l'entreprise. Ce qui est interdit aujourd'hui à cause des abus des années 1980 (affaires Tapie et autre magouilles), sauf sous réserve exceptionnelle d'autorisation du Procureur de la République.

L'Ordre des experts-comptables francilien est tout à fait pour la mise place d'un tel processus qui permettrait la reprise par un petit entrepreneur de sa propre activité en péril, en apurant ses comptes pour repartir à zéro.

C'est d'ailleurs la solution de "Stop and go" proposée par le sénateur centriste représentant les Français établis hors de France, Olivier Cadic, dans son dernier rapport qui développe un concept de "turbo dissolution" permettant de repartir sur de bonnes bases.

Etablir un prévisionnel de crise

Le sénateur UDI du Finistère Michel Canevet demande si les experts-comptables ont des difficultés à éditer les bilans des entreprises ainsi que leurs prévisionnels.

« Nous sommes là pour accompagner nos clients dans ce moment compliqué où il faut créer un prévisionnel de période de crise », répond Laurent Benoudiz pour qui il faut essayer d'anticiper les charges des prochains mois, et pas des cinq prochaines années.

« Ça n'a pas de sens d'établir un prévisionnel qui a pour objectif de démontrer que l'entreprise pourra bien rembourser l'emprunt car il faudrait être devin. Il faut plutôt faire un prévisionnel des dépenses qu'on va supporter avec un chiffre d'affaire réduit, pour chiffrer le besoin de trésorerie pour réussir à passer cette période de crise. Avec l'Ordre francilien nous avons mis à disposition un modèle de prévisionnel qui a été téléchargé déjà plus de 2000 fois », ajoute l'auditionné.

Annick Billon, sénatrice centriste de la Vendée, demande quant à elle si les experts-comptables ont pu constater, ce faisant, des inégalités territoriales.

« Les conditions de confinement sont injustes pour les territoires où les affections sont très faibles, idem pour les aides financières qui ne sont pas identiques, comme le prêt rebond qui n'est pas le même dans toutes les Régions », explique l'expert qui plaide pour des différences de traitement selon les territoires et des reprises d'activités rapides là où c'est possible. Le plan de déconfinement révélé par le Premier ministre le surlendemain semble répondre à ses attentes.

Estimation des dégâts

Le sénateur centriste Olivier Cadic demande si on sait aujourd'hui combien d'entreprises sont en faillite complète, si des solutions ont été prises pour rouvrir celles qui ont été fermées par décret et si certaines qui savent qu'elles ne pourront pas le faire vont lancer des procédures d'engagement de la responsabilité de l'Etat.

« Mes clients ne sont pas dans cet état d'esprit pour le moment », répond Laurent Benoudiz. « On n'a pas encore de statistiques sur les entreprises complètement défaillantes, mais on peut s'attendre à 10, 20 ou 30 % de casse chez les entreprises qui connaissent déjà des difficultés et sont exclues du financement bancaire classique », estime-t-il, tout en rappelant que les procédures collectives sont actuellement suspendues ainsi que la fixation des dates de cessation des paiements.

Très investi dans le soutien aux dirigeants d'entreprise, Laurent Benoudiz conclut qu'« il faut à tout prix éviter les faillites personnelles » et que l'Etat « apporte sa pierre à l'édifice » pour les aider à rebondir.

Hotline des experts-comptables pour soutenir les dirigeants

Mickaël Brun, secrétaire général de l'Ordre des experts-comptables franciliens, a rappelé aux sénateurs que la profession du chiffre est investie dans l'aide à la reprise, notamment par le biais de la hotline gratuite qu'elle a mis en place dès le 25 mars.

Partenaires quotidiens des chefs d'entreprises et des professionnels indépendants, une centaine d'experts-comptables répondent présents pour les renseigner sur la mise en œuvre des mesures annoncées par le Gouvernement, grâce au dispositif exceptionnel et citoyen : le numéro vert 0 8000 65432.

Les experts-comptables plaident pour une avance remboursable

Pour les 5 à 10 % d'entreprises se voyant opposer un refus de PGE alors qu'elles pourraient être considérées comme viables, l'Ordre des experts-comptables propose de « prévoir l'octroi par l'État d'une avance remboursable à hauteur de 3 mois de charges, avec un plafond de prêt fixé à 50 000 euros ».

Ainsi, l'Etat pourrait aider concrètement les entreprises qui en ont le plus besoin et ces dernières le rembourseront « si elles se retapent », ou ne le feront pas si elles font faillite. « Une très bonne idée », selon Elizabeth Lamure.

« Ce processus est simple et rapide à mettre en place avec une simple attestation », explique Laurent Benoudiz, qui ajoute que cette proposition est soutenue par l'ensemble des interlocuteurs, notamment la CPME, les CCI et le préfet, mais qui, pour le moment, « a malheureusement été mise de côté par Bruno Lemaire ».




Anne MOREAUX
Journaliste

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