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Vers une flexibilisation des rythmes de travail

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Vers une flexibilisation des rythmes de travail
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De quelle façon la crise sanitaire a-t-elle modifié nos attentes vis-à-vis de nos rythmes de travail ? Quels dispositifs sont plébiscités aujourd'hui ? Télétravail partiel ou complet ? Horaires plus flexibles, semaine de 4 jours, congés illimités ? Près d'un an après le début de la crise qui a bousculé nos quotidiens professionnels, l'entreprise Welcome to the jungle s'est demandée quel pouvait être l'impact de l'hybridation, volontaire ou forcée, des modes de travail sur le bien-être des salariés. Les résultats de sa deuxième étude “Nouveaux rythmes de travail : qu'attendent les Français ?” commandée à l'Ipsos, en disent long sur la révolution en cours.

Après une première édition de son Observatoire des rythmes de travail réalisée en janvier 2020, soit tout juste avant le début de la crise, l'édition 2021 permet de comprendre la nouvelle vision des travailleurs français vis-à-vis des différents dispositifs d'aménagement du temps du travail.

Les salariés ont revu leurs priorités

Interrogés en septembre dernier, les salariés ont été plus nombreux qu'en mars 2020 (55 %, +13 points) à déclarer que la vie sociale avec leurs collègues était la première raison d'aller au bureau. Un constat sans surprise après des mois passés en télétravail.

Moins réjouissant, l'autre point majeur de l'observatoire est que désormais les salariés privilégient leur sécurité financière. Le salaire est jugé comme le premier critère de bien-être (à 90 %), devant même l'équilibre entre vie privée et vie professionnelle qui occupait alors le haut du podium.

« Dans un contexte de crise la priorité des salariés reste le salaire et les conditions de travail », résume Jérémy Clédat, fondateur & CEO de Welcome to the Jungle, lors d'une table ronde réunissant des experts du sujet pour discuter de ces nouvelles tendances sociales.

De fait, les répondants de l'enquête accordent une plus grande importance en 2021 aux critères qui donnent du sens à leur travail : les missions et l'intérêt du poste ont plus d'incidence sur le bien-être des collaborateurs (88 %, +2 points). Ces facteurs sont aussi vus comme plus essentiels (35 %, +3 points) qu'avant crise.

« Je pense qu'aujourd'hui on va basculer de la QVT à la QTV, la qualité du travail dans la vie. Cette porosité vie professionnelle/vie personnelle à son apogée l'an dernier devient essentielle », explique la sociologue Isabelle Rey-Millet, directrice d'Ethikonsulting.

Télétravail : entre appréciation de l'autonomie et dénonciation de l'isolement

« Le télétravail est absolument indispensable et les entreprises qui ne le prenne pas à bras-le-corps font une énorme erreur car elles verront leurs valeurs s'en aller », estime Jérémy Clédat, dont 10 % des équipes qui sont passées en télétravail complet depuis mars 2020.

« Depuis l'an dernier, nous avons choisi d'apporter des réponses individuelles à chaque situation. Il a fallu réaménager et retrouver un autre équilibre depuis la crise sanitaire », témoigne quant à elle Céline Mechain, VP People Ops de Platform.sh, qui laisse le choix aux salariés entre télétravail partiel ou complet mais qui privilégie la dernière option. « Le fait de proposer du full remote est un facteur différenciateur pour les employeurs qui permet la flexibilité, la diversité et le multiculturalisme », confie la DRH.

Jérémy Clédat met en avant l'importance de réussir à créer un sentiment d'appartenance et de partage des valeurs de l'entreprise et d'associer chaque salarié au projet commun. Il considère d'ailleurs que les outils utilisés aujourd'hui ne sont pas très pratiques et espère qu'on sera mieux équipés à l'avenir.

L'étude et les intervenants relèvent de plus en plus de demandes de la part des entreprises pour que les managers arrivent à développer avec leurs collaborateurs autre chose qu'une relation de contrôle. « On est désormais convaincu que ce que demandent les salariés est un besoin d'autonomie. En revanche, il faut une flexibilité mais très encadrée car la flexibilité dans un environnement pas clair et sans sens, ce n'est pas bon », explique la sociologue.

Le distanciel pose davantage de problèmes pour les nouveaux salariés et les jeunes. Quid du management à distance sur lequel « on manque cruellement de recul » et qui est donc un « passage douloureux pour les équipes », relève Jérémy Clédat. « Nous avons un seul bureau dans le monde, un tout petit lieu basé à Paris qui est destiné à former nos jeunes et à devenir un centre d'intégration », témoigne Céline Mechain en expliquant que les espaces de communication informelle ne doivent pas disparaître mais simplement changer de format et devenir virtuels comme sur des chats dédiés et des fils whats'app. « La difficulté est de programmer l'informel, ce qui ne fonctionne pas », dénonce Jérémy Clédat.

« Cette crise permet d'éviter tout manichéisme. Je pense que les jeunes comme les vieux sont en attendent d'une autonomie et d'une flexibilité qui soit en attente avec leurs besoins et c'est important pour les jeunes d'être accueillis physiquement par leur entreprise et de retrouver une sorte de famille professionnelle et un véritable accueil. A distance on doit faire beaucoup plus attention aux signaux faibles de risques psycho-sociaux donc les managers doivent être extrêmement attentifs », alerte la sociologue.

À la question de la forte concurrence des salariés étrangers payés moins cher, une nouvelle main-d'œuvre disponible via télétravail, le patron de Welcome to the jungle répond que « de plus en plus d'entreprises proposent des contrats globaux avec mutuelle et salaire alignés » pour éviter le dumping social.

Essor de la semaine de 4 jours

Pour la deuxième année consécutive, les dispositifs d'aménagement du temps de travail les plus plébiscités par les répondants concernent les horaires flexibles (68 %) et la semaine de 4 jours (66 %). Cette dernière est de plus en plus courante bien que seuls 20 % des répondants disent y avoir accès. Des enseignements qui soulignent notamment que les salariés sont séduits par la flexibilité horaire, mais n'adhèrent pas forcément à la manière dont elle est mise en place actuellement dans les entreprises.

Jérémy Clédat a mis en place la semaine de 4 jours sans diminution du temps de travail depuis un an et ne regrette absolument pas. Il se réjouit d'ailleurs de l'efficacité du dispositif sur l'engagement des salariés et leur productivité. « ça démontre que les entreprises doivent aussi être flexibles sur autre chose que le télétravail », explique-t-il.

« Pourquoi travaille-t-on 5 jours par semaine ? On peut réussir à être tout aussi productif en 4 jours en ayant un impact réel sur l'équilibre des salariés ce qui leur donne un sentiment de meilleure maîtrise de leur temps et de leur estime d'eux. En plus, j'estime que c'est un dispositif qui permet d'avoir des équipes plus diverses », confie-t-il.

Une révolution à marche forcée

Il est intéressant de noter que selon l'étude seulement 48 % des salariés ont le sentiment que la crise sanitaire va inciter leur entreprise à mettre en place des mesures durables pour flexibiliser le rythme de travail alors que la majorité considère que c'est nécessaire.

Le coût de l'absentéisme est de 100 milliards d'euros aujourd'hui en France, dont 30 milliards sont incompressibles dû à la maladie ou aux accidents. En revanche, « 70 milliards pourraient être réduits si les gens travaillaient dans de bonnes conditions et étaient bien managés donc ça vaut vraiment le coup de se poser la question d'une refonte des rythmes de travail », souligne Isabelle Rey-Millet.

Si la sociologue dénonce le présentéisme « monstrueusement inscrit dans les gènes français » et la perte de temps en entreprise qui polluent la performance des collaborateurs, elle se dit « confiante » sur le fait que les dirigeants sont en train d'en prendre conscience de ça et « sont prêts à changer de culture ».

Sur la même longueur d'ondes, Jérémy Clédat estime que « ce qui est certain, c'est que les changements engagés avec la crise sanitaire et le basculement en télétravail, sont là pour durer ; il n'y aura pas de retour en arrière. Reste aux entreprises et aux salariés de tirer les leçons de l'année 2020 et de travailler main dans la main, pour définir ensemble les contours et les limites de la flexibilité désormais inhérente aux rythmes de travail ».

Engouement pour le télétravail partiel

« Les salariés français ont certes été exposés au télétravail ces derniers mois mais dans des conditions bien particulières, compliquées et non préparées. Malgré cette expérience difficile, la part de salariés intéressés par ce type de dispositif augmente, surtout pour le télétravail partiel », explique Frederico Vacas, directeur adjoint du département Politique et Opinion d'Ipsos, en présentant les chiffres marquants de cette étude réalisée auprès de 1 000 personnes constituant un échantillon national représentatif de la population salariée française du 15 au 24 décembre 2020.

Selon le statisticien, cette enquête révèle deux points centraux : l'importance de la question de la flexibilité des rythmes de travail et le positionnement des salariés français par rapport aux différents dispositifs.

« L'équilibre entre la vie privée et professionnelle est devenu un sujet majeur aujourd'hui pour les salariés français dont la plupart estiment qu'il existe des mesures efficaces pour le protéger, notamment le télétravail partiel », déclare-t-il.

L'enquête montre une préférence pour le télétravail partiel (56 % contre 31 % pour le full “remote”) mais de façon illimitée (52 %), un attrait moindre pour les horaires flexibles qu'en 2020 (56 % en 2021 contre 60 %) et un pessimisme qui touche principalement les jeunes actifs et les cadres.

Elle révèle aussi que le travail à distance occasionnel illimité a grimpé dans le classement (52 %, +9 points), démontrant une fois de plus que le télétravail est de plus en plus positivement perçu.




Anne MOREAUX
Journaliste

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