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Vers une convention des entreprises pour le climat

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Vers une convention des entreprises pour le climat
© DR - "Nous venons du monde de l'entreprise et croyons beaucoup en ce qu'elle peut apporter à la société", déclare Eric Duverger, fondateur de la Convention des entreprises pour le climat.

Dirigeant d'entreprise, ayant œuvré près de 20 ans chez Michelin, Eric Duverger lance une convention des entreprises sur le climat. Souhaitant approfondir les avancées de la commission citoyenne dont elle s'inspire, la démarche vise à faire prendre conscience au monde économique des enjeux écologiques. Elle veut aussi le faire s'engager et lui permettre de s'adresser au législateur pour obtenir de lui les moyens de devenir plus vert.

Affiches Parisiennes : Comment vous est venue l'idée de lancer cette commission des entreprises pour le climat ?

Eric Duverger : Cela vient avant tout d'une envie de prendre le relai des citoyens qui se sont engagés dans la convention citoyenne, un événement qui a permis de faire bouger les lignes. Lorsque l'on regarde l'histoire de l'écologie en politique, il y a parfois eu quelques avancées, mais jamais elles n'ont été à la hauteur de l'enjeu que l'on est en train d'affronter.

Or, plus on attend et plus l'enjeu climatique devient une question vitale pour notre avenir. Dans un nouveau dispositif démocratique, les citoyens de la convention ont permis que soit opéré un dépassement par rapport aux postures habituelles. Avec notre convention des entreprises, c'est un nouveau dépassement que l'on cherche à provoquer.

"Nous venons du monde de l'entreprise et croyons beaucoup en ce qu'elle peut apporter à la société."

Il faut un sursaut du monde de l'entreprise qui doit prendre sa pleine part dans la transition écologique. Toutes les personnes qui m'ont rejoint viennent du monde de l'entreprise et partagent le constat que les choses n'avancent pas assez vite. Les entreprises font des efforts, tentent d'afficher une plus forte conscience écologique dans leurs offres et dans leur communication, mais quand on est à l'intérieur, on se rend compte que les choses ne bougent pas assez vite, pas du tout assez vite même.

A.-P. : En quoi la démarche se distingue-t-elle d'autres initiatives déjà mises en place, comme le french business pledge du Medef ?

E. D. : Nous sommes en contact avec le Medef, avec Entreprises pour l'environnement et avec un bon nombre d'entreprises, associations, think tank… J'ai réalisé près de cent vingt interviews avant d'officialiser le projet, la moitié dans le monde de la transition, l'autre en entreprise. Il se passe des choses et nous voulons précisément relayer et féliciter les initiatives qui vont dans le bon sens.

Ce qui manquait à nos yeux est une démarche qui soit à la fois bienveillante et exigeante. Bienveillante, car dirigeant est un rôle difficile à jouer, avec beaucoup d'injonctions, beaucoup de priorités et de stress. Nous venons du monde de l'entreprise et nous croyons beaucoup en ce qu'elle peut apporter à la société. Mais aussi exigeant, car malgré les bonnes volontés, les choses ne bougent pas assez vite. On a des dirigeants qui ont énormément de choses à faire. Ils doivent concilier le social, les employés, la concurrence, l'innovation… et la question écologique ne reçoit qu'une demi-heure de temps en temps sur leurs agendas. Très peu de dirigeants ont suivi le programme complet du Shift project de sensibilisation aux enjeux écologiques.

Comme le dit Jean-Marc Jancovici, pour être sérieux sur les sujets du climat, il faut que le top 100 des entreprises françaises passe quinze à vingt heures au minimum sur le sujet pour prendre conscience des enjeux auxquels on fait face. A l'image de ce qui a été fait pour les citoyens, notre première session sera ainsi une session de sensibilisation en profondeur sur les défis écologiques car il faut comprendre leur ampleur pour agir avec la vitesse qui va bien et ne plus se dire que l'on a jusque 2050 pour résoudre le problème.

Nous avons ainsi noué un partenariat avec la Fresque du climat par exemple. L'idée est de faire comprendre que l'écologie doit être une priorité première et non-négociable sur laquelle il s'agit de reconstruire les business model.

A.-P. : Vous dites avec cette convention vouloir offrir un temps aux dirigeants pour se former, temps qu'ils n'auraient pas forcément ailleurs. Qu'imaginez-vous pour ceux qui ne participent pas à la convention ?

E. D. : C'est une très bonne question. Nous communiquerons le 1er mars le nom des trente premiers dirigeants qui participeront. Aujourd'hui déjà (ndlr, l'entretien a été réalisé tout début février) nous avons près de 100 candidatures et les choses semblent s'accélérer. Nous réfléchissons à une méthode pour que ceux qui n'auraient pas été retenus puissent être tout de même partie prenante.

Les 150 retenus à la fin et l'ensemble des candidats devront être les fers de lance d'un mouvement qui devra entraîner de nouvelles personnes. Nous discutons aussi beaucoup avec des syndicats patronaux pour y trouver des relais. Les 150 seront retenus parmi les volontaires selon des critères de représentativité du tissu économique : pour parler au plus grand nombre, nous voulons à la fois des petites, des moyennes et des grosses entreprises, issus de différents endroits de la France pour une bonne représentation géographique, et œuvrant dans différents secteurs.

A.-P. : Il s'agira aussi de formuler des propositions. Une fois écrites, par quels moyens les faire vivre ?

E. D. : En sortie de convention nous espérons avoir 150+1 feuilles de routes. On va demander à chaque dirigeant participant de s'engager : chacun devra proposer une feuille de route correspondant au contexte de son entreprise (taille, secteur, implantation géographique). L'idée est d'opérationnaliser les idées, de les montrer applicables. Nous réfléchissons à la façon dont on les rendrait publiques sur une plateforme. Le « +1 », par ailleurs, sera un plaidoyer collectif du monde économique s'adressant au monde politique.

Nous avons des contacts avec lui et nous parlons avec toutes les sensibilités qui le constituent. La plateforme arrivera en février ou mars 2022. Il s'agira de dire au législateur comment il peut aider les dirigeants à être plus vertueux, en réformant par exemple les systèmes d'imposition ou de comptabilité, ou en mettant en place des dispositifs incitatifs.

Propos recueillis par Timothée David

Les candidatures peuvent être déposées jusqu'au 20 février. La Convention, elle, se tiendra du 22 juillet 2021 au 21 mars 2022. Les sessions de travail auront lieu sur six campus universitaires différents. Les dirigeants travailleront sur 12 leviers de transformation de l'économie : 6 leviers thématiques amplifiant les propositions de la Commission citoyenne (se loger, se nourrir, se déplacer, consommer, produire/travailler, se divertir) et 6 leviers plus spécifiques au monde de l'entreprise (formation, comptabilité, économie circulaire, marketing écoresponsable, finance et gouvernance).




Anne MOREAUX
Journaliste

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