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Université du Medef : « Donnez-nous les raisons d'y croire. »

La plénière politique du mercredi était placée sous le thème de l'espérance. En présence de Christophe Catoir – président d'Adecco France –, Sophie de Menthon – présidente d'Ethic – et de Robert Vassoyan – président de Cisco France –, des responsables politiques, candidats ou non à la prochaine élection présidentielle, sont venus donner aux chefs d'entreprise leurs raisons de croire en l'avenir. Les débats étaient dirigés par Frédéric Ferrer, journaliste, consultant et enseignant à l'ESCP Europe.
Université du Medef : « Donnez-nous les raisons d'y croire. »
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• Bruno Le Maire

Bruno Le Maire est le premier invité. Il est candidat à la primaire de la droite. Cette prise de parole devant les chefs d'entreprise français est pour lui une bonne occasion de détailler les grandes idées qui portent sa candidature et, plus généralement, de donner sa vision de la France de demain. Voici quelques morceaux choisis de ses propos.

• Sur la formation

« Nous allons transformer les lycées professionnels, les centres de formation des apprentis et les Greta en écoles des métiers, non pas pilotés par l'Éducation nationale, mais par les régions et par les entreprises elles-mêmes qui sont les mieux placées pour créer les formations qui donneront les emplois dont nos enfants ont besoin. »

• Sa vision de la France

« Nous voulons d'abord une France juste, parce que notre pays est épris de justice. Si vous n'êtes pas capable de garantir aux Français que ce que vous faites est juste, ils ne vous suivront pas. Les Français qui travaillent ne supportent plus – en particulier ceux qui sont payés au niveau du SMIC, ceux qui doivent faire garder leurs enfants le matin, ceux qui payent leurs frais de transport… – de savoir que s'ils restaient chez eux, à vivre des aides sociales et des allocations, ils pourraient vivre mieux que de leur travail et de la rémunération qui leur est donnée.

Une France juste, c'est une France qui reconnaît le travail de tous, qui fait une place aux personnes handicapées. Je veux saluer tous les efforts qui ont été réalisés depuis des années pour les accueillir dans les entreprises. C'est le travail, et rien d'autre, qui construit une personne.

Une France juste, c'est une France où l'administration est remise à sa place, où elle comprend que l'ère de la technocratie est terminée et que s'ouvre aujourd'hui l'ère des entrepreneurs. L'administration doit être à leur service.

Nous voulons une France juste, une France où chacun est fier de lui. Une France où un gamin n'est pas cassé par le système scolaire parce qu'on lui a dit qu'il devait absolument suivre la voie générale, le baccalauréat, l'université… Alors qu'il aurait été heureux si on lui avait donné une formation de mécanicien, de boulanger, une vraie formation professionnelle débouchant sur un métier.

Nous voulons une France qui est fière de ses entrepreneurs, de ses jeunes, qui pourraient dire dans le monde “il y a un pays qui est attractif pour les entrepreneurs, pour sa fiscalité, son droit du travail, son innovation, sa capacité à créer, c'est la France”.

Je veux retirer le principe de précaution de la Constitution française et le remplacer par un principe d'innovation pour que les entrepreneurs puissent créer une France fière.

Voilà ce que je veux porter. Et cette France juste, cette France fière, aucun sauveur ne vous la construira, aucune personnalité politique ne vous l'apportera sur un plateau. C'est vous qui allez la construire, cette France juste et cette France fière. Vous, entrepreneurs, vous êtes l'une de mes raisons d'espérer. Je vous le dis et je le crois profondément, ce sont les Français, avec leurs talents, avec leur liberté, avec leur génie créatif, avec leur générosité profonde, avec leur volonté de se battre, avec leur résistance profonde, ce sont eux qui créeront cette France fière et cette France juste.

Je veux être chef de l'État. Je ne veux pas tout diriger à la place de tout le monde. Je ne veux pas être Premier ministre à la place du Premier ministre, ou ministre de l'Économie et des Finances à la place du ministre de l'Économie et des Finances, ou entrepreneur à la place des entrepreneurs. C'est à vous que je fais confiance. C'est vous qui allez redresser notre pays avec tous les Français. Le rôle du chef de l'État est de fixer le cap, de défendre une vision. Ce n'est pas de prendre la place de chaque Français. C'est ma vision du chef de l'État et c'est l'espoir, avec tous ceux qui me soutiennent, que nous voulons construire pour la France. »

• Jean-Marie Le Guen

Jean-Marie Le Guen est le secrétaire d'État chargé des relations avec le Parlement, fondateur du pôle des réformateurs. Il arrive à la tribune de l'Université d'été du Medef précédé par les 41 milliards d'euros d'allégement de charges pour les entreprises dans le cadre du pacte de responsabilité pour favoriser les investissements et les embauches.

• Son pitch pour 2017

« Je ne suis pas ici en tant que candidat à la Présidentielle de 2017, mais en tant que contributeur au nom de la gauche réformiste. Je veux vous parler avec un esprit de réalisme, en prenant des engagements, et vous détailler les parcours et les stratégies que nous voulons mettre en œuvre.

Je crois que notre pays est confronté à des défis considérables. Jamais la situation n'a été aussi difficile depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les transformations et les mutations s'opèrent pratiquement dans tous les domaines. Ce qui était acquis ne l'est plus.

Je voudrais développer avec vous l'espoir, l'espérance, et non pas l'illusion. Nous devons avoir aujourd'hui un sens particulier de l'intérêt général. La réalité de notre pays, c'est la tentation de la radicalité et le risque est grand de voir notre pays déjà fragmenté se fragmenter encore un peu plus. C'est pourquoi notre projet qui a un substrat économique qui est d'abord celui de la compétitivité, c'est de refonder la République, d'amener la gauche à se rassembler et de faire en sorte de rassembler les Français pour que nous sachions, au sein du camp républicain, travailler ensemble. »

• Sur la loi El Khomri

« Nous avons beaucoup avancé sur les questions touchant à la compétitivité et aux coûts du travail pour les entreprises. Grâce à cette action du pacte de responsabilité de 41 milliards et du CICE, nous avons fait en sorte de nous rapprocher progressivement du poids moyen du coût du travail en Europe. Nous sommes passés en dessous du coût allemand. Fondamentalement, ce qui est aujourd'hui en cause, c'est tout cet investissement dans le capital humain que nous devons continuer à travers l'éducation et la formation professionnelle. Mais devons aller au-delà, parler de souplesse, d'adaptabilité et de réactivité de nos entreprises. C'est ce qui a été mis en place avec la loi El Khomri sur des aspects qui, malheureusement, n'ont pas toujours été entendus et discutés, y compris dans l'opinion publique.

C'est, par exemple, le compte personnel d'activité qui permet de ne plus lier les statuts sociaux à un statut professionnel, mais au parcours des individus. C'est aussi une réflexion sur les nouvelles relations sociales qui doivent exister entre les plateformes et les auto-entrepreneurs, ceux qui s'engagent dans des statuts différents du salariat. C'est également une réflexion fondamentale sur la capacité de faire bouger les normes dans le dialogue social qui revient au cœur de l'entreprise. Nous pourrions encore progresser, notamment avec les mesures concernant les prud'hommes dans le sens que souhaitaient les PME et que le Conseil constitutionnel a cassées. Il faudra y revenir. La démarche que nous avons entreprise, qu'il faut accélérer, c'est celle de plus de déconcentration et de plus de responsabilité données aux entreprises dans les territoires. L'adaptabilité ainsi que les schémas sociaux du passé doivent être transformés. C'est pour cela d'ailleurs que tous ceux qui spéculent sur le déclin de notre pays, qui ne voient pas les opportunités, sont dangereux pour l'avenir. On ne construit pas l'économie française sur cette théorie du déclin et sur des recettes qui pouvaient exister il y a dix ans. »

• Nicolas Sarkozy

À l'instar de Bruno Le Maire, Nicolas Sarkozy est candidat aux primaires à droite. Il a profité de cette Université pour tracer les grandes lignes de son programme et les premières actions qui marqueraient son retour éventuel à l'Élysée.

• Les grandes décisions

« Voilà, en style télégraphique, ce que j'ai l'intention de faire dès le mois de juin 2017. Première décision, la suppression du compte pénibilité que personne ne comprend. Deuxièmement, la suppression du principe de précaution, remplacé par un principe de responsabilité. Je ne mets pas en cause la volonté de l'époque de Jacques Chirac, mais le principe de précaution est devenu au fil des ans un principe d'interdiction. La France doit être le pays de l'innovation, du progrès et de la recherche, pas celui de la peur, de l'hésitation et du refus du progrès. Troisièmement, abrogation immédiate de toute norme nationale qui serait supérieure à la norme moyenne européenne. Je ne vois pas au nom de quoi la France serait le seul pays à appliquer des normes que nos concurrents n'ont pas à respecter. (...) Quatrièmement, le licenciement économique doit être autorisé pour des raisons de réorganisation ou de perte de marchés. Je souhaite que le tribunal ne puisse pas décider l'opportunité des conséquences du licenciement. Il se contentera de vérifier la légalité de la décision qui a justifié le licenciement. »

• Sur la dépense publique

« En juillet, le Parlement recevra un projet de loi de réduction de la dépense publique de 100 milliards d'euros. Cette application se fera à partir du 1er juillet 2018, prévoyant sur le quinquennat 300 000 suppressions de postes, dans la fonction d'État et dans la fonction publique territoriale. Il faudra imposer aux collectivités territoriales le “un sur deux”. Comme il y aura moins de fonctionnaires dans la fonction publique, la durée de travail hebdomadaire passera à 37 heures, payées 37. Je vous annonce également que le calcul des retraites dans le public et dans le privé se fera exactement sur les mêmes bases, c'est-à-dire fondé sur les 25 dernières années et non pas sur les six derniers mois. »

• Sur les impôts

« En juillet, nous voterons un plan de baisse massive des impôts. (...) L'alternance doit se traduire par une réduction des prélèvements. La seule mesure réellement efficace pour lutter contre le chômage est la baisse massive des charges. Cette baisse immédiate doit être de 34 milliards d'euros, pour remettre les entreprises françaises à égalité de concurrence sur le marché européen.

S'agissant des reprises d'entreprises, je souhaite l'exonération totale des droits de transmission en cas de changement de propriétaire, à la seule condition du maintien de l'activité pendant cinq ans. J'assume également mes choix concernant la transmission du patrimoine. Quand on a travaillé toute sa vie, qu'on a payé des impôts, la propriété n'est pas un vol et il est normal de transmettre en franchise d'impôt à ses enfants le produit d'une vie de travail.

S'agissant de l'impôt sur la fortune, nous ne pouvons pas rester le seul pays d'Europe à l'avoir. Il faut choisir. Si on veut garder l'ISF, on sort de l'Europe. Comme je veux qu'on y reste, l'ISF sera supprimé dès le mois de juillet. La France et ses responsables pourraient ainsi décider d'arrêter de faire la fortune de la Grande-Bretagne, de la Belgique, de Monaco et de la Suisse. Je suis pour qu'on crée de la richesse en France, pas chez les autres. Je vous annonce, par ailleurs, le rétablissement des heures supplémentaires défiscalisées pour les salariés. »

• Alain Juppé

• Son pitch pour 2017

« Je crois que je suis l'homme de la situation. Pourquoi ? Je sais ce que je veux faire, j'y ai beaucoup travaillé depuis des mois, avec vous, d'innombrables réunions de travail passées en région, souvent avec les Medef locaux. Comment je vais le faire ? Ma méthode se résume en quatre points : premièrement, obtenir du peuple français un mandat clair en annonçant clairement la couleur avant l'élection, pour dire vraiment ce que je vais faire. Ensuite, être prêt, avoir une batterie de textes pour agir vite. Troisièmement, gouverner vraiment avec des ministres durables, qui dirigent vraiment leur administration, qui rendent compte. Quatrièmement, un mandat, en cinq ans il est possible de faire beaucoup de choses ! ».

• Ses mesures touchant les entreprises

« Il n'y a pas d'économie puissante et solide sans une industrie également puissante (…). Ma politique consistera à donneur un retour à la compétitivité. Je vais élaborer dès 2017 la loi de programmation fiscale quinquennale pour que les entrepreneurs sachent quelle sera l'évolution du prélèvement fiscal et social (…). Ensuite, il faut harmoniser notre fiscalité sur la fiscalité européenne, et enfin baisser l'impôt sur les sociétés à 30 % dans un premier temps, 24 % pour les PME. En complément, un travail de simplification est nécessaire, que l'on fera ensemble, qui viendra du terrain, afin d'éviter les surtranspositions de directives européennes par la France et cette frénésie normative et réglementaire ».

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