AccueilActualitéRégion Île-de-France & Grand ParisUne moisson décevante en quantité, pas en qualité

Une moisson décevante en quantité, pas en qualité

Hétérogénéité et déception, deux termes qui s'imposent au moment de faire le bilan de la moisson française 2018. Celle-ci est marquée par un recul de la production par rapport à 2017. La qualité moyenne des céréales est bonne.
Une moisson décevante en quantité, pas en qualité

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Philippe Pinta, président de l'Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB), tirait récemment le bilan de la moisson 2018 : « Autour de 35 millions de tonnes de blé tendre, entre 9 et 10 millions de tonnes pour les orges d'hiver avec des rendements très hétérogènes. »

Selon lui, « la baisse des rendements est réelle et cette moisson reste une déception pour les producteurs sur l'aspect quantitatif. Les céréaliers toujours dans une situation difficile ont plus que jamais besoin de soutien pour conserver leur compétitivité, voire assurer leur survie ».

Comme le précise le président de l'AGPB, « les quantités disponibles et la bonne qualité des céréales françaises devraient permettre à la filière de répondre aux besoins de l'ensemble de ses clients et de poursuivre la reconquête de ses marchés traditionnels, perdus en 2016. Cependant, après cinq années de crise, les trésoreries des exploitations sont exsangues, et face à la baisse des rendements tous les espoirs reposent sur l'évolution des prix. »

Estimation des rendements et productions céréales (d'après Arvalis)

  • Blé tendre : autour de 35 millions de tonnes (contre 36,6 millions de tonnes en 2017).
  • Blé dur : -15 à -20% par rapport à la récolte 2017. Dans le Centre, récolte excellente, Ouest Océan, rendements moyens et fortes, baisses dans le Sud (moins de 40 quintaux/ha).
  • Orges d'hiver : tendance 67 quintaux/ha dans la moyenne cinq ans.
  • Orges de printemps : récolte en cours, tendance = moyenne cinq ans.

La crise que traverse la céréaliculture française est particulièrement rude pour les producteurs du Sud de la France, principalement pour le blé dur, dont la production chute dans ces régions de plus de 20 % par rapport à 2017. « Les céréaliers les plus impactés attendent des Pouvoirs publics qu'ils prennent les mesures d'urgence qui s'imposent », déclare Philippe Pinta « dégrèvement de la taxe sur le foncier non bâti, avances de trésorerie à 90 % des aides PAC, report ou exonération des cotisations sociales, dérogations aux règles communautaires pour les aides de la PAC ».

FDSEA 77 : l'année 2018 ne sera pas celle du renouveau

© A.P.

En Seine-et-Marne, Cyrille Milard, président de la FDSEA 77, dresse le même constat qu'au niveau national, mais déplore un surcoût concernant le transport des céréales.

« Nous sommes sur une moyenne de rendement égale aux cinq dernières années, avec des disparités » précise le président de la FDSEA 77.

En effet, les rendements sont « parfois 10 % en dessous de la moyenne des cinq ans ». Comme au niveau national, la qualité est toutefois au rendez-vous. « Cette année, nous avons du poids spécifique et de la protéine et il faut avoir les deux », poursuit-il, précisant que « c'est intéressant pour les meuniers » qui disposeront d'une farine de bonne qualité.

Concernant l'excès de pluviométrie cette année, Cyrille Milard indique que si le Sud a pu en tirer parti de par ses terres filtrantes, le Nord comme le centre du département ont souffert avec un rendement moyen voire inférieur à la moyenne. « Du fait de la chaleur et de la pluie, nous avons eu beaucoup plus de maladies qu'à la normale », précise Cyrille Milard, ajoutant que la qualité est peu variable selon la localité.
S'agissant des revenus à venir, le président estime qu'ils ne seront pas plus élevés qu'en 2017, malgré une augmentation des cours.

« Les marchés mondiaux sont plutôt porteurs, avec notamment l'effet de la sécheresse en Russie en Europe, mais les rendements étant inférieurs, cette année ne sera pas celle où l'on se refera une santé », déplore-t-il.

Les exploitants seine-et-marnais devraient aussi supporter près de 2 millions d'euros de surcoût en raison des difficultés liées à l'acheminement des céréales sur la Seine.

« Beaucoup de transporteurs ont été réquisitionnés notamment en Île-de-France pour le Grand Paris, ce qui a provoqué l'engorgement de nos silos qui n'ont pas été vidé en temps et en heure. Nous avons dû stocker nos céréales à l'extérieur, ce qui génère un coût supplémentaire estimé à 5 euros de la tonne que les coopératives vont répercuter sur les agriculteurs ».

L'origine de cette situation est une fois encore directement liée à des conditions climatiques exceptionnelles. L'AGPB demande donc aux assureurs de respecter, comme en 2016, leurs engagements d'indemnisation, et ce sans décote.

Selon le syndicat professionnel agricole, « cette moisson décevante resterait supportable si les évolutions réglementaires récentes et à venir n'affectaient pas autant la compétitivité des céréaliers, qui se retrouvent pris dans un étau. Suppression des 3R (rabais, ristournes, remises), séparation capitalistique des activités de conseil et de vente des phytosanitaires, risque de mise en place de zones non traitées, augmentation de la redevance pour pollutions diffuses, suppression de l'utilisation des néonicotinoïdes, sans oublier les perspectives de baisse du budget de la PAC et sa renationalisation, autant de mesures qui auront dès cette année des influences largement négatives, sur la santé financière des exploitations françaises, et ce dans un contexte concurrentiel et météorologique toujours plus incertain. Les producteurs de grandes cultures demandent que leur situation économique soit enfin reconnue, et restent en attente de signes positifs de la part du gouvernement ».

A propos de l'AGPB

Créée en 1924, l'Association générale des producteurs de blé et autres céréales, syndicat professionnel agricole, représente les intérêts des producteurs de céréales. L'AGPB est dirigée par des agriculteurs élus représentant les départements, issus du monde syndical et économique. Elle est une association adhérente de la FNSEA.

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