AccueilEntrepriseVie des entreprisesUn rapport sénatorial dénonce « l’enfer du décor » du monde pornographique

Un rapport sénatorial dénonce « l’enfer du décor » du monde pornographique

Fin septembre, quatre sénatrices ont dévoilé un rapport qui dénonce les dérives de l’industrie de la pornographie. Les auteures ont ainsi préconisé 23 recommandations pour lutter notamment contre les violences de ce milieu.
Le rapport sénatorial qui dénonce les dérives de l’industrie de la pornographie.
© Adobe Stock - Le rapport sénatorial qui dénonce les dérives de l’industrie de la pornographie.

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« Mineurs exposés trop facilement à des contenus traumatisants », « violences systémiques », « femmes exploitées », « machine à broyer les femmes » … Après plus de six mois de travaux, des dizaines d’heures d’auditions et une analyse des principaux contenus pornographiques en ligne, quatre sénatrices, Annick Billon (Vendée, UDI), Alexandra Borchio Fontimp (Alpes-Maritimes, LR), Laurence Cohen (Val-de-Marne, PCF) et Laurence Rossignol (Oise, PS) ont dressé un portrait accablant de l’industrie pornographique, dans un rapport inédit de 120 pages, « Porno : l’enfer du décor ».

« C’est la première fois qu’une institution publique s’intéresse à l’industrie pornographique », a précisé Laurence Rossignol. Les quatre rapporteuses plaident pour que la lutte contre les violences du milieu devienne une « priorité de politique publique et pénale ».

Le porno, un contenu massif et banalisé

Depuis le milieu des années 2000 avec l’apparition des grandes plateformes numériques, la diffusion de contenus pornographiques est devenue massive et banalisée. « C’est un problème majeur qui a contribué à la recrudescence de contenus de plus en plus trash et violents, sans aucun contrôle, ni considération pour les conditions dans lesquelles ces contenus sont produits »,, a lancé Alexandra Borchio Fontimp. Annick Billon n’a pas hésité à aller plus loin et a précisé l’origine de ce rapport : « Il y a des dizaines de milliers de vidéos accessibles directement en un clic qui sont de plus en plus violentes, dégradantes et humiliantes. Des scènes où un homme ou plutôt des hommes, parfois jusqu’à 50, infligent des violences physiques, sexuelles et morales à une femme. Ces pratiques sont devenues la norme. Ces violences et ces banalisations nous ont mené à ce travail ».

19 millions de visiteurs par mois sur les sites pornographiques

Les contenus pornographiques sont aujourd’hui disponibles très facilement en ligne. En France, chaque mois, les sites accueillent 19 millions de visiteurs, dont 2,3 millions de mineurs. Parmi eux, un tiers a moins de 15 ans, ce qui est une violation totale de l’article 227-24 du code pénal qui interdit l’accès à un mineur à tout message à caractère pornographique.

Dans ce rapport, les sénatrices s’inquiètent de ce nombre important de consommateurs. « Le bilan est catastrophique ! Le visionnage de ces vidéos entraîne de nombreux traumatismes, des troubles du sommeil, mais aussi une vision déformée et violente de la sexualité pour les mineurs. Nous remarquons des difficultés fortes à nouer des liens avec des personnes du sexe opposé, une précocité de sexualisation et des conduites à risques. L’impact chez les adultes est également problématique, notamment sur leur représentation d’eux même, des femmes et de la sexualité », a déclaré Alexandra Borchio Fontimp. Le rapport pointe ici le contenu auquel les internautes ont accès. Même si elles ne sont pas forcément les plus recherchés, les vidéos intitulées « sexe brutal », « ado amateur », « fantasme familial » ou encore « gangbang », « sont cependant très vite proposées sur la page principale des sites et sont prisées des consommateurs ayant une accoutumance au porno. Les stéréotypes sexistes, racistes et homophobes sont alors multipliés et encouragés ».

Un problème avec les productions

Ce rapport parlementaire apparaît alors que le milieu du porno français est secoué depuis deux ans par plusieurs enquêtes judiciaires, l’une visant « French Bukkake » et l’autre « Jacquie et Michel ». Les auteures de « l’enfer du décor » ont ainsi souligné que « le porno est plus une affaire d’argent qu’une affaire de sexe » soulignant que les producteurs « ne craignent pas d’exploiter la vulnérabilité économique et psychologique de femmes jeunes, voire très jeunes, et de réaliser des tournages dans des conditions déplorables ». « Les méthodes de recrutement sont similaires à celles du proxénétisme, avec un premier viol de soumission, suivi d’un processus de déshumanisation, de manipulation, de chantage et d’emprise » a précisé Laurence Rossignol. Loin de la définition d’autrefois de la pornographie, « l’exploitation commerciale de la représentation explicite de pratique sexuelle non simulée ».

Actuellement, lorsqu’une femme abusée demande la suppression d’une vidéo dans laquelle elle apparaît, les producteurs lui réclameraient entre 3 000 et 5 000 euros, un montant dix fois supérieur à la rémunération pour la scène tournée.

23 recommandations pour lutter contre ces dérives

Le rapport d’information a été adopté à l’unanimité par le Sénat fin septembre. « Nous avons travaillé toutes les quatre ensembles pour arriver extrêmement facilement, malgré nos partis politiques différents, à un consensus très exigeant », s’est félicitée Laurence Cohen. « Nous proposons ainsi 23 recommandations sur quatre grands axes : imposer dans le débat public la lutte contre les violences pornographiques, faciliter les suppressions de contenus illicites et le droit à l’oubli, appliquer enfin la loi sur l’interdiction d’accès des mineurs et protéger la jeunesse, et enfin éduquer, éduquer et encore éduquer ».

La délégation propose ainsi de faire de la lutte contre les violences pornographiques et la marchandisation des corps une priorité de politique publique, de faire des violences sexuelles commises dans un contexte de pornographie un délit d’incitation à une infraction pénale, d’imposer aux sites pornographiques des messages d’avertissement et de favoriser l’émergence des plaintes des victimes. Les rapporteuses veulent aussi que des amendes soient mises en place face à toute diffusion de contenu illicite par les diffuseurs et que les demandes de retrait de vidéos formulées par les personnes filmées soient satisfaites gratuitement. Elles souhaitent également le développement de dispositifs de vérification de l’âge et des actions plus fortes de la part des agents de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom). Enfin, que les sujets relatifs à la marchandisation des corps et à la pornographie soient abordés dans le cadre des séances d’éducation à la vie sexuelle et affective.

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