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Ukraine : pour Vincent Chatellier, augmenter les prix alimentaires est inévitable

Lors d’une récente table ronde organisée au Sénat sur l'impact de la guerre en Ukraine sur l’agriculture et la souveraineté alimentaire, les intervenants ont estimé ne pas voir d'autres solutions que la hausse des prix des produits alimentaires.
Ukraine : pour Vincent Chatellier, augmenter les prix alimentaires est inévitable
D.R. - Thierry Pouch, Sébastien Windsor, Vincent Chatellier et Sophie Primas

ActualitéEurope Publié le , LILA DAOUI

Les sénateurs de la commission des Affaires économiques, présidée par Sophie Primas, ont auditionné Sébastien Windsor, président de l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture (APCA), Thierry Pouch, chef du service Études, références et prospective à l'APCA et Vincent Chatellier, ingénieur de recherche à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE) sur les potentielles conséquences du conflit russo-ukrainien sur l’agriculture mondiale.

Chiffres à l’appui, les intervenants ont commencé par dresser un tableau des échanges agroalimentaires internationaux et des rapports entre les différents pays.

S’agissant des exportations, parmi les 25 principaux pays exportateurs dans le monde, qui réalisent 85 % du business international agroalimentaire, 10 pays concentrent 61 % du commerce mondial, soit 1 100 milliards d’euros. La Russie, avec 27,5 milliards d’euros d’exportations, soit 2,5 % du total mondial, se place au 111ème rang. Quant à l’Ukraine, au 17ème, elle réalise 20,7 milliards d’euros, soit 1,9 % du total mondial.

L’Union européenne (UE) représente 16 % du commerce mondial agroalimentaire. Son principal client actuel est le Royaume-Uni, suivi des Etats-Unis, de la Chine et de la Suisse. La Russie arrive elle au 6ème rang des pays clients de l’UE. La perte des marchés russe et ukrainien est donc à relativiser.

S’agissant de l’importation de produits agroalimentaires, la Russie représente 2% des importations mondiales, l’Ukraine 0,5%.

L’UE a une balance commerciale qui s’est améliorée de façon colossale, avec + 40 milliards d’euros, notamment depuis la sortie du Royaume-Uni de l’UE. La part de l’Union dans le commerce mondial, à l’importation, est déclinante, aux alentours de 13% mais elle est excédentaire dans les secteurs des produits laitiers, de 24 milliards d’euros, puis des boissons, dans le secteur porcin et les céréales. Ceux déficitaires sont les oléo protéagineux, les poissons ou encore les fruits.

La France impactée malgré des filières porteuses

Selon les chiffres présentés par Vincent Chatellier, les exportations de la France n’ont jamais été aussi élevées qu’en 2021 et les importations ont également augmenté. La balance commerciale est positive de 8 milliards d’euros, sans dégradation depuis 3-4 ans mais s’est fortement détériorée, de -3 milliards d’euros, avec les 27 pays de l’Union européenne, en raison notamment d’une faible dynamique démographique, d’un développement de la production agricole dans les autres pays de l’UE et des coûts de production plus avantageux dans certains pays partenaires ou concurrents.

A l’inverse, les pays tiers, comme les Etats-Unis, avec 5 milliards, et la Chine, avec 4 milliards, sont de bons clients de la France puisque, sans eux, la balance serait négative.

Enfin, les filières porteuses de la France sont les vins et spiritueux, avec 3 milliards d’euros par rapport à 2020, les céréales, avec + 6 milliards, les produits laitiers et la viande porcine.

Avec les accumulations successives de crises et de défis à relever depuis 2008, les cours des matières premières énergétiques sont en hausse. Si la reprise s’annonçait robuste après la crise sanitaire, les cours du pétrole sont en hausse depuis le 7 mars dernier, les cours du gaz naturel atteignent actuellement +80% en un an et les cours du blé et du colza augment eux aussi.

Répercussion sur le pouvoir d’achat

Avec la crise géopolitique ukrainienne, Sophie Primas et Jean-François Rapin (LR), président de la commission des Affaires européennes du Sénat, avaient demandé début mars à la Commission européenne de mettre sur pause sa stratégie de « décroissance agricole » consistant à mettre en jachère 4 % des terres agricoles prévue dès cette année. En effet, pour Sophie Primas, les conséquences de la crise en Ukraine impliquent de « repenser notre modèle agricole au prisme de l’impératif alimentaire ».

Sur ce point, Vincent Chatellier préconise d’être prudent face à la remise en cause des normes environnementales et de ne pas rester bloquer dans un débat stérile quant à savoir si l’Europe va trop ou pas assez loin en la matière.

Il a également souligné le fait que la capacité dans les pays riches à faire payer le consommateur des crises traversées n’est pas assez évoquée. « On ne trouvera plus assez de marges dans l’agriculture et l’alimentaire. Si on ne veut pas faire payer aux consommateurs les surcoûts d’intrants, les solutions je ne les vois pas. On voit bien que dans la résolution des problèmes à court terme, avoir une inflation sur les produits alimentaires est absolument indispensable pour passer les crises et éviter un effondrement de l’appareil agro-industriel », a-t-il observé.

Collectivement, nous avons un devoir de replacer la question du pouvoir d’achat des consommateurs français, des arbitrages qu’ils ont à faire pour les produits alimentaires de base, dans le contexte que nous traversons. Il ne faut pas faire rêver les gens avec l’idée qu’on a trouvé une solution dans l’appareil agroalimentaire français pour s’en sortir sans augmentation de prix. Je pense que c’est impensable d’y arriver », prévient-il.

Thierry Pouch a quant à lui indiqué que l’inflation dans la zone euro avoisinerait les 7 % sur les produits alimentaires, du fait notamment l’alourdissement des charges pour les agriculteurs du conflit russo-ukrainien et l’augmentation du prix des matières premières. « La consommation de gaz à l’échelle européenne ne devrait pas reculer avant 2030 », a-t-il relevé.

Sur les préoccupations agricoles et alimentaires liées à la situation en Ukraine, ce dernier voit trois situations possibles :

  • soit l’UE accepte la partition de l’Ukraine et la guerre se finit, avec l’appropriation russe du potentiel productif de l’Ukraine, propulsant la Russie au rang d’ « hyperpuissance » agricole dans les années à venir ;
  • soit l’occupation russe s’enlise et les solutions seront aussi difficile à entrevoir qu’à mettre en œuvre ;
  • soit des négociations voient le jour, avec un certain nombre de concessions à faire de part et d’autre et sous la supervision d’un organisme international.

En 15 ans, on est quasiment dans une dernière chance », a-t-il conclu tristement.

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