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Thierry Fornas : "L'exploitation intensive des énergies fossiles me semble révolue"

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Thierry Fornas : "L'exploitation intensive des énergies fossiles me semble révolue"

Au cœur du World Economic Forum de Davos, l'enjeu climatique représente une réelle menace pour la stabilité économique mondiale. Thierry Fornas, président et co-fondateur de la société EcoAct, apporte son éclairage sur la gestion et les solutions à apporter aux enjeux écologiques à venir.

Affiches Parisiennes : Quels services proposent votre entreprise ?

Thierry Fornas : EcoAct est l'acteur de référence pour la décarbonisation des entreprises. Nous sommes les seuls présents sur les trois relais complémentaires que sont la mesure des émissions de gaz à effets de serre (bilan carbone, analyse de cycle de vie pour les produits…), la réduction d'émissions, par la mise en œuvre de plans d'action en phase avec les objectifs fixés par la COP21 (contenir le réchauffement en deçà des deux degrés) et la compensation carbone par le financement de programmes pour compenser les émissions dites incompressibles ou irréductibles. Cela nous permet d'avoir une approche très globale pour nos clients. Plus brièvement, notre credo est de faire de la décarbonisation un vecteur de performance pour l'entreprise.

A.P : Quels sont vos axes de développement et vos projets à venir ?

T.F : EcoAct est sur une politique de croissance organique, voire de croissance externe. Nous voulons être capables d'apporter une réponse aux enjeux que sont le carbone, mais aussi l'eau, la santé, la biodiversité… Tout cela participe à une vision à long terme. L'international nous intéresse évidemment, avec déjà quatre collaborateurs établis à New York, et peut être dans quatre ou cinq ans, la création d'un partenariat avec la Chine. À plus court terme, nous progressons sur un projet de déploiement de compensation carbone au Kenya, par l'intermédiaire d'une de nos filiales. Nous avons déjà travaillé sur 60 000 foyers améliorés en juin 2016, une vraie réussite pour l'entreprise, et l'objectif est maintenant d'élargir le projet sur des comtés voisins, en y additionnant des projets de lampes solaires et de foyers GPL, afin d'offrir une alternative à la consommation massive, notamment de bois. Tous nos projets participent à la lutte contre le changement climatique, mais sont surtout porteurs de sens à l'échelle locale. Le territoire français n'est pas en reste, avec de nouveaux projets domestiques à venir, notamment de reforestation.

A.P : Au-delà des objectifs écologiques poursuivis par votre société, le segment de la décarbonisation vous semble-t-il porteur en termes de valeur et d'activité financière ?

T.F : Ma conviction est que la décarbonisation est un vecteur de performance. Nous avons toujours été amenés à montrer à nos clients le retour sur investissement de nos initiatives, que ce soit en matière d'économies de dépenses énergétiques ou de rationalisation des dépenses de transport, de fret ou de logistique. Pour cela, nous nous focalisons sur des équipements technologiques plus performants, sur des recommandations comportementales ou financières, afin de permettre à nos clients de réduire leurs dépenses, tout en ayant une empreinte environnementale la plus vertueuse possible. Nous travaillons en permanence sur de nouveaux plans d'action, pour déterminer tout ce qui peut être optimisé et investi, afin de structurer la démarche de l'entreprise vers les pistes les plus économes financièrement et écologiquement parlant. Nous avons accompagné La Poste, par exemple, dans l'évolution de sa flotte vers des véhicules électriques, ce qui a permis de réduire de 60 % les émissions de gaz à effets de serre de cette flotte. Au départ, cela représente évidemment un investissement pour notre client, mais grâce au business plan que nous montons, le projet devient générateur de revenus in fine. Nos projets doivent toujours être logiques économiquement, et nous nous y attelons en permanence. Dans la grande majorité des cas, cette logique est possible, car la réduction du recours aux énergies fossiles mène rapidement à des économies tangibles. Dans d'autres cas, par exemple sur nos projets de covoiturage ou d'éco-conduite au sein de nos entreprises clientes, l'impact économique demeure peut être moins significatif, mais reste porteur de sens en termes de réduction d'émissions, avec 10 à 15 % d'émissions en moins pour l'éco-conduite, par exemple. Le positionnement d'EcoAct demeure le passage à l'acte pour concilier économie et écologie, une union qui me semble plus que jamais d'actualité.

A.P : Vous avez participé au World Economic Forum à Davos, qui met très largement en tête des menaces économiques le réchauffement climatique. Quelles solutions concrètes propose EcoAct afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre ?

T.F : En effet, le rapport Global Risks publié à Davos place le réchauffement comme la principale menace pour la stabilité économique mondiale, insistant sur la corrélation entre risques climatiques et instabilité économique. Face à ce risque, adaptation et atténuation doivent être envisagées de manière complémentaire. Certains acteurs économiques commencent à bouger et on assiste à un revirement au sein des entreprises suite à la COP21. Revirement que l'on ressent par ailleurs chez nos propres clients. EcoAct propose donc d'accompagner les entreprises dans cette démarche d'atténuation et d'adaptation. En termes d'adaptation, un partenariat avec Météo France nous permet, par exemple, de faire des prospectives d'évolutions du climat et d'établir des cartographies pour déterminer si des acteurs économiques sont situés ou non sur des zones de stress climatiques (risques de sécheresse, d'inondations). Cela nous permet aussi de déterminer les risques de défaut d'approvisionnement en matière première pour l'industrie agroalimentaire ou cosmétique, ou encore pour le secteur des banques et des assurances qui sont très vulnérables aux phénomènes météo. Par exemple, nous avons accompagné l'Oréal sur toute sa chaîne de valeur pour voir quelle était sa vulnérabilité sur certaines denrées, en Amérique Latine et au Burkina Faso notamment, où nous sommes allés sur le terrain effectuer ces prospectives climatiques.

A.P : Vous parliez du volontarisme affiché par certaines entreprises en matière écologique, pensez-vous qu'il soit suffisant dans la lutte contre le réchauffement ou faut-il le provoquer par la voie réglementaire ?

T.F : Pour marcher, il faut se déplacer sur deux pieds. Une démarche réglementaire doit donc être mise en place, progressive et évolutive en fonction de la pression climatique exercée sur les populations, associée à des démarches volontaires de la part des entreprises. Si la réglementation va de l'avant, je pense notamment à l'article 75 de la loi Grenelle II (qui impose aux acteurs économiques de mesurer régulièrement leurs émissions de gaz à effets de serre) ou encore, à l'article 173 de la loi de Transition énergétique (qui impose aux investisseurs de mesurer l'impact écologique de leurs investissements dans leurs reportings annuels), cela va permettre de conforter les acteurs économiques entreprenant déjà des actions volontaires dans leurs démarches. Que ce soit sur le territoire national ou à l'international, il ne faudrait pas que ces démarches volontaristes, si elles ne sont pas encouragées par la réglementation, soient pénalisantes en matière de compétitivité et de concurrence.

A.P : Le poids de certains enjeux économiques majeurs dans nos sociétés, notamment le cours des énergies fossiles, face au planning très serré de la transition énergétique, imposé par l'accélération du réchauffement climatique, n'oblige-t-il pas les économies modernes à aller à l'encontre de l'un ou de l'autre pour réussir ?

T.F : L'exploitation intensive des énergies fossiles me semble révolue. Les principaux acteurs énergéticiens réorientent complètement leurs stratégies d'entreprise en choisissant des solutions d'efficacité énergétique, voire renouvelables. Les subventions souvent pointées du doigt en faveur du charbon diminuent, et même disparaissent un peu partout. Je reviens sur l'article 173 de la loi Transition énergétique, qui favorise le désengagement des investisseurs dans des entreprises fortement polluantes. Selon un rapport de Divest-Invest, ce désengagement représente plus de 5 000 milliards de dollars sur les quinze derniers mois. AXA a par exemple désinvesti 500 millions d'euros dans certaines entreprises ayant recours à plus de 50 % au charbon dans leurs activités. Il y a donc une dynamique économique favorable. Maintenant, est-ce que le timing est le bon ? Selon certains scientifiques, l'objectif de réduction de deux degrés semble déjà très optimiste (la projection courante faisant plus état d'au moins deux, voire trois degrés). Il faut donc être toujours plus ambitieux, en particulier en tant que contributeurs à la transition énergétique que nous sommes. Chaque acteur, à sa modeste mesure, contribue à lutter contre le changement climatique.

A.P : Bien que la dynamique semble favorable, quels obstacles demeurent au regard de votre activité ?

T.F : Nous aimerions une réglementation beaucoup plus contraignante. L'an dernier par exemple, il était question d'un prix officiel du carbone, d'un « corridor » du carbone, une mesure sur laquelle le gouvernement s'était engagé mais a malheureusement fait machine arrière. Au niveau international, de nombreux lobbies retardent les mesures nécessaires, même si ces dernières me semblent inéluctables. Si l'établissement d'un prix du carbone avait été mis en place de manière réglementaire, nous aurions pu élargir notre champ d'action. Introduire le crédit carbone volontaire au sein d'une législation par exemple, ou plus simplement, placer au cœur de l'actualité la compensation carbone, permettrait d'avoir une vision globale de l'enjeu.

A.P : L'arrivée de personnalités climato-sceptiques au sein de la nouvelle administration américaine vous inquiète-t-elle pour l'avenir ?

T.F : Nous avons tous un jugement particulier sur cette nouvelle administration. Alors que je participais à la COP22, je vous avoue être tombé de haut lors du dénouement de l'élection. Mais nous n'avons pas le pouvoir de revenir sur l'Histoire, il faut donc l'accepter telle qu'elle est, et faire preuve de résilience. Malgré tout, des acteurs économiques américains, par réaction à un président climato-sceptique, vont, je pense, vouloir démontrer qu'un monde nouveau est possible et qu'on peut agir pour le climat. Parallèlement, et on le remarque à Davos, les États-Unis laissent une place libre sur la question qui me semble être récupérée par la Chine. Pour la première fois, un président chinois (XI-Jinping) se rend avec une délégation très importante au forum pour manifester l'urgence d'agir sur le climat. Il est aisé de constater un passage de relais entre deux puissances fortement émettrices de gaz à effet de serre, et l'actuel forum me semble clairement aux couleurs de la Chine cette année.






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