AccueilActualitéStratégie vaccinale : les défis majeurs de la France sont l'approvisionnement et la logistique

Stratégie vaccinale : les défis majeurs de la France sont l'approvisionnement et la logistique

La commission des affaires sociales du Sénat a entendu, le 13 janvier dernier, Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l'Institut de santé globale à la faculté de médecine de l'université de Genève, sur la mise en œuvre de la stratégie vaccinale contre la Covid-19 en France et en Europe.
Stratégie vaccinale : les défis majeurs de la France sont l'approvisionnement et la logistique

Actualité Publié le ,

Présidée par la sénatrice de Maine et Loire Catherine Deroche, la commission des affaires sociales du Sénat a entendu l'épidémiologiste Antoine Flahault sur la stratégie vaccinale, qui, après avoir exposé une approche comparative par rapport aux autres pays européens, a exprimé deux propositions d'action à court et moyen termes.

Vaccination : similitudes entre les stratégies européennes

Selon l'épidémiologiste, deux stratégies s'offrent aux Etats pour faire face à l'épidémie de Covid-19. La première est celle de l'immunité collective, pour barrer sa progression, et celle de la protection des personnes à risques, c'est-à-dire les personnes âgées, vulnérables ou encore les professionnels de santé à leur contact. La plupart des gouvernements ont priorisé la 2ème stratégie, considérée par Antoine Flahault comme la « bonne stratégie à retenir ». Le Professeur a également rappelé le caractère exceptionnel du virus qui, par sa virulence, peut mener à l'engorgement des hôpitaux et à la submersion du système de santé, ainsi que la lourdeur inouïe des réponses apportées pour limiter sa propagation, impliquant des confinements généralisés et la « mise à genoux » de l'économie.

En Europe mais également dans certains pays du monde comme Israël, le vaccin est gratuit et non obligatoire. S'agissant de la gouvernance de la stratégie vaccinale, elle se situe au niveau des gouvernements, et au niveau fédéral pour les Etats concernés comme l'Irlande. Quant à sa logistique, elle repose sur le déploiement de centres de vaccination adaptés, le vaccin de Pfizer nécessitant une chaîne du froid particulièrement exigeante.


Catherine Deroche et Antoine Flahault

Deux défis majeurs en France

Les Etats européens partagent des priorités assez similaires, qui concernent d'abord les personnes âgées et les personnels en charge des maisons de retraite, et, pour le cas de la France, des EHPAD, et des défis communs dans leur stratégie de vaccination. Les défis majeurs de la France sont l'approvisionnement et la logistique : 232 millions de doses sont attendues en 2021 mais seules 22 millions seront livrées, dans le meilleur des cas, avant juin 2021, 190 000 doses ayant déjà été administrées au jour de l'audition. Selon l'épidémiologiste, le retard du démarrage de la vaccination serait d'ordre historique, lié à des traumatismes collectifs « qui ont probablement influencé les cabinets ministériels », celui du vaccin contre l'hépatite B, accusé d'être responsable de sclérose en plaque, et de la grippe H1N1. Face à ce phénomène de crainte, Antoine Flahaut appelle à ne pas confondre les « antivax », les personnes résolument contre la vaccination, et ceux qui ont pu exprimer, à l'occasion de la sortie d'un nouveau vaccin, des réserves et des doutes. En effet, certains médecins préfèrent attendre d'avoir des résultats d'essais cliniques pour se faire un avis sur pièce, documenté, sur ce vaccin. « Les doutes devraient se lever petit à petit avec l'expérience que l'on va acquérir sur ces vaccins », estime l'épidémiologiste avec optimisme. C'est un nouveau vaccin dont il faut respecter les prescriptions et les autorisations de mise sur le marché. Sans recul nécessaire, c'est la seule façon de se faire vacciner sans risquer des effets secondaires.

Propositions pour l'avenir

L'épidémiologiste a souhaité faire deux propositions relatives à la stratégie vaccinale, à court et moyen terme. La première consiste à poursuivre la stratégie initiée aujourd'hui en France et en Europe, qui est celle de vacciner les personnes âgées, à risques et les personnels de santé en priorité, sans la modifier. La seconde est la planification d'une opération de vaccination, en deux tours, à l'image des élections, où les Français seraient tous convoqués, à deux reprises et le même jour, un pour chaque dose. Cela donnerait un horizon aux Français, une étape vers la fin de l'épidémie et permettrait d'assurer un départ en vacances d'été moins risqué.

Par ailleurs, pour répondre au risque de pénurie, et convaincu que le vaccin français de Sanofi ne sera pas disponible avant fin 2021, Antoine Flahault propose que le ce dernier conditionne des vaccins étrangers actuellement sur le marché, rappelant que le problème majeur actuellement est la « mise en flacon » du vaccin. « À défaut de produire un vaccin made in France, Sanofi peut conditionner du vaccin en vrac. Par exemple, Moderna abandonne ses brevets. Sanofi est capable de le conditionner et de le donner aux Français. », a-t-il expliqué.

Sur le sujet des variants du virus, Antoine Flahaut qui, estime que le Gouvernement est engagé « dans une course contre la montre », propose de « mobiliser les forces armées pour vacciner le plus grand nombre » et a rappelé que le vaccin Pfizer est « neutralisant » contre le nouveau variant britannique.

Enfin, questionné sur le projet de carnet de vaccination électronique, ou « passeport vaccinal », où seraient mentionnées les données de la vaccination, Antoine Flahault se positionne en faveur d'une demande des Etats membres européens de résolution à l'Assemblée mondiale de la santé, l'organe de gouvernance de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), pour que la vaccination de la Covid soit mentionnée dans le carnet de santé international. En effet, cette inscription dépend du Règlement sanitaire international (RSI). Insistant sur le risque de « marché noir de faux carnets » de vaccination que les polices aux frontières auront du mal à contrôler, il estime qu'il vaut mieux confier à l'OMS plutôt qu'aux Etats le règlement d'un tel dispositif.

Partager :
Abonnez-vous
  • Abonnement intégral papier + numérique

  • Nos suppléments et numéros spéciaux

  • Accès illimité à nos services

S'abonner
Journal du 24 juin 2022

Journal du24 juin 2022

Journal du 17 juin 2022

Journal du17 juin 2022

Journal du 10 juin 2022

Journal du10 juin 2022

Journal du 03 juin 2022

Journal du03 juin 2022

S'abonner
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?