Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

StopCovid une appli qui stoppe nos libertés?

le - - Actualité - Interview

StopCovid une appli qui stoppe nos libertés?
@ DR

Vraiment ? L'Assemblée nationale et le Sénat ont donné leur feu vert à la mise en place de l'application StopCovid. Objectifs : dans un plan global de déconfinement, nous protéger les uns les autres pour contribuer à stopper les chaînes de contamination de l'épidémie de Covid-19. Jonathan Vidor, fondateur de JVWEB, expert en cybersécurité et pionnier français du marketing digital, analyse cette arme anti-Covid à travers toutes les facettes de sa mise en place et de son utilisation par le grand public.

Affiches Parisiennes : Pouvez-vous présenter votre activité et JVWEB ?

Jonathan Vidor : JVWEB a été créée en 2004. Nous avons vocation à rendre les publicités plus performantes sur Google Ads, Facebook Ads et le référencement naturel de Google. Nous faisons en sorte que nos clients apparaissent le plus haut possible en termes de référencement, pour le coup le moins cher possible. L'entreprise compte 60 collaborateurs à Montpellier, Paris, Shanghai et Genève.

J'ai eu l'idée de créer l'entreprise en 1998. J'étais au lycée. C'était le tout début d'internet en France. J'ai commencé à créer des sites personnels pour m'amuser. J'ai vu que Lycos et AltaVista m'envoyaient des visiteurs. J'ai trouvé cette activité intéressante avec de la technique, un peu de graphisme et du commercial. Je me suis donc mis à créer d'autres sites remplis de publicité. Cette activité a financé mes études. A la fin de celles-ci, j'ai offert mes services en tant que spécialiste à d'autres entreprises.

A.-P. : Aujourd'hui, vous êtes aussi un expert en matière de cybersécurité et protection des données personnelles et vous faites beaucoup de marketing digital. Pouvez-vous décrire votre activité dans ce domaine ?

J. V. : C'est quoi le marketing digital ? Je vais donner l'exemple de la vente en ligne. Imaginons que vous décidiez de vendre des chemises pour homme sur internet. Vous contactez JVWEB. Nous allons choisir ensemble les mots-clés ; “chemise blanche”, “chemise bleu”, “chemisette”, “homme”, “grandes tailles” etc. Nous allons ensuite concevoir une annonce publicitaire, en mettant en avant la qualité, le prix, le fait que vous avez 30 boutiques en France… Nous allons tester les messages : “chemise blanche à 99 euros” Nous mesurons le taux de transformation. Est-ce que l'opération est rentable pour le client ? Nous allons ensuite optimiser.

Pour plus de sécurité, nous exploitons les données. Le message intéresse-t-il les hommes ? Les femmes ? Les hommes sont-ils plutôt jeunes ou plus âgés ? Habitent-ils en ville ? À la campagne ? Nous allons mixer ces réponses, les analyser et ainsi déterminer les segments d'internautes intéressés par les chemises blanches et qui achètent.

Le plus souvent, le client dispose d'une base de données associée à l'achat en magasin. Nous allons traiter ces informations pour de faire le lien entre les deux bases.
On peut s'apercevoir qu'un internaute a visité le site internet, avec sa carte de fidélité, sans faire d'achat. Que deux jours plus tard, il s'est ensuite rendu en magasin. Nous allons être capables de le reconnaître, parce que, dans les deux cas, il a utilisé sa carte de fidélité. Nous faisons ainsi le lien entre la partie internet, la partie physique. Voilà comment nous allons mesurer les performances de la publicité en ligne.

A.-P. : Nous avons aujourd'hui une actualité forte associée à la crise sanitaire, c'est l'application StopCovid. Le gouvernement soutient la mise en place de cette application. La CNIL a émis un premier avis le 24 avril, sur le principe de l'utilisation et dernièrement, elle a publié un deuxième avis favorable, notamment sur le projet de décret et sur les conditions de mise en place de cette application. Le gouvernement annonce que l'application va être disponible dans quelques jours et que les gens pourront la télécharger. Sur ce sujet, plusieurs questions se posent, évidemment. Pouvez-vous, tout d'abord, expliquer le fonctionnement de cette application ?

J. V. : Cette application fonctionne par Bluetooth. Cette technologie existe depuis plus de dix ans. Elle est présente sur tous les smartphones. Elle scanne en permanence les autres équipements dotés de Bluetooth à proximité. Le plus connu est le casque sans fil utilisé souvent lorsqu'on se déplace, notamment dans le métro. À chaque fois qu'un autre appareil est détecté, votre application StopCovid va analyser le temps que vous êtes resté à proximité de cet appareil. Si ce temps est de quelques secondes, rien ne se passe. En revanche, si la proximité a duré plusieurs minutes, dans un même lieu, les smartphones vont le détecter. Cette proximité est évaluée en fonction de la puissance du signal. S'il est très faible, la distance est d'une dizaine de mètres. S'il est très fort, elle est d'un mètre, avec un risque plus élevé.
L'application donne à chacun un pseudonyme, une “ID”. J'ai, par exemple, l'ID 1 000. Nous sommes ensemble une demi-heure dans la même pièce. L'application va détecter que l'ID 1 000 est restée une demi-heure à proximité de l'ID 10 000. C'est ce qui va être échangé, sans donner les noms, prénoms, et surtout sans géolocalisation. Les données sont totalement anonymisées et, surtout, elles ne donnent aucune précision de géolocalisation. C'est important. L'application garde en mémoire toutes ces données pendant 14 jours.

A.-P. : Si, pendant ces 14 jours, un médecin vous déclare malade, qu'est-ce qui se passe ?

J. V. : Si votre médecin vous déclare malade, l'information est transmise aux serveurs. Tous les gens avec lesquels vous avez été assez longuement au contact ou à proximité vont recevoir une notification qui précisera « Vous avez été en contact avec une personne porteur du Covid-19. Veuillez s'il vous plait vous faire dépister ». Cela va rester anonyme. Le serveur central va juste spécifier que vous avez croisé quelqu'un qui est malade.

A.-P. : Qui va faire la déclaration si je suis testé positif ?

J. V. : Tout n'est pas très clair sur ce point. Le médecin vous fait le test. Si vous êtes positif, la brigade sanitaire va faire une recherche dans votre entourage pour tester votre conjointe, vos enfants, vos amis proches… Parallèlement, si vous avez l'application, elle va prendre en charge la déclaration au serveur central.

A.-P. : Cette brigade territoriale est contrôlée par le ministère de la Santé ?

J. V. : Oui, cette brigade existe déjà depuis quelques semaines. Elle n'a pas été spécialement constituée pour gérer l'application.

A.-P. : Les données sont donc anonymisées. Correspondent-elles aux exigences du RGPD ?

J. V. : Exactement, le seul risque, pointé par la Cnil, c'est qu'il y ait création d'une cartographie sociale. Je m'explique. Imaginons que vous ayez le pseudonyme 1 000 et que vous utilisiez l'application pendant 14 jours. Je peux éventuellement savoir qui vous avez rencontré, même mais cela reste des pseudos. De mon côté, dans le même temps, j'ai également rencontré des gens. Il y a peut-être 10 personnes que nous avons croisées tous les deux. C'est cela qui constitue une cartographie sociale. Dans tous les cas, cette cartographie reste anonyme.

A.-P. : Concernant le tracking des personnes, l'application est-elle conforme au RGPD ?

J. V. : Oui, puisqu'il n'y a pas de géolocalisation. On ne connaît pas le nom de la personne. On ajuste un numéro. On n'est donc pas capable de passer du numéro à un nom. Théoriquement, l'application aurait pu développer cette fonctionnalité. C'est la raison pour laquelle le code a été redu grand public. Tout le monde peut aller vérifier comment le programme a été développé, s'il y a une “porte secrète” qui permet d'aller enregistrer les noms, prénoms ou même des photos. En fait, il n'y a pas de fonctions cachées. Tous ceux qui en doutaient, ont pu s'en rendre compte. La Cnil a mené les mêmes vérifications, à un niveau professionnel, pour conclure qu'il n'y avait aucun problème. Après, sur la partie “hacker” et sur la partie “développeur”, nous attendons les conclusions dans les prochains jours.

A.-P. : Y-a-t-il également une possibilité pour qu'une personne se déclare elle-même malade ?

J. V. : Pour l'instant, ce n'est pas prévu, afin d'éviter les faux positifs et ceux qui se pensent malades.

A.-P. : Actuellement, on parle des vacances d'été, de déplacements. Si je me déplace en France ou dans les territoires ultramarins, je suppose que l'application sera opérationnelle. En revanche, que va-t-il se passer si je me déplace dans un pays européen ?

J. V. : Sur ce point, la situation reste assez floue. Rien n'est encore réellement finalisé. Le ministère de la Santé veut, pour les mois de juillet et d'août, que les applications soient inter-compatibles entre les pays européens, mais pour l'instant, elles ne le sont pas encore. C'est prévu pour le mois de juillet, avec la réouverture potentielle des frontières.

A.-P. : Est-ce qu'on sera obligé d'avoir cette application ?

J. V. : Non, elle est facultative. Téléchargent et utilisent l'application uniquement ceux qui le souhaitent. Je parle-là de l'Europe. Il y a certains pays, comme la Russie, qui vont imposer ce type d'application. La Chine, à un moment, a fait la même chose. Dernièrement, sur l'application chinoise, vous receviez des notifications trois fois par jour. Vous aviez alors quelques minutes pour prendre un selfie. Vous étiez géolocalisé pour vérifier que vous étiez bien chez vous et pas en train de contaminer d'autres personnes. Ces fonctionnalités russes et chinoises contraignantes ne sont pas du tout prévues en Europe.

A.-P. : Cette application devrait donc probablement avoir un effet positif pour juguler l'épidémie ?

J. V. : Oui, elle permet de faire une recherche de contacts. Elle permet de connaître et d'alerter au quotidien les personnes qui ont été au contact de quelqu'un qui est atteint du Covid-19. Le dépistage se fait alors et si une autre personne est déclarée positive, elle est isolée. Cette recherche de contacts se fait depuis longtemps pour les maladies infectieuses. Mais elle était empirique, fondée sur le témoignage des malades. Par exemple, pour les MST et le Sida en particulier, c'est cette procédure qui était suivie. Même chose contre la variole qui n'a pas été endiguée grâce à un vaccin, mais grâce à cette stratégie.
Aujourd'hui, la recherche de contacts numériques permet d'aller plus vite et d'être plus efficace. L'idée est de chercher plus vite, plus facilement.

A.-P. : En ce qui concerne les mineurs qui n'ont pas de téléphone, comment les choses vont-elles se passer s'ils sont porteurs du virus ?

L. V. : Si l'enfant n'a pas de smartphone, rien n'est prévu actuellement, pas plus que pour les gens qui refusent de télécharger l'application, d'ailleurs. Je pense que cette situation sera traitée au cas par cas, selon les habitudes quotidiennes des parents et leurs contacts extérieurs.

Au début du confinement, une expérience a été menée au États-Unis. Sur une plage de Los Angeles, un opérateur a noté tous les téléphones de toutes les personnes présentent, de 15h à 18h. Ils ont étudié leurs destinations dans le monde durant les trois jours suivants. Au terme de ce délai, on s'est aperçu que ces gens étaient disséminés sur la planète entière ; certains en Europe, d'autres en Asie… C'est la même procédure avec StopCovid. Quelqu'un était hier à Strasbourg, il est aujourd'hui à Montpellier et dans deux jours à Paris, pour le travail. Grâce à l'application, tous les gens que cette personne aura croisé au cours de ces quatre jours pourront facilement être identifiés.

A.-P. : En fait, cette application est extrêmement pragmatique. On peut pourtant imaginer une personne déclarée malade, qui n'a pas l'application. Comment va-t-on faire ?

J. V. : Dans la procédure choisie, on ne peut forcer personne à télécharger l'application. Espérons néanmoins que chacun fasse preuve de bienveillance en ayant sens des responsabilités.

A.-P. : Le Gouvernement a-t-il choisi la bonne application ?

J. V. : Oui, elle est efficace. Le seul point, c'est que la France a été un peu décriée pour avoir choisi un serveur centralisé. Elle aurait pu opter pour un serveur décentralisé, mais dans ce cas, c'était Google et Apple qui décidaient de faire suivre ou pas les informations. Le Gouvernement français – c'est aussi le cas du gouvernement britannique – n'a pas voulu leur laisser ce pouvoir de décision.

Autre bémol, la Cnil a fait remarquer que personne n'avait prévu la fin de l'application. Elle veut que l'on acte la méthode d'arrêt pour protéger les particuliers. Ce qui a été fait depuis.

Notez que chacun est totalement libre d'effacer l'application quand il le souhaite. Dans ce cas, la personne n'est plus traçable et ne peut plus recevoir de notifications.

A.-P. : Est-ce que vous pensez que cette application a des chances de succès ?

J. V. : Oui, je pense que plus de 50 % des Français, notamment tous les actifs, vont la télécharger. Cela donnera déjà une bonne couverture.




Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer