AccueilInterviewStéphane Cohen : « Nous avons décidé d'investir massivement cette année »

Stéphane Cohen : « Nous avons décidé d'investir massivement cette année »

Cette année, les universités d'été changent de dimension. Elles n'ont jamais connu pareille affluence. Pour Stéphane Cohen, président de l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France, cet événement marque la volonté des institutions d'investir massivement sur la formation et l'information d'experts-comptables et de commissaires aux comptes franciliens en proie aux défis d'avenir.
Stéphane Cohen : « Nous avons décidé d'investir massivement cette année »
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Affiches Parisiennes : Que représentent ces universités d'été pour les experts-comptables ?

Stéphane Cohen : Pour nous, ces universités constituent le grand rendez-vous annuel de formation et d'information des experts-comptables et des commissaires aux comptes de la région Île-de-France.

A.-P. : Elles prennent une nouvelle dimension cette année avec leur arrivée au palais des Congrès de la Porte Maillot. Comment expliquez-vous ce développement ?

S. C. : Ce grand rassemblement des professions franciliennes du chiffre réunit de plus en plus de monde au fil des ans. En 2015, nous avons reçu quelque 4 000 participants dans le cadre de l'université René Descartes. Cette affluence s'explique notamment par le fait que la rentrée est, pour les experts-comptables, les stagiaires et les collaborateurs, la période la plus creuse de l'année en termes d'activité. C'est l'occasion pour eux de recevoir gratuitement de l'information et de la formation à travers plus de 120 ateliers d'une heure à une heure et demie, sur des thèmes techniques, qui permettent de valider les 40 heures de formation minimum obligatoires. Ce cycle estival vient en complément des formations de l'année.

A.-P. : Le choix de la rentrée n'est donc pas anodin…

S. C. : C'est pour nous le moment idéal pour fédérer la profession. Nous sommes, par ailleurs, très attachés à la gratuité. Elle est importante et fait partie du code génétique de ces universités d'été. C'est également un moment où nous allons pouvoir prendre du recul sur toutes les grandes questions qui préoccupent actuellement notre profession. Cette réflexion d'ensemble prend traditionnellement la forme d'une grande thématique “fil rouge”. L'année dernière l'événement était placé sous le signe de l'innovation. Cette année, c'est la confiance dans tous ses états qui est à l'ordre du jour.

« Durant ces universités, nous réfléchissons et nous nous formons aux nouvelles techniques. »

A.-P. : La confiance en général ou spécifiquement adaptée aux professions du chiffre ?

S. C. : La confiance dans un monde digitalisé, la confiance dans un monde économique en mutation, la confiance entre les individus, la confiance entre professionnels.

Ces universités d'été sont ponctuées par deux moments forts, deux grandes conférences. La première en format TEDx (avec mission de propagateur d'idées, ndlr). Chaque animateur intervient librement 10 à 15 minutes sur un sujet avec un micro “Madonna” en philosophant sur un thème. Parmi les intervenants, nous avons des économistes, mais aussi des philosophes et des psychologues. Nous n'avons pas forcément que des techniciens. L'idée est réellement de prendre du recul, spécialement sur les neuf prochains mois, et de tenter de cerner l'avenir de nos professions. Ce type d'intervention a forgé le succès de ces universités d'été.

A.-P. : Cette année, les universités d'été changent réellement d'envergure ?

S. C. : Oui, nous avons souhaité accueillir 6 000 confrères. Nous avons donc décidé de changer de lieu en investissant le palais des Congrès de la porte Maillot. Beaucoup de partenaires ont adhéré à cette idée.

Nous avons eu l'ambition d'intéresser davantage de confrères, surtout les jeunes qui sont l'avenir de nos professions. Nous avons par ailleurs créé des parcours collaborateurs spécifiques. À la différence du congrès payant, plus spécialement réservé à l'expert-comptable et aux associés du cabinet, les universités d'été sont gratuites et ouvertes aux collaborateurs.

Nous avons cette volonté de former les équipes du cabinet qui vont participer à sa révolution. Les jeunes vont devenir les référents de techniques particulières comme la fiscalité, la gestion de patrimoine, la transmission d'entreprises, le financement, la gestion des difficultés de l'entreprise. Ce sont ces jeunes qui vont apporter ce knowledge précieux pour les entreprises. Nous misons donc beaucoup sur les jeunes, qu'ils soient experts-comptables stagiaires, commissaires aux comptes stagiaires ou collaborateurs. Nous considérons que la richesse de notre profession est ces hommes et ces femmes qui la composent, notamment au sein des cabinets.

Voilà pourquoi nous avons décidé d'investir massivement cette année. C'est un changement de dimension qui a entraîné une hausse significative du budget de cet événement. Nous voulons optimiser la formation de nos membres, pas seulement ceux qui sont inscrits au tableau, mais aussi ceux qui font le business dans les cabinets au quotidien, pour accompagner la transition.

A.-P. : La formation est donc devenue indispensable ?

S. C. : Oui, elle est essentielle. C'est le nerf de la guerre. La formation constitue aujourd'hui l'axe majeur de développement pour les cabinets.

Nous sommes d'ailleurs en pleine réflexion concernant l'évolution de notre Institut régional de formation, l'Asforef, qui est le plus important centre de formation français pour la profession. Nous allons le dynamiser, car nous considérons que c'est la composante stratégique capable d'accompagner les cabinets aujourd'hui. Vous ne pouvez pas demander à un cabinet qui fait de la tenue de comptabilité, depuis son origine, de devenir du jour au lendemain un spécialiste des fusions-acquisitions ou de la gestion de patrimoine. C'est impossible. C'est donc en formant un manager et/ou un collaborateur, à ces nouvelles techniques que le cabinet pourra développer ces missions de conseil qui sont plus que nécessaires pour accompagner le virage actuel et conforter le chiffre d'affaires.

A.-P. : Vous voulez ouvrir de nouveaux horizons aux professionnels du chiffre ?

S. C. : L'objectif est de prouver que la profession d'expert-comptable est de moins en moins comptable et de plus en plus experte, même si la comptabilité reste pour nous un élément important, car elle constitue la donnée brute sur laquelle nous allons pouvoir fonder les analyses et les missions futures, pour accompagner nos clients. L'idée n'est donc pas de se détourner de la comptabilité, mais de passer le moins de temps possible dans la construction, la fabrication, de cette donnée brute pour en dégager le plus possible pour son exploitation.

Nous ne descendons plus chercher le diamant brut à la mine. Les nouveaux outils technologiques nous posent ces diamants sur la table afin que nous puissions les tailler et les transformer en pierres de collection. Nous allons ainsi devenir les stratèges de l'entreprise.

A.-P. : Et cette stratégie passe par la formation et l'information ?

S. C. : La formation est essentielle, bien au-delà des 40 heures obligatoires. Nous réfléchissons à une nouvelle manière de former ; à distance, par exemple. Pour notre institut de formation, nous pensons au développement du MOOC, parce que c'est un mode dynamique de formation qui correspond aux attentes des jeunes générations des cabinets. Le MOOC est une nouvelle façon de former en plus grand nombre des équipes de cabinet qui vont rapidement acquérir de nouveaux savoir-faire et de nouvelles techniques.

De la même façon, l'e-learning que nous avons développé n'est pas suffisant et pas totalement satisfaisant. Cet objectif accompagne ce que fait l'Ordre des experts-comptables depuis longtemps, notamment en mettant en place un certain nombre d'outils téléchargeables.

Aujourd'hui, l'idée est d'aller plus loin pour faire de la formation l'axe stratégique n° 1 de notre institution. Voilà l'une des raisons pour lesquelles nous avons mis les moyens pour optimiser ces universités d'été qui, je le dis une fois encore, est avant tout un grand moment de formation.

A.-P. : Vous visez donc la qualité de l'expert-comptable ?

S. C. : Qualité, technicité… L'expert-comptable est l'homme des finances de l'entreprise qui intervient avec son bagage déontologique et le contrôle qualité. Dans le monde des affaires, l'éthique et la confiance sont très importantes.

L'expert-comptable arrive à présent dans ce nouveau monde de l'entreprise avec des missions concurrentielles, comme les fusions-acquisitions, le conseil en financement, la gestion de patrimoine…

A.-P. : Le contrôle qualité est aussi pour vous un élément essentiel au développement de votre profession ?

S. C. : Au sein de notre ordre sont menés annuellement 700 contrôles qualité. Ces derniers portent sur les pratiques du cabinet, le respect du code de déontologie, les normes mais aussi l'organisation, le respect du nombre d'heures de formation et, plus globalement, la qualité des services proposés. Nous avons un corps d'un peu plus de 100 contrôleurs qui sont rémunérés par l'Ordre – c'est d'ailleurs l'un de nos plus gros budgets. Il y a ainsi, chaque année, un peu plus de 12 % de la population francilienne des experts-comptables qui est contrôlée de manière aléatoire.

Nous vérifions que le cabinet a les moyens et le nombre de collaborateurs suffisant pour mener à bien sa charge de travail et que les dossiers sont suffisamment documentés au regard des normes… À l'ordre, depuis de nombreuses années, nous tenons beaucoup au respect de tous ces critères.

« Nous allons devenir les véritables stratèges de l'entreprise. »

A.-P. : Ce sont d'ailleurs tous ces critères qui vous différencient de ceux que vous baptisez « les illégaux » ?

S. C. : Les illégaux ne sont pas assurés, c'est un premier point. Ils n'ont pas d'éthique, pas de déontologie et pas de contrôle. Nous sommes très vigilants sur ce point. C'est l'une des prérogatives de l'ordre de surveiller la profession. Nous signalons invariablement l'exercice illégal au procureur de la République. Le non-respect de l'ordonnance de 1945 est un délit pénal qui entraîne de très lourdes sanctions, notamment des peines de prison ferme assorties de condamnations pécuniaires très importantes.

Notre profession est une profession de la confiance, de l'éthique. Elle est reconnue en tant que telle. Le législateur a besoin des experts-comptables, y compris dans l'avenir quand nous évoluerons dans un monde totalement dématérialisé. L'expert-comptable est celui qui va assurer que les flux de l'entreprise sont corrects, cohérents, au regard du droit des sociétés, du droit fiscal… C'est le tiers de confiance, le garant. Voilà pourquoi l'ordre investit beaucoup sur le contrôle qualité, afin de conserver ce niveau d'éthique et de confiance que nous offrons à nos clients et aux Pouvoirs publics.

A.-P. : Où en est le pack pour les jeunes ?

S. C. : Nous avons voulu créer un pack juridique pour les jeunes experts-comptables qui va leur servir au moment de l'installation. L'idée est de mettre un pied à l'étrier à ces jeunes experts-comptables qui montent leur cabinet. Grâce à cette « box », ils vont trouver des moments de gratuité sur l'utilisation d'un certain nombre d'outils, comme l'information.

Cela peut être des abonnements à la documentation juridique, à des outils de gestion… Le contenu de ce pack sera bientôt finalisé.

A.-P. : Que dites-vous aux jeunes experts-comptables ?

S. C. : Nous disons aux jeunes, experts-comptables et collaborateurs que ce que vit actuellement la profession est formidable en termes d'attractivité. Si l'image qu'ils ont aujourd'hui de l'expert-comptable demeure la saisie de données et la tenue de comptes, celle-ci va disparaître avec la dématérialisation, au profit de l'analyse financière et du conseil. C'est une formidable ouverture vers des missions nouvelles, davantage de rentabilité et surtout une place privilégiée au côté du chef d'entreprise. C'est l'apanage de notre profession d'avoir l'oreille du dirigeant de PME, ce que nous envient, par exemple, les avocats.

Nous partons de ce capital confiance pour augmenter de façon très significative la part de conseil au chef d'entreprise. Demain, les jeunes experts-comptables seront les hommes d'affaires du chef d'entreprise, avec les notaires à leurs côtés.

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