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Stéphane Cohen : Les challenges pour la profession comptable restent importants !

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Stéphane Cohen : Les challenges pour la profession comptable restent importants !
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Stéphane Cohen, président de l'Ordre des experts-comptables de Paris – Île-de-France, arrive au terme de son mandat. Il dresse le bilan de son action “sur mesure”, tant pour les cabinets indépendants que pour les grandes structures. Il fait, par ailleurs, le point sur les grands défis qu'affronte la profession d'expert-comptable.

Affiches Parisiennes : Quel bilan faites-vous du mandat que vous achevez actuellement à la présidence de l'Ordre des experts-comptables de Paris – Île-de-France ?

Stéphane Cohen : Pendant ces deux années, l'Ordre de Paris – Île-de-France a essayé de donner à l'ensemble des consoeurs et confrères, des cabinets indépendants aux grandes organisations de conseil et d'audit, des outils et des moyens pour prospérer. Notre stratégie n'a jamais été de cliver la profession, bien au contraire. La diversité des cabinets répond d'ailleurs parfaitement à la structure du marché de l'entreprise et de l'entrepreneuriat. En Île-de-France, notre profession est relativement atomisée avec 6 000 professionnels inscrits et 5 000 structures d'exercice, ce qui révèle de nombreux cabinets indépendants.
L'idée a donc été pour nous de donner à tous des moyens, des formations et des conférences “sur mesure”, pour certains cabinets qui ont des missions de conseil à valeur ajoutée, mais aussi pour d'autres cabinets dont l'activité est plus centrée sur la comptabilité, en leur donnant par exemple des outils pour vendre des missions de contrôle de gestion.
Globalement, voilà le sens de nos travaux pendant ce mandat et le précédent, avec Julien Tokarz, mon prédécesseur à cette présidence.

A.-P. : Sur quels grands défis qu'affronte la profession d'expert-comptable avez-vous plus particulièrement centré votre action ?

S. T. : Bien entendu, nous avons pris la mesure de l'influence de la digitalisation sur le modèle économique des cabinets, sans pour autant en faire une obsession exclusive. N'oublions pas que notre profession est en mouvement perpétuel en la matière depuis plusieurs décennies, puisque nous travaillons main dans la main avec les éditeurs de logiciels pour rationnaliser, simplifier, numériser le traitement comptable. Ce mouvement qui vise à totalement dématérialiser les flux de données, de la facture à la restitution comptable, est d'ailleurs très constructif. Cette dynamique numérique libère des énergies pour pouvoir mieux accompagner nos clients dans le contrôle de gestion, dans le financement, dans le domaine de la croissance, de la restructuration, de la gestion de patrimoine.
Nous avons aussi pris en considération ces phénomènes en développant, ou plutôt en continuant à développer des événements dédiés, comme les Journées de la transmission d'entreprise, créées par Laurent Benoudiz. Avec lui, nous avons aussi fait grandir “Transfair” à travers l'interprofessionnalité, puisque cet événement est organisé conjointement avec les notaires, les commissaires aux comptes (CRCC de Paris et de Versailles) puis étendu à la Chambre de commerce et d'industrie et aux avocats. Cette opération est à présent inscrite parmi les grands moments de la Semaine de la transmission. En 2015, nous avions reçu près de 1 500 personnes au Palais Brongniart. Cette année, pour la deuxième édition de Transfair, le 21 novembre prochain, nous allons sans doute battre ce record. Ce qui est intéressant, c'est que nous accueillons de plus en plus de chefs d'entreprise. A travers ce rendez-vous, nous voyons bien que la transmission d'entreprise est une mission importante pour nos cabinets, permettant aux experts-comptables d'accompagner les chefs d'entreprise tout en confortant le chiffre d'affaires de leur structure.

A.-P. : Vous avez également travaillé dans le domaine de la fiscalité...

S. C. : Tout à fait, notamment à travers le service “Allo impôts”, également créé par Laurent Benoudiz. Pendant une semaine, les experts-comptables assistent les contribuables pour les aider à remplir leur déclaration de revenus. Cette année, nous avons enregistré plus de 50 000 appels assurés pas nos consœurs et par nos confrères. Cette opération est intéressante parce qu'elle place l'expert-comptable au centre de la fiscalité des particuliers. Voilà également une mission très importante de notre profession ; une mission inscrite dans nos textes depuis plusieurs années grâce à l'intervention de Joseph Zorgniotti, qui a permis à notre périmètre d'exercice d'évoluer.
Nous avons tous fait des efforts, à commencer par le Conseil supérieur, notamment les équipes de Joseph Zorgniotti, pour faire inscrire dans la loi Macron une série de dispositions qui nous permet d'aller plus loin sur le terrain du conseil fiscal et social, y compris quand nous n'avons pas de mission principale de comptabilité.


A.-P. : A vos yeux, pourquoi le périmètre d'exercice de l'expert-comptable s'est-il accru ?

S. C. : Pour une raison simple : cette extension du périmètre d'exercice correspond aux besoins de notre marché. Nos clients sont souvent des TPE et des PME qui ont besoin de trouver un point d'entrée, une sorte de “one stop shop” pour les accompagner dans leur problématique du quotidien. Nous avons eu cette volonté de faire de nos consoeurs et confrères des acteurs incontournables de l'économie locale, en Île-de-France pour ce qui nous concerne.
Dès mon arrivée à l'Ordre, j'ai travaillé à renforcer cette place de l'expert-comptable qui est le premier confident du chef d'entreprise en insistant sur l'idée qu'il est l'homme-clé pour toutes ses affaires. Cette approche entre petit à petit dans les mœurs.

A.-P. : L'évolution du “déclaratif” n'est-elle pas un handicap pour la profession ?

S. C. : Nous ne sommes évidemment pas satisfaits d'être poussés ainsi par Bercy sur le déclaratif, qui nous complique sans cesse la tâche en matière administrative. Mais il faut être lucide : notre ministère de tutelle, en raison de notre déontologie, considère que nous sommes la profession de la confiance. Il faut cependant renforcer les contreparties pour que notre relation devienne plus équilibrée. Nous voulons nous inscrire dans un partenariat gagnant-gagnant qui est celui de l'acteur incontournable dans les relations entre acteurs privés et acteurs publics. Pour cela, il faut que Bercy aille jusqu'au bout de la logique de ce statut de tiers de confiance : la présence d'un expert-comptable dans un dossier doit aboutir à l'allègement et la simplification des procédures déclaratives. Sur ce point le compte n'y est pas encore.

Mais pour l'essentiel, dans la mission de l'expert-comptable, il y a évidemment des choses moins intéressantes que d'autres. Mais c'est grâce à ces tâches déclaratives un peu rébarbatives que nous sommes présents au quotidien dans l'entreprise –ce que d'ailleurs nous envie d'autres professions. Nous pouvons ainsi détecter leurs besoins et leurs doutes pour une croissance externe, pour un financement, pour leur gestion de patrimoine... Au cours de ces deux dernières années, nous avons beaucoup travaillé sur cet accompagnement permanent du chef d'entreprise.

"Agir plus, dépenser moins, gérer au mieux...
Voilà actuellement la culture de notre Ordre régional."


A.-P. : Vous partagez donc ce bilan avec les élus de l'Ordre ?

S. C. : Bien entendu. Tout ce qui a été fait n'est pas le travail d'un seul homme mais de toute une équipe, et pas seulement d'une équipe d'élus. C'est aussi l'énergie des permanents salariés de l'Ordre. Au cours des huit dernières années, nous avons vu un changement radical. L'Ordre est aujourd'hui considéré comme une entreprise efficace, agile, mobile... presque comme une start-up ! Tout le monde ici travaille en mode projet. Nous sommes motivés, concernés et de plus en plus efficaces. C'est cet état d'esprit qui donne des résultats.
Depuis quatre ans, nous obtenons des excédents financiers importants, alors que nous avons presque doublé l'investissement en matière de production d'outils, de communication et de formation pour nos consoeurs et confrères. Je suis fier du travail réalisé par ces équipes en deux ans. Je suis fier d'avoir vu ces femmes et ces hommes travailler sans compter leurs heures. Pendant deux ans, j'ai vraiment dirigé une entreprise de la nouvelle économie ! Au tableau comme aux stages, comme dans de nombreuses commissions, nous avons des collaborateurs incroyables. Ce qui se passe ici, entre les élus et les collaborateurs de l'Ordre, est assez magique.

A.-P. : Notamment l'action contre les braconniers du chiffre ?

S. C. : Concernant l'exercice illégal, il faut mesurer le chemin parcouru en quelques années. Nous avons beaucoup fait pour informer –nous sommes présents partout dans les médias–, mais aussi pour donner des outils, avec surtout le site internet –www.compta-illegal.fr–, qui est si puissant aujourd'hui que trois régions ordinales –Rhône-Alpes, PACA et Nord Pas-de-Calais– ont souhaité nous rejoindre. D'autres régions veulent à leur tour entrer dans le dispositif. Ce site donne de l'information et recense des cas d'exercice illégal. En Île-de-France, 300 cas ont ainsi été signalés en 2016.

Le traitement est tout aussi efficace. Plus de 1.000 dossiers instruits, 400 plaintes et 190 condamnations depuis 8 ans ! Il y a quelques années, nous obtenions quatre ou cinq condamnations par an. Aujourd'hui, nous en sommes à une trentaine par an et, en prenant en compte les délais d'instruction, nous savons que ce chiffre sera en forte augmentation dans les prochaines années.
Par ailleurs, les partenariats avec le Bon coin, Vivastreet et, tout récemment, avec les greffiers des tribunaux de commerce sont très fructueux. Nous sommes parvenus à changer l'appréciation en droit de l'inscription des sociétés qui ont le mot “comptable” dans leur objet social. Ce travail de lobbying, à porter à l'actif de nos élus et des équipes de l'Ordre, nous permet de relayer ce danger que constitue l'exercice illégal dans les médias. Ce n'est pas qu'un combat corporatif, même si en tant que président de l'institution, mon rôle est de défendre les professionnels et leur cabinet. Il s'agit aussi et surtout de la survie des entreprises qui sont victimes de ces braconniers du chiffre.

A.-P. : Durant votre mandat, vous avez également voulu rétrocéder les excédents de cotisations à vos confrères...

S. C. : Nous avons fait ces rétrocessions depuis 2015 pour une raison simple. Les experts-comptables nous mandatent. Ils nous donnent ainsi des moyens financiers via leurs cotisations. Ils nous confient ainsi de l'argent qui pèse sur leur compte de résultats. Nous sommes donc en charge de l'investir au mieux pour pérenniser et développer la profession. Grâce aux restructurations que nous avons réalisées et malgré toutes nos actions, nous dégageons des excédents. Nous avons donc, selon moi, une obligation morale, éthique, de restituer l'argent. A l'Ordre, nous n'avons pas vocation à créer un trésor de guerre.

Il y a trois ans, toujours dans un souci de transparence, Julien Tokarz a créé une commission paritaire “appels d'offres”, dès que nous dépassons 20 000 euros d'investissement.
Parallèlement, depuis huit ans, nous baissons le montant des cotisations de façon importante, grâce à un budget calculé au plus juste. En fait, nous gérons nos institutions comme nous gérons nos cabinets, en bons pères de famille, avec le souci permanent de la gestion, de l'engagement.

Je suis d'ailleurs heureux que ce principe de rétrocession ait été adopté à l'unanimité des élus du conseil supérieur, toutes tendances syndicales confondues, ce qui nous permis d'augmenter le montant du remboursement cet automne.

"Face aux challenges qui se profilent, la mobilisation est déterminante.
Nous devons tous aller voter !”

A.-P. : Nous sommes en période électorale, une nouvelle équipe va être élue. Voyez-vous au niveau du scrutin une opposition entre petits cabinets et grandes structures ?

S. C. : Je vais laisser de côté, ma casquette de président et m'exprimer à titre de simple candidat sur la liste de Laurent Benoudiz. Les élections n'ont jamais été aussi clivantes. Nous avons deux grands syndicats qui dirigent la profession, ECF et l'IFEC et, avec une troisième liste qui n'est pas vraiment sérieuse. Il y a clairement deux visions de la profession qui s'affrontent et qui sont représentatives des composantes de ces syndicats. L'IFEC, très respectable au demeurant, est principalement animé par les fameux “big four”. Stratégiquement, ce syndicat défend une politique qui correspond au modèle économique de ses cabinets adhérents : beaucoup d'audit, de plus en plus de conseil, assez peu de tenue de comptes. Or, il faut savoir que le traitement de l'information comptable représente actuellement 70 % du chiffre d'affaires des petits cabinets. Nous sommes donc très contents d'avoir cette prérogative d'exercice que nous devons préserver et défendre. C'est à la fois une marque de confiance et de la solidité pour nos structures. Nous rendons ainsi service aux entreprises et à l'économie.

Au vu de la pluralité des entreprises –TPE, PME, ETI, groupes– et de leurs besoins, il faut une pluralité des cabinets d'experts-comptables. A ce titre, les “big four” sont tout aussi utiles qu'un cabinet indépendant. La profession est plurielle. Elle doit donc continuer à s'exprimer de façon plurielle. Les grands cabinets ont toute leur place dans le débat démocratique au sein des institutions. Mais un Ordre comme celui de Paris – Île-de-France, avant tout composé de petits et moyens cabinets, doit pouvoir s'appuyer sur un syndicat qui correspond le mieux à la grande majorité tout en cherchant en permanence des solutions plurielles pour que personne ne soit oublié. C'est ce que représente ECF : on y trouve à la fois des experts-comptables qui travaillent seuls que des structures plus importantes voire de plusieurs centaines de collaborateurs ou adhérentes de réseaux. A contrario, l'IFEC est un syndicat dynamisé et animé par les réseaux anglo-saxons d'audit et de conseil. On sait l'impact qu'ont eu ces grands cabinets sur l'audit. On imagine celui qu'ils pourraient avoir sur l'expertise-comptable.
L'IFEC tient aujourd'hui à prendre le contrôle du Conseil supérieur des experts-comptables, en commençant par l'Ordre de Paris – Île-de-France. C'est clairement une stratégie affichée. Je peux les comprendre, mais ce n'est pas ma préoccupation. Ma préoccupation, c'est de ne laisser aucune consoeur et aucun confrère sur le bord de la route.

A.-P. : En termes de vote, ce n'est pas un cabinet – une voix ?

S. C. : Ce sont les experts-comptables inscrits au tableau et à jour de cotisations qui ont le droit de vote et pas les structures. Les cabinets anglo-saxons l'ont parfaitement compris. Vous avez pu lire comme moi dans la presse, qu'ils ont ainsi inscrit cette année à l'Ordre et de manière tout à fait inhabituelle, 136 salariés. Certaines structures en ont inscrit plus de soixante-dix sur cette seule année 2016 ! Aussi, je m'inquiète de cette stratégie de l'IFEC, qui est de nature à créer de vrais clivages dans notre profession.

Voilà pourquoi je veux inciter tous les experts-comptables à voter pour la liste ECF. N'oublions pas qu'ECF a gagné les dernières élections avec 86 voix d'avance. Donc, avec ces inscriptions massives des cabinets anglo-saxons, il y a un risque important. Je dis aux consoeurs et confrères “ne nous trompons pas”. Face aux challenges qui se profilent, la mobilisation est déterminante. Nous devons tous aller voter !




Jean-Paul VIART
Journaliste

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