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SOS Retraites : « non cette réforme-là ne passera pas »

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SOS Retraites : « non cette réforme-là ne passera pas »
@ AP

À l'appel du Conseil national des barreaux (CNB) et du collectif SOS Retraites, avocats et autres professionnels libéraux étaient rassemblés ce lundi 16 septembre pour défendre leur retraite contre le rapport Delevoye. Leurs revendications se sont exprimées sous le soleil parisien dans une ambiance bon enfant.

« Nous ne sommes pas des habitués des manifestations », reconnaissait Christiane Féral-Schuhl, présidente du CNB, en conférence de presse « mais nous entendons bien dénoncer un projet de captation sans sommation des régimes autonomes de retraite ». à l'appel du CNB, les avocats de France se sont donné rendez-vous en robe lundi 16 septembre devant le palais Garnier. Nombreux sont ceux ayant répondu à l'appel, alors que la quasi-totalité des barreaux étaient en grève. De Lille à Annecy, de Nantes à Marseille, de Bordeaux à Senlis, tous sont venus protester contre le projet de réforme des retraites issu du rapport Delevoye.

Les avocats parisiens au rendez-vous

Les avocats parisiens, eux aussi étaient présents en masse, à la grande joie du bâtonnier Marie-Aimée Peyron (voir infra). Une manifestante nous explique les raisons de sa présence : « ça fait deux ans que j'exerce et les charges qu'on paie sont énormes. à nous rajouter encore 14 % de charge en plus, on ne sait juste pas comment on va pouvoir vivre en fait. On a des responsabilités très importantes, du stress tout le temps, et nous rajouter ça, c'est juste horrible. Je suis une avocate parisienne donc j'ai peut-être un petit peu plus de chance que les autres parce que nos rétrocessions sont un peu plus élevées, mais en même temps le coût de la vie est super cher, le logement notamment. C'est décourageant, on n'a juste plus envie de travailler parce que le jeu n'en vaut plus la chandelle. Vraiment. On a fait huit ans d'études, et au final si on travaillait dans un bar on gagnerait beaucoup plus. » Elle nous exprime aussi des craintes partagées par beaucoup d'autres pour l'avenir de la justice française et des menaces que fait peser la réforme sur l'aide juridictionnelle : « pour l'AJ, les avocats travaillent un peu gratuitement. On le fait parce qu'on a décidé de faire cette profession, par conviction, mais à un moment donné il faut bien qu'on mange à la fin du mois ».

« Je suis déjà solidaire, je ne veux pas l'être davantage »

Celle-ci n'est pas hostile à un régime de retraite universelle, ce qui n'est pas l'avis de tous. Un de ses confrères se dit
« totalement contre le projet de réforme », qu'il qualifie de « spoliation des cotisations » et souhaite que les avocats puissent « conserver leur autonomie ». Contre ceux qui diront que les avocats ne jouent pas le jeu de la solidarité, il répondra : « on participe déjà. C'est-à-dire que notre caisse de retraite cotise déjà aux autres caisses de retraite, donc la solidarité on la subit déjà si je puis dire. Je suis déjà solidaire, je ne veux pas l'être davantage. »

Barreaux de Lille à Annecy

Au-delà des inquiétudes, c'est sous un grand soleil et dans une ambiance bon enfant que le cortège s'est élancé aux alentours de 14 heures direction place de la Nation, faisant étape à République puis à la Bastille. En tête de cortège, où l'on retrouve les principaux représentants du collectif SOS Retraites, s'élèvent des « Non, non, non à la réforme Macron ; oui, oui, oui aux professions unies ». à l'arrière du cortège, une demi-heure après le passage de la tête, on entend le barreau de Lille reprendre du Francis Cabrel et sa Dame de Haute-Savoie pour dire « oh non cette réforme-là ne passera pas ». .

Et les autres ?

Si les avocats étaient largement majoritaires dans le cortège, on retrouvait à leurs côtés pilotes, hôtesses et stewards, médecins, chirurgiens, infirmiers, kinésithérapeutes et nombre d'autres professionnels de santé du côté desquels la mobilisation semble avoir été moins suivie. Ghislaine Sicre, présidente de Convergence Infirmière, avait expliqué en amont de la manifestation qu'« un mois pour mettre en place le mouvement c'est très court. Les infirmières font des plannings à trois mois et doivent assurer une continuité des soins ». Des docteurs aux couleurs de la Fédération des Médecins de France regrettent toutefois de ne pas croiser davantage de confrères. « Les médecins sont malheureusement une profession sinistrée, individuelle et individualiste », nous disent-ils avant de poursuivre : « Par notre présence, on montre qu'on est quand même dans un mouvement solidaire, et moi je suis solidaire aussi avec les salariés à qui on pique leurs caisses de retraite complémentaire. On n'est pas contre les réformes, on est une profession qui est réformée régulièrement, on n'a pas de problème avec ça : la réforme oui, le hold-up non. On n'est pas non plus contre la solidarité, mais si la solidarité, c'est prendre dans la poche des uns sous prétexte qu'ils ont été vertueux, ce n'est pas de la solidarité, c'est du braquage. »

« La réforme oui, le hold-up non »

Du côté des autres professions libérales, le regret d'une mobilisation moindre est partagé. Craintive pour l'avenir de sa profession
(« on sera pris à la gorge »), une manifestante orthophoniste témoigne de sa colère contre la Fédération Nationale des Orthophonistes qui ne soutient pas le mouvement, essayant de « négocier des bouts de chandelles », à savoir troquer « 5000 euros de cotisation aux caisses de retraite » contre « une suppression de la CSG à 600 et des brouettes ». Lorsqu'on lui demande son avis sur la manifestation et l'union avec des avocats qui « ne sont pas des habitués » selon leurs dires, elle nous répond avec le sourire : « Pour avoir fait d'autres manifs d'orthophonistes, je la trouve bien. Les avocats ne sont pas des débutants. Ils sont hyper, hypermotivés, et venus de toute la France ! »

Marie-Aimée Peyron : « Ce que l'on joue aussi aujourd'hui, c'est notre survie »

Au cours de la manifestation organisée par le collectif SOS Retraite le lundi 16 septembre, nous avons pu interroger Marie-Aimée Peyron, bâtonnier de Paris, qui fait part de son inquiétude pour l'avenir de la profession d'avocats et de la bonne administration de la justice en France.

Quel est le mot d'ordre de l'après-midi et qu'en attendez-vous ?

Mobilisation générale contre la réforme des retraites. Nous donnons un grand signal aux Pouvoirs publics : cette réforme ne peut pas englober le régime autonome des avocats et des professions libérales d'une manière générale.

Qu'auriez-vous à répondre aux voix qui disent que vous ne joueriez pas le jeu de la solidarité nationale ?

Nous le jouons déjà. Nous ne demandons rien à personne. Nous avons notre propre régime. Nous payons, nous, 100 % de nos cotisations, nous n'avons pas d'employeurs qui en prennent en charge 50 ou 60 % et nous versons déjà près de 100 millions d'euros au régime général : nous jouons la solidarité. Maintenant, ce que l'on joue aussi aujourd'hui, c'est notre survie : à vouloir nous harasser encore, nous doubler nos cotisations sociales et nous baisser nos prestations de 40 %, c'est la survie d'un certain nombre d'avocats qui en dépend.

Êtes-vous optimiste vis-à-vis d'une potentielle négociation avec le Gouvernement ?

Optimiste, oui et non parce que nous avions un rendez-vous avec Monsieur Delevoye et la garde des Sceaux Nicole Belloubet. Nous n'avons obtenus aucune garantie sur l'avenir de notre régime autonome de retraite. Encore une fois, nous ne demandons rien à personne. Nous sommes indépendants. Nous sommes des professionnels libéraux qui payons 100 % de nos charges sociales, qui supportons l'impôt de tous les côtés. Cette réforme est inadmissible pour notre profession.

Madame Féral-Schuhl disait que c'était peut-être une « manifestation de débutants », comment vous trouvez-vous pour des débutants ?

Je nous trouve extrêmement mobilisés, ce qui démontre l'inquiétude de nos professionnels. Il y a toujours beaucoup de provinciaux et on me reproche, à moi, bâtonnier de Paris, qu'il n'y ait pas suffisamment de Parisiens. Nous n'avions jamais vu autant d'avocats du barreau de Paris battre le pavé qu'aujourd'hui. On ne retrouve pas seulement les petites structures : les cabinets d'affaire aussi sont inquiets, car si on augmente le poids des cotisations, cela va nécessairement avoir des répercussions sur leurs collaborateurs et leurs salariés. C'est une manifestation qui englobe tout le monde, elle fait l'unanimité.

Avez-vous peur pour la bonne administration de la justice en France ?

Bien sûr, car les avocats qui sont à l'aide juridictionnelle, notamment, ne perçoivent pas de rémunération mais tout juste une indemnisation de leurs frais. Ils ne pourront plus supporter, ils ne pourront plus le faire. C'est donc l'accès au droit qui est en jeu. Quand on commence à taper sur les avocats et à les mettre à terre, c'est toujours une difficulté pour une démocratie, pour la justice française et pour les Français. De même pour le personnel de santé, puisque ceux qui sont le plus frappés, ce sont les infirmiers. C'est la justice de proximité, c'est la médecine de proximité. Réfléchissez-y vraiment, nous en appelons à tous les Français pour nous soutenir.

T.D.




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