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Smart contracts : quand les geeks sécurisent les transactions

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Smart contracts : quand les geeks sécurisent les transactions
© A.P. - Xavier Lavayssière, expert en informatique, décrypte le mécanisme des smarts contracts.

Les associations Open Law, Cellabz et les Bricodeurs ont organisé une rencontre entre juristes, développeurs et designers autour des smart contracts. Dans une dynamique collaborative, l'objectif de cet échange inclus dans un cycle de travail est de pousser la réflexion sur cette nouvelle technologie au cœur de la confiance dans le réseau.

Le contrat du futur est en train de naître et promet de révolutionner notre économie. L'objectif de ce cycle de rencontres est d'encourager la réflexion autour des smart contracts en rassemblant régulièrement une communauté d'acteurs intéressés par cette révolution. Il s'inscrit dans la préparation du Paris Open Source Summit 2016 qui se tiendra les 16 et 17 novembre.

Les associations comme Open Law souhaitent permettre à chacun de maîtriser les fonctionnements et de s'initier à l'écriture des smart contrats, tout en développant un catalogue de modèles accessibles à tous.

Le technicien Xavier Lavayssière a brillamment expliqué à l'auditoire de néophytes d'où venaient les smart contracts et comment ils fonctionnent.

Les équations de la confiance

Tout commence par la fameuse « blockchain », mise au jour avec le bitcoin (lire encadré ci-dessous). Qualifiée de « base de données distribuée » par l'intervenant, la blockchain est une technologie de stockage et de transmission d'informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle.

En effet, la philosophie de cette technologie est fondée sur le duo gagnant liberté/partage. Dans ce système complexe « tout le monde a l'intégralité des données partagées ». Cette preuve de confiance pose malgré tout un véritable problème de confidentialité et de sécurité juridique.

Particulièrement flou pour le commun des mortels, le concept méritait bien une explication claire et des schémas.

La base de données est dite « sécurisée et distribuée » car elle est partagée entre ses différents utilisateurs, sans intermédiaire. Les données sont diffusées dans le réseau de « noeuds » puis vérifiées et rassemblées dans un « block » par les « mineurs ». Ces derniers appliquent une fonction de « hash », fonction mathématique qui donne une suite de caractères, jusqu'à obtenir un résultat avec certaines caractéristiques. C'est de ce cryptage informatique complexe que naît la confiance dans le réseau.

La blockchain peut donc être assimilée à un grand livre comptable public, anonyme et infalsifiable. Comme l'écrit le mathématicien Jean-Paul Delahaye, il faut s'imaginer « un très grand cahier, que tout le monde peut lire librement et gratuitement, sur lequel tout le monde peut écrire, mais qui est impossible à effacer et indestructible ».

Et les smart contrats dans tout ça ? Il existe des blockchains publiques ouvertes à tous, à l'instar du réseau Bitcoin, et des blockchains privées, dont l'accès et l'utilisation sont limités à un certain nombre d'acteurs.

Aujourd'hui, il existe plus d'une centaine d'alternatives à bitcoin (Ethereum, Hyperledger...) utilisant la blockchain. Si elles visent principalement les transactions monétaires, elles sont pleines de promesses pour les industriels, les créatifs, les gouvernements, et les citoyens, notamment par l'utilisation de smart contracts réalisés sur mesure.

A quoi ressembleront les contrats de demain ?

Les propos de Xavier Lavayssière et les débats qui ont suivi montrent que l'environnement économique va être bouleversé par les smart contracts grâce à l'innovation de rupture qu'est la blockchain.

Les caractéristiques importantes à retenir selon Xavier Lavayssière relèvent du fait que « le contrat exécuté sur une blockchain est immuable et authentique, on ne peut donc pas le modifier. Il y a un système de signature qui valide les transactions ».

Non seulement utilisés pour des enjeux financiers (transactions financières, investissements, dons à des ONG, campagnes de crowdfunding, pourboires…), les smart contracts pourront aussi être utilisés pour établir des cadastres sûrs, gérer les droits numériques – dits « DRM » (pour Digital Rights Management) et d'autres questions de droit d'auteur.

En outre, dans un article intitulé Blockchain : l'autre révolution venue du bitcoin, le mathématicien Ricardo Pérez Marco, membre du CNRS, explique pourquoi cette chaîne de confiance décentralisée intéresse les banques, assurances et offices notariaux. Preuve à l'appui, certaines universités ont déjà commencé à utiliser la blockchain pour authentifier les diplômes délivrés à leurs étudiants. La première dans le monde à le faire a été le pôle universitaire francilien Léonard de Vinci, souligne ce chercheur.

Si les perspectives de développement de ces contrats numériques infalsifiables paraissent immenses et réjouissantes, il n'en demeure pas moins qu'il plane un doute sur leur sécurité juridique. Quid de la responsabilité des «mineurs »; du droit d'auteur des développeurs ; des possibilités de fraude et de hacking ; de l'identification des participants aux contrats ; d'une utilisation détournée (marché noir, blanchiment, financement du terrorisme…). L'exemple de « the DAO », smart contract hacké d'un tiers de sa valeur (50 millions de dollars), fut « un drame » dans la geekosphère.

Bitcoin : la blockchain initiale

La première blockchain est apparue en 2008 avec la monnaie numérique bitcoin, développée par un anonyme se présentant sous le pseudonyme Satoshi Nakamoto.

Ascension d'une monnaie numérique

Cette blockchain est aujourd'hui très active puisqu'elle fait transiter pas moins de 40 millions de dollars par jour. Elle repose en partie sur « une création monétaire contrôlée », selon Xavier Lavayssière.

Aujourd'hui, un bitcoin vaut environ 515 euros (580 dollars), mais sa valeur est « volatile ». Cet « or digital », n'est pas encore tout à fait devenu une valeur refuge même s'il engendre beaucoup de spéculation et d'échanges internationaux.

« Les personnes utilisent le bitcoin pour avoir recours à toutes les caractéristiques d'une monnaie classique sans passer par un Etat. »

Monnaie à statut variable

Toutefois, le bitcoin n'est pas considéré partout comme une monnaie classique.
Ainsi, un magistrat américain a jugé en Floride que le bitcoin n'était pas une monnaie mais un « collectible », un objet à collectionner en somme, comme des pièces rares, des cartes de baseball ou des timbres de collection. « Parce que chaque bitcoin est unique. Même s'il est assez fongible et peut être réutilisé ailleurs, il a son propre historique », explique Xavier Lavayssière. La CJUE assimile quant à elle le bitcoin à « une monnaie ayant cours légal mais uniquement aux fins de la TVA », précise l'avocat Thibault Verbiest. Il n'est donc pas assimilé à une monnaie légale en termes monétaires.

En revanche, un rapport publié par l'Assemblée nationale en mai 2014 explique que le ministère des Finances allemand reconnaît depuis 2013 le bitcoin comme une « monnaie privée », afin de pouvoir le soumettre à l'impôt. Le Canada, l'Australie et la Thaïlande semblent aussi reconnaître cette monnaie depuis 2014.

Réseau protégé par les geeks

Le minage est le procédé par lequel les transactions Bitcoin sont sécurisées. Les « mineurs », qui construisent les blocks de données du réseau avec leur matériel informatique, sont rémunérés par des pourboires « en théorie libres » et une prime de 12,5 bitcoins par block codé. Cela « demande beaucoup d'effort de calcul », mais aussi beaucoup d'énergie électrique pour faire fonctionner les ordinateurs qui calculent les algorithmes.

« Une véritable usine à gaz », selon certains. Le réseau bitcoin dépasse aujourd'hui les 15 millions de PetaFLOPS (unité de performance des processeurs informatiques), ce qui est énorme sachant que l'ordinateur actuel le plus puissant tourne à quelques dizaines de PetaFLOPS.

La plupart des mineurs sont chinois et travaillent désormais dans des immeubles dédiés au minage pour le réseau bitcoin. Ils calculent les nouveaux blocks de transactions environ toutes les 10 minutes. En concurrence forte, leurs revenus sont proportionnels à la puissance de calcul déployée.




Anne MOREAUX
Journaliste

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