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Salon des Entrepreneurs 2019 : l'entrepreneuriat social mis à l'honneur

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Salon des Entrepreneurs 2019 : l'entrepreneuriat social mis à l'honneur
© A.P.

“Entreprendre autrement et changer le monde”, intitulé de la conférence dédiée à l'économie sociale et solidaire (ESS), était un thème récurrent dans les débats de l'édition 2019 du Salon des entrepreneurs et pour cause : la nouvelle génération d'entrepreneurs n'hésite pas à s'engager dans des projets à la lucrativité limitée.

« Il y a un sens dans l'entrepreneuriat d'aujourd'hui, qui est beaucoup plus important », constate Dominique Restino à la fin de cette 29e édition du Salon des entrepreneurs (SDE). Lunettes pour tous, Faguo, Blablacar, Techfugees… Toutes ces entreprises ont un point commun : leur(s) créateur(s) et créatrice(s) ont souhaité donné une portée sociale ou environnementale à leur entreprise.

Insertion de personnes en difficulté ou en situation de handicap, intégration des réfugiés, ou protection de l'environnement, ces entrepreneurs ont mené ou tentent de mener à bien un projet qui a vocation à « changer le monde ».

Durant la conférence “Entreprendre autrement et changer le monde”, Catherine Huard Lefin, Céline Lis-Raoux, Fabrice Hegron, Thomas Matagne et Armel Le Lesquen ont partagé les différentes étapes de leur projet, du « déclic » à la concrétisation, en passant par la recherche de financements, devant un public majoritairement composé de jeunes diplômés et d'étudiants.

« La vulnérabilité, c'est le haut lieu de l'entrepreneuriat social », a souligné Céline Lis-Raoux en ouverture, donnant ainsi le ton de cette conférence.

Pitcher un engagement

Particularité de ses entrepreneurs, quasiment tous ont décidé de se lancer après une expérience bouleversante ou pour apporter une solution à une problématique récurrente dans leur quotidien. Leurs pitchs débutent donc assez logiquement par une anecdote ou le récit d'une période de leur vie, source d'un « déclic ».

L'exception confirmant la règle, seule Catherine Huard Lefin ne savait pas vraiment « où elle mettait les pieds », lorsqu'elle décide de fonder Hightekway. Cette ancienne pilote de ligne souhaitait donner la possibilité à des personnes en situation de handicap d'accéder à des professions à très forte valeur ajoutée. En trois ans, son entreprise passe de 10 à 50 salariés. La mise en place du projet n'a toutefois pas été simple. « Personne ne voulait s'embêter avec des personnes en situation de handicap. Pour les gens, handicap, c'est “sous compétence” » raconte-t-elle.

L'entrepreneuriat social, entre impact social et gain d'argent

L'entrepreneur social cherche à concilier une activité économique et une finalité sociale ou environnementale. Très souvent, toutes les parties prenantes d'un projet ont une place dans la gouvernance de l'entreprise. Autre caractéristique, la lucrativité : l'argent n'est pas un but en soi, mais plutôt un moyen d'atteindre la finalité sociale.

Cette situation, Céline Lis-Raoux, fondatrice de Rose Up l'a connue. L'ancienne rédactrice en chef de l'Express a 35 ans lorsqu'elle apprend qu'elle est atteinte d'un cancer. Alors qu'elle est à l'hôpital, elle réalise que le cancer est un sujet peu traité par les médias. Pourtant, une femme sur quatre et un homme sur trois en développe un au cours de sa vie. Elle décide de lancer le magazine Rose, gratuit, dédiée aux cancers. Face à des interlocuteurs sceptiques à l'idée de financer « un journal pour les cancéreux », elle décide cependant d'aborder le problème autrement. Avec Céline Dupré, elle fonde l'association Rose Up et parvient à lever 300 000 euros pour le premier numéro du Rose Magazine.

Le Rose Magazine est aujourd'hui édité à 200 000 exemplaires. Forte de son succès, l'association Rose Up est désormais un projet protéiforme : lobbying (notamment en matière droit à l'oubli pour les personnes malades) ou encore construction de « maisons roses », pour que les femmes malades puissent échanger en dehors du cadre hospitalier. Une nouvelle « maison rose » devrait d'ailleurs prochainement être ouverte à Paris, grâce au soutien de la fondation l'Oréal et la Mairie de Paris.

Bénédique Sanson, Alexandre Hannebelle, Emilie Korchia, Loubna Ksibi, Julie Leleu, Tristan Gillouard et Thomas Benzazon. © A.P.

Fabrice Hegron, co-fondateur de En direct les éleveurs, s'est lancé dans l'entrepreneuriat pour apporter des solutions aux problématiques qu'il rencontrait dans sa vie professionnelle. Cet « agriculteur complètement à l'ouest », comme il le dit, basé à Nantes, se fixe avec son frère l'objectif de répondre à une question ambitieuse : comment être agriculteur en 2020 ? En 2010, leur projet prend donc forme autour de trois idées : produire avec une obligation nutritionnelle et environnementale, transformer et vendre eux-mêmes. De plus, ils ont formé les agriculteurs à l'en trepreneuriat, à se prendre en main.

De la même façon, Thomas Matagne, président d'Ecov, voit l'entrepreneuriat social comme une suite logique de son parcours. Ce dernier « s'est découvert entrepreneur ». Il consacre ses études au thème de la protection de l'environnement et est alors convaincu que l'action publique doit guider sa vie professionnelle. Pourtant, il finit par se lancer dans l'entrepreneuriat avec un défi : transformer les voitures en transport collectif, afin de réduire l'impact environnemental, désenclaver les territoires et réduire les coûts.

Enfin, Armel Le Lesquen fonde Famileo avec Tanguy de Gelis après un constat : les jeunes ayant perdu l'habitude d'écrire des lettres et des cartes postales, les grands-parents qui n'ont pas accès aux nouveaux modes de communication sont isolés. Ils décident donc de mettre la technologie au service de ceux qui ne la maîtrisent pas, en transformant les messages numériques en gazettes papiers. Cette initiative permet de respecter les habitudes de chacun et de maintenir un lien.

« Soyez toujours en cohérence avec le monde réel »

La recherche de financements est l'une des premières préoccupations des jeunes entrepreneurs, mais celle-ci est d'autant plus compliquée lorsqu'il s'agit d'entrepreneuriat social, puisque la rentabilité n'est pas le premier objectif d'un projet inscrit dans l'ESS. La détermination semble être un attribut essentiel de l'entrepreneur social. « Je suis très joueuse » explique Céline Lis-Raoux. « On chute, et on rebondit », ajoute Catherine Huard Lefin.

« Soyez toujours en cohérence avec le monde réel » insiste à son tour Armel de Lesquen, rappelant qu'un projet peut être magnifique sans être nécessairement pérenne. Les cinq intervenants ont relevé le défi avec brio.

« L'inscription dans l'ESS, c'était une question de valeur, mais c'est aussi une stratégie », explique Thomas Matagne.

Son projet de transformation de voitures en transport public ayant vocation à devenir un service public, sa lucrativité est relativement limitée. Dans ces conditions, les investisseurs « classiques » peuvent se montrer réticents, mais d'autres misent sur cette idée innovante, « des gens qui voient plus large et plus loin ». « La lucrativité limitée, c'est un avantage compétitif », conclut le fondateur d'Ecov.

Pour Catherine Huard Lefin, le tournent majeur a lieu au moment où Hightekway devient une « entreprise adaptée ». Grâce à cet agrément, elle apporte à ses clients un avantage fiscal. « Il ne faut pas avoir honte », précise l'ancienne pilote, « je suis entrée par le portefeuille et restée grâce aux compétences ».

© A.P.

Autre point éclairci par les intervenants : la question de la rémunération. L'ESS ne rime pas nécessairement avec bénévolat ou précarité, comme on l'entend souvent. « Tout boulot mérite salaire », scande Céline Lis-Raoux. Pour la fondatrice de Rose Up, il faut s'entourer de personnes « à hauteur de nos ambitions ».

« Si on réfléchit trop, on n'y va jamais ! », insiste Céline Lis-Raoux en conclusion.

C'est pourtant un autre conseil qui semble transcender les conférences du Salon des entrepreneurs : parler de son projet. « J'ai été trop secret (…). Ne gardez pas ça pour vous, n'ayez pas peur que l'on vous pique l'idée », déclare Armel Le Lesquen, tirant des conclusion d'une aventure entrepreneuriale antérieure. Échanger avec des personnes « légitimes et compétentes », pour mieux construire et adapter une offre est, selon les intervenants, une des clés du succès.

Alors que cette 29e édition touchait à sa fin, Dominique Restino est lui aussi revenu durant la conférence de clôture sur la nécessité d'échanger avec son entourage et des professionnels. « Il faut parler, on apprend essentiellement de la différente », a-t-il souligné. La communication entre associés et co-fondateurs est également centrale. « Le non-dit dans une association est terrible », a insisté le directeur de la CCI Paris.

Le prix Moovjee, le ticket d'or pour le Salon des entrepreneurs 2020 ?

Le Moovjee a récompensé l'entrepreneuriat social, lors de la dernière édition du prix Moovjee. Les lauréats de l'édition 2018, Alexandre Hannebelle et Thibault Duchemin, ont mis au point une application pour smartphone afin de rendre la vie des personnes sourdes ou malentendantes plus faciles. Le gagnant figurait d'ailleurs parmi les intervenants de la conférence de clôture du Salon des entrepreneurs.
Les jeunes entrepreneurs ont jusqu'au 6 mars 2019 pour postuler. Le Prix Moovjee est le premier prix national ouvert aux jeunes et aux étudiants entrepreneurs âgés de 18 à 30 ans inclus, du CAP au
Bac +5, en formation ou ayant terminé leurs études.

Ces échanges font mûrir les projets entrepreneuriaux. Ces derniers évoluent considérablement entre le déclic, la conception et la mise en œuvre. « Je suis prête à dire qu'il y a un pourcent des entreprises qui ne changent pas, et encore, ce 1% je ne l'ai pas vérifié » plaisante Bénédicte Sanson, co-fondatrice du Moovjee. Le comité d'engagement du réseau de mentorat prend d'ailleurs en compte cette capacité du jeune entrepreneur à accepter les suggestions. D'après Bénédicte Sanson, être capable de pivoter est une qualité essentielle de l'entrepreneur d'aujourd'hui.

Alexandre Hannebelle et Thibault Duchemin co-fondateurs d'Ava, possèdent bien cette qualité, puisqu'ils ont mis au point un outil au fonctionnement opposé à celui qu'ils avaient imaginé. « L'idée c'était un outil, qui permettait aux sourds de parler la langue des signes et d'être compris », a expliqué Alexandre Hannebelle lors de la clôture du SDE. Avec son associé, ils souhaitaient concevoir un « gant intelligent » capable de traduire la langue des signes. C'est en discutant de leur projet qu'ils saisissent que le besoin est ailleurs : comprendre et non pas de se faire comprendre. Ils ont donc élaboré une application capable de transcrire des conversations, afin de permettre à des personnes atteintes de troubles auditifs d'être incluses.




Thuy-My VU
Journaliste

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