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Sacre de Juan Manuel Santos à la Sorbonne

L'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne a remis un doctorat honoris causa au président de la République de Colombie, Juan Manuel Santos, « Guerrier de la Paix », reconnaissant son engagement pour la démocratie et le respect des valeurs et des principes inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l'Homme.
Sacre de Juan Manuel Santos à la Sorbonne
© Eliana Bantchev - De gauche à droite: Jean-Michel Blanquer, Gilles Pécout, Juan Manuel Santos, Georges Haddad

Actualité Publié le , Eliana Bantchev

Le président colombien est le deuxième chef d'Etat, Prix Nobel de la paix, à recevoir ce titre honorifique. Nelson Mandela est son prédécesseur. Le premier doctorat Honoris Causa français a été décerné en 1918, au président des Etats-Unis, Woodrow Wilson. L'an dernier, c'est le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon qui reçoit le titre.

La cérémonie a lieu au grand amphithéâtre de la Sorbonne en présence de l'Orchestre et Chœur des Universités de Paris, de Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education, de Gilles Pécout, recteur de la région académique Île-de-France, et de Georges Haddad, président de l'Université Paris 1. Ce dernier n'a pas manqué de rendre hommage au peuple colombien, créatif et vivant, à l'image de Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature et de l'artiste Fernando Botero. Il les a tous deux côtoyés lors de sa mission à l'Unesco dont il rappelle la philosophie : édifier dans l'esprit des hommes, où prennent naissance les guerres, les défenses de la paix par l'éducation, la science et la culture.

Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education, a loué le courage du président « à ouvrir la porte à la réconciliation nationale », à sortir du cercle vicieux de la guerre. Il aurait été plus facile d'être l'homme d'un seul clan. Le président a signé un accord avec les Farc (forces armées révolutionnaires de Colombie) dont Ingrid Bétencourt a été prisonnière. A présent, les Farc n'existent plus en tant que groupe armé, après 50 ans de violence. Ils se transforment en mouvement politique dont la poursuite des idéaux pourra se faire dans un cadre légal, à travers une participation politique. C'est le début d'une paix intérieure favorable au commerce, au redressement économique, aux réformes sociales et politiques. Le ministre est catégorique que la politique n'est pas l'art de la séparation, mais celui de créer une intelligence collective.

Maria Gravari-Barbas, vice-présidente aux relations internationales de l'Université, rappelle dans son éloge au président Juan Manuel Santos, « que la paix en Colombie est aussi une paix pour le monde ». La guerre ayant précédé la paix, elle rappelle la phrase d'Isaac Rabin citée par le président colombien qui a été un homme de guerre avant de devenir un homme de paix : « Je négocierai avec les terroristes comme si la guerre n'existait pas, mais je ferai la guerre au terrorisme comme s'il n'y avait pas de pourparlers de paix. » Elle rappelle aussi la gifle à l'humanité, à la civilisation, à l'espoir, qu'a été le « non » à la paix au référendum du 2 octobre 2016 en Colombie.

Juan Manuel Santos a réussi à transformer le sentiment de désespoir en force et en énergies positives, dans un processus de paix unique au monde qui pourrait servir de modèle. Le budget de l'éducation de la Colombie surpasse pour la première fois celui de la sécurité et de la défense, attestant du formidable chemin parcouru par le pays. La prochaine guerre est déclarée, elle est contre le changement climatique, la Colombie jouant désormais un rôle pionnier dans la lutte contre ce fléau, avec la construction de son modèle de « croissance verte ».

Dans son allocution, Juan Manuel Santos a rendu hommage au grand ethnologue français Paul Rivet qui a trouvé refuge en Colombie pendant l'occupation nazie. Il y a poursuivi sa carrière scientifique, aidant à la formation des premiers anthropologues colombiens. En 1955, c'est Eduardo Santos, ex-président colombien, grand oncle de l'actuel président qui a trouvé refuge à Paris, après la fermeture de son journal El Tiempo, pendant l'unique dictature militaire qu'a connue le pays.

Juan Manuel Santos rappelle le puissant discours d'Albert Camus sur la liberté de la presse lors de l'hommage des journalistes et intellectuels français à l'illustre exilé colombien, Eduardo Santos. Il rappelle que bon nombre de colombiens sont venus chercher la lumière de la raison en France. Le moment est venu pour la Colombie d'essayer de retourner cette inspiration. Le président loue la résilience dont a fait preuve la France pendant l'occupation nazie et, face à la menace terroriste, pour préserver ses valeurs et rester un pôle de liberté. Il rappelle aussi les guerres civiles qui ont déchiré son pays après son indépendance, il y a deux siècles. Les violences ont altéré la notion même de compassion.

Paix et réconciliation sont les seuls ciments possibles pour une société qui aspire à la liberté, à la prospérité. Juan Manuel Santos qualifie le processus de paix de Colombie d'irréversible, nourrit l'espérance d'une Colombie qui renait. Il revendique, pour la Colombie et pour le monde, le grand héritage de la France qui se résume en sa devise: « Liberté, égalité, fraternité », réitérant la déclaration faite lors de son discours d'acceptation du Prix Nobel de la paix : notre peuple s'appelle le monde et notre race s'appelle humanité.

Le voyage de Juan Manuel Santos à Paris célèbre l'année croisée France-Colombie, lancée en décembre 2016 par une saison française en Colombie. Cette année spéciale, mettant à l'honneur la Colombie, se poursuit par une saison colombienne en France de juin à décembre 2017, pour renforcer les relations bilatérales et améliorer l'image de la Colombie dans un contexte caractérisé par le processus de construction d'une paix durable.

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