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Résultats annuels d'EDF : « Le secteur de l'énergie affronte une période de transition »

EDF publiait récemment ses résultats annuels pour 2016. Attendus à la baisse, les chiffres reflètent effectivement une dégradation de la santé financière du géant de l'énergie, dans un contexte de crise du marché européen. Adrien Aristide, spécialiste du secteur de l'énergie et consultant chez Colombus consulting, décrypte ce marché en pleine transition.
Résultats annuels d'EDF : « Le secteur de l'énergie affronte une période de transition »

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Affiches Parisiennes : Quelle est la situation du marché de l'électricité en France et en Europe ?

Adrien Aristide : Le contexte est assez difficile actuellement, car le marché européen est en crise, ce qui impacte évidemment le marché français. On assiste depuis plusieurs années à une baisse de la consommation électrique en Europe avec, parallèlement, une situation de dérégulation des marchés nationaux et une dynamique de transition énergétique. Des situations de surcapacité de production se multiplient ainsi en France et en Europe, dues notamment au développement des capacités de production d'énergie renouvelable. Les règles du jeu changent progressivement. Certains acteurs profitent de ces changements. D'autres les subissent, notamment ceux dont le modèle intégré – production, distribution, vente – est remis en cause. La plupart des grands producteurs européens sont actuellement en difficulté, évoluant dans un contexte très défavorable. Les prix de cette année sont bas, ceux de l'année prochaine restent peu prévisibles et les mouvements de dérégulation et de transition énergétique font faire fluctuer les positions de chaque concurrent.

A.-P. : Au regard du marché, quelle analyse portez-vous sur les résultats annuels d'EDF ?

A.A. : Les résultats 2016 sont plutôt en baisse par rapport à 2015. EDF est l'une des entreprises qui s'en est tirée le mieux en Europe, avec des résultats assez stables, voire en légère augmentation, par rapport à E.ON ou RWE, par exemple, les deux grands énergéticiens allemands, qui affrontent de grosses difficultés financières depuis plusieurs années. En 2016, les résultats sont en baisse, le chiffre d'affaires et l'EBITDA (le bénéfice avant impôt) sont également en baisse, malgré un résultat net en hausse, mais par des effets extérieurs à l'exploitation. Ces résultats sont plutôt en ligne avec l'évolution du marché européen, mais les fondamentaux économiques d'EDF restent relativement bons et les niveaux d'endettement stables, malgré le contexte.

L'équation d'EDF vis-à-vis du nucléaire est à l'heure actuelle difficile à résoudre

A.-P : Peut-on craindre une dépréciation des titres d'EDF sur les marchés financiers ?

A.A. : Difficile à dire. Si les résultats sont en baisse, ils restent cohérents avec ceux du marché. Ce qui paraît inquiéter les investisseurs, ce sont davantage les perspectives que les fondamentaux économiques. Le mur d'investissements à venir, pour la rénovation des centrales nucléaires et la transition énergétique, attire toute l'attention. Les investisseurs ne sont pas inquiets sur la capacité d'EDF à le financer, étant donné la participation de l'État, mais s'interrogent sur l'évolution globale d'un marché aujourd'hui atone. Il faut aussi rappeler qu'EDF reste l'un des géants de l'énergie européen, une position fondamentale qui participe à son attractivité. Ceci dit, la situation oblige EDF à rassurer les investisseurs sur la fiabilité de son parc, sa capacité à conserver ses parts de marché, malgré la dérégulation, mais aussi à entreprendre de grands projets, comme celui de Flamanville. Bien qu'habitué à ces problématiques, l'énergéticien ne peut plus compter sur le seul soutien de l'État pour rassurer. Il est obligé, vu la dégradation du marché, de performer financièrement. Face à la concurrence, la solidité de ses indicateurs économiques constitue un véritable atout pour EDF, notamment lorsqu'on voit la situation du Finlandais Fortum (bénéfice net 2016 huit fois inférieur à 2015) ou du géant italien Enel. Il y a des situations très difficiles pour les énergéticiens européens et EDF présente des fondamentaux qui ne sont pas mauvais. Maintenant, l'incertitude qui pèse sur ces perspectives d'avenir reste une faiblesse pour l'énergéticien français.

A.-P. : Dans un contexte de transition énergétique, quel avenir prévoyez-vous pour le parc nucléaire d'EDF ?

A.A. : Il faut savoir que 80 % de la production d'EDF provient actuellement du nucléaire. Les indisponibilités des centrales de l'année dernière ont donc eu un impact direct sur le résultat. Mais ces indisponibilités n'ont pas été du fait d'EDF mais de l'Autorité de sûreté du Nucléaire (ASN). La fiabilité et la disponibilité des centrales restent des éléments essentiels du chiffre d'EDF, d'où l'objectif d'assurer une disponibilité maximale de ses centrales.

Le socle du nucléaire reste extrêmement important aujourd'hui, pour EDF évidemment mais aussi pour la consommation électrique française tout simplement. S'il y a en effet surproduction par rapport à la demande, la logique industrielle implique cependant qu'EDF s'appuie sur ce socle nucléaire, son principal atout économique. Les choix politiques ou environnementaux restent à définir pour l'avenir, mais la conservation de ce socle n'empêche pas EDF d'investir en parallèle dans le renouvelable. Certaines centrales devant arriver prochainement en fin de vie, toute la question reste de savoir si les gestionnaires du groupe vont compenser cette perte de production par du nucléaire ou du renouvelable. Quoi qu'il en soit, l'équation d'EDF vis-à-vis du nucléaire est à l'heure actuelle difficile à résoudre.

A.-P. : Quelles sont les différentes stratégies adoptées par les acteurs européens de l'énergie ?

A.A. : On distingue plusieurs grandes stratégies, en lien avec l'ancienneté de l'utility, le poids du renouvelable dans l'activité et le poids historique des investissements réalisés. Tout cela conditionne les stratégies à venir. La dérégulation et la transition énergétique changent la règle du jeu sur le marché. Certains en profitent, notamment les entreprises qui avaient déjà beaucoup d'énergie renouvelable dans leur mix, à l'instar des entreprises ibériques (Iberdrola ou EDP Portugal). À l'inverse, d'autres doivent faire des choix stratégiques lourds, comme Engie, qui a radicalement changé de cap, ou E.ON, qui a choisi de splitter son activité en deux entités, entre thermique et nucléaire/renouvelable. Ce schéma semble d'ailleurs difficile à envisager chez EDF, étant donné le faible recours au fossile et la part majoritaire du nucléaire dans l'activité. Il y a quelques années, l'entreprise entreprenait une tout autre stratégie, intégrant EDF Energie nouvelle au capital, mais la récente cession de RTE (Réseau de transport d'électricité, filiale d'EDF) à hauteur de 49 %, pour des raisons de liquidités, augure peut être un changement stratégique en la matière.

La question de la transition énergétique divise les acteurs de l'énergie et les responsables politiques

A.-P. : Selon vous, comment va évoluer la participation de l'Etat ?

A.A. : La politique de l'État reste encore incertaine à l'heure actuelle. Il faut prendre en compte le poids des investissements passés et le mur d'investissements à venir. Entre les deux, s'intercale un marché fortement dégradé, réduisant les possibilités d'avoir une trésorerie en bonne santé. Un accord devrait être trouvé prochainement entre l'État actionnaire et EDF, car l'énergie de demain doit être financée. Pour cela, peu de solutions se présentent : soit une augmentation des tarifs, impliquant un impact social fort, soit une participation accrue des actionnaires au capital, soit le recours à la dette, dans la limite de sa soutenabilité. Toutes ces solutions présentent des conséquences contrastées, avec des avantages et des inconvénients qui doivent être équilibrés par une politique au long terme. Une chose est sûre, le désengagement de l'État du capital d'EDF n'est pas d'actualité, car il semble difficile d'envisager que l'État se sépare de son principal outil de pilotage de l'énergie. Vu la part écrasante qu'occupe EDF en termes de production et de recherche fondamentale, il reste un outil indispensable dans la main de l'État.

A.-P : Peut-on parler de période de transition pour EDF ?

A.A. : On peut effectivement parler de période transitoire, à la fois pour EDF et pour le marché européen. La question de la transition énergétique divise les acteurs du secteur et les responsables politiques, qui affichent un soutien fort pour une transition énergétique concrète, tout en voulant maintenir un socle nucléaire indispensable à la production actuelle. Les prochaines années vont être cruciales pour l'avenir d'EDF. S'il on peut parler “d'année charnière”, il faut cependant garder à l'esprit que le secteur de l'énergie s'inscrit dans le temps long, le processus de transition pouvant se concrétiser sur deux ou trois ans. La fermeture de Fessenheim l'illustre bien. Actée depuis le début de l'année, il faudra quelques années avant qu'elle soit effective. La fermeture administrative ne se fera pas avant plusieurs mois (pour la publication du décret de fermeture), ce qui va retarder la fermeture complète d'encore quelques années, et au final, l'impact de cette fermeture dans les comptes d'EDF ne se verra pas avant 2019 ou 2021. Idem pour la cession de RTE, présentée comme accomplie, mais qui n'est en réalité qu'à ses débuts. Tout cela nous amène à apprécier ses résultats sur le temps long, les temps de l'actualité ne se traduisant pas nécessairement dans les comptes affichés.

Les résultats 2016 d'EDF en bref :

Chiffre d'affaires : 71,2 milliards d'euros (- 3,2%)

Résultat net courant : 4,1 milliards d'euros (- 15,3%)

Bénéfice brut (EBITDA) : 16,4 milliards d'euros (- 4,8%)

Endettement financier net : 37,4 milliards d'euros (= 2015)

Production nette groupe EDF (mondial) : 583,9 TWh (dont 10,3% de renouvelable)

Production EDF Energies Nouvelles (mondial) : 11,3 TWh (+ 9%)

Production nucléaire (France) : 384 TWh (- 7,9%)

Production renouvelable (France) : 42 TWh (hydraulique) (autres renouvelables : N.C)

« Les résultats 2016 d'EDF prouvent que nos fondamentaux sont solides. La transformation du groupe est bien engagée, grâce à la mobilisation constante et aux efforts des salariés. La stratégie CAP 2030 se déploie à un rythme soutenu et le plan de performance se déroule selon la trajectoire annoncée, signe que l'entreprise s'adapte et va de l'avant. Nous poursuivons cette dynamique en 2017 avec le lancement de nouvelles offres et des services innovants pour nos clients, avec le développement de projets bas carbone, et en ciblant les marchés hors d'Europe pour y exporter nos savoir-faire.»

Jean-Bernard Lévy, P.-D. G. d'EDF, lors de la réunion du conseil d'administration le 13 février.

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