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Reporting intégré : vers un business model citoyenno-compatible ?

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Reporting intégré : vers un business model citoyenno-compatible ?
© AP - Des tables rondes animées pour le reporting intégré

Une conférence sur le reporting intégré, organisée récemment à la CCI Paris Ile-de-France par Capitalcom, en partenariat cette année avec 13 institutions et associations, a rassemblé de nombreux participants du monde de la finance autour de l'évolution du reporting intégré et, au-delà, sur une toute nouvelle approche de l'entreprise.

Le reporting intégré, quèsaco ? S’il s’agit d’un « sujet éminemment technique » selon Didier  Kling, vice-président trésorier de la CCI Paris Ile-de-France, on peut dire qu’il s’agit tout simplement d’une démarche consistant à publier un rapport sur les performances financières, sociales et environnementales de l’entreprise et ses ambitions.

Cela paraît simple, mais en réalité, cela soulève de nombreuses interrogations. Qu'apporte le reporting intégré ? N’est-il pas qu’une fusion du rapport financier et du rapport RSE ? Est-il sincère et véridique ?  Ne soulève-t-il pas un problème de confidentialité ?

Ce sujet intéresse de nombreuses personnes du monde juridico-économique. Ainsi, des représentants des institutionnels, associations professionnelles, sociétés de conseil, d’investissement ; commissaires aux comptes ; représentants du monde universitaire, mais surtout des dirigeants (directions financières, juridiques, stratégie, audit et contrôle interne, développement durable/RSE, communication, RH…) formaient une assistance attentive et réactive à cette conférence.

La Global Reporting Initiative (GRI), principal cadre de reporting en matière de développement durable, appelait dès 2010 à la création et à l’adoption d’une norme de reporting intégré. En 2011, l’International Integrated Reporting Council (IIRC) publiait un document de travail avec des « business-cases » et un cadre provisoire pour l’élaboration de tels rapports. Pourtant, seulement trois entreprises françaises ont sauté le pas et publient leur rapport intégré !

« L'entreprise se trouve face à l'impératif de réinventer un business model citoyenno-compatible. »
Caroline de La Marnière, fondatrice de Capitalcom (à droite de la photo, au côté de Chriss Hollis et Hélène Valade)

Les entreprises qui se lancent dans ce type de démarche ne sont pas si nombreuses car « la notoriété du sujet est très faible » souligne Hélène Valade, de la plateforme RSE de Suez, et membre du Collège des directeurs du développement durable (C3D, association créée en 2007). C’est bien dommage, car le reporting n'est pas fait uniquement pour que les entreprises soient transparentes, mais aussi pour qu'elles soient plus performantes car « cela permet la mise en système et en harmonie de l'ensemble des actes de l'entreprise » résume-t-elle.

Une nouvelle stratégie tournée vers la RSE

Si le concept de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) date des années 60, celui-ci ne s’est développé que dans les années 90, et a pris son essor dans les années 2000. Faire du profit ne suffit plus. Il faut en faire en respectant ses salariés et en minimisant son empreinte carbone. En France, les entreprises cotées ont l’obligation de publier un reporting extra-financier depuis 2001. Idem en Europe depuis la parution le 22 octobre 2014 de la directive UE sur le reporting extra-financier des grandes entreprises. Cette directive définit la RSE comme « la responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu’elles exercent sur la société ». Le dernier baromètre de Capitalcom sur la performance responsable au sein du CAC 40 montre que les sociétés françaises semblent avoir saisi l’importance de l’enjeu.

Après avoir présenté les évolutions et l’émulation internationale autour du reporting intégré Caroline de La Marnière, fondatrice de Capitalcom, a expliqué que 90 % des grandes entreprises considèrent que publier les performances financières et extra-financières favorise les prospectives des entreprises. Selon le baromètre annuel de Capitalcom, les sociétés du CAC 40 s’efforcent de rendre plus intelligibles le processus de création de valeur à long terme et l’importance de l’environnement dans lequel s’inscrivent les activités de l’entreprise. Si le rapport de développement durable – jumelé ou non à un rapport annuel – constitue toujours la norme au sein du CAC 40 en 2014 (30 contre 26 en 2013), Engie (anciennement GDF Suez) a ouvert le bal en publiant un 1er rapport intégré inspiré du cadre de référence de l’IIRC. Pour Philippe Renard, ancien avocat d’affaires désormais au conseil d’administration d’Engie, depuis, le dialogue est plus nourri entre les membres des comités directifs et de l'administration.

Sept autres grandes sociétés françaises se sont engagées sur la même voie, plébiscitée par les investisseurs. Cette démarche apporte « une vision beaucoup plus claire de la création de valeur et de la compréhension de la stratégie de l'entreprise par l'ensemble des collaborateurs » souligne Caroline de La Marnière. On entre dans une dynamique de fin du décloisonnement dans l'entreprise. Aujourd’hui, la stratégie doit être globale.

C’est pourtant le « balbutiement du reporting dans les groupes cotés du CAC40 » selon Blandine Cordier-Palasse, présidente du Cercle de la compliance. La maturité des entreprises est très variable en la matière. Selon elle,  celles qui font de la compliance sont en avance sur le reporting intégré. Pour cette dernière l'enjeu majeur est double : assurer la cohérence des informations et contribuer à une meilleure gouvernance.

C'est aussi le sens de l’énergie actuelle, à la veille de la COP21, où s’amorce une réflexion pour définir un nouveau format de croissance qui va devoir conjuguer le bien-être planétaire et les performances économiques et financières. Les différents intervenants s’accordaient pour dire que désormais, les entreprises qui ne respectent pas cette équation se mettent en situation de grand danger. En témoigne l’affaire Volkswagen. Ce récent scandale soulève aussi la problématique de la sincérité de tels rapports. Quelqu’un dans la salle a rappelé à juste de titre que la société Volkswagen, qui a délibérément falsifié les émissions polluantes de ses véhicules, était pourtant lauréate de nombreux prix RSE.

Sacrifier la confidentialité pour les investisseurs

Pour Hélène Valade, le sujet paralysant est celui de la confidentialité des données que les entreprises sont amenées à livrer dans un rapport intégré, qui parle davantage de prospectives et de tendance que le rapport annuel. Les sociétés sont toujours un peu frileuses quant à la divulgation d’informations, notamment financières et stratégiques. Néanmoins, pour pouvoir se projeter dans le futur, il faut se baser sur des données. Dévoiler son business plan peut se révéler très risqué.  Comment faire ? L’avenir nous le dira, surtout les expériences des entreprises qui se sont jetées à l’eau.

Toutefois, les sociétés doivent prendre ce risque selon Edouard Dubois, vice-président Corporate Governance & Responsible Investment chez BlackRock, un fonds d'investissement en bourse. Celui-ci estime que le premier rôle de la communication financière est de donner des informations aux investisseurs. Il est tout à fait pour le rapport intégré qui donne des informations prospectives, alors que les autres rapports sont trop rétrospectifs. De fait, les efforts menés en termes de RSE sont devenus des arguments très forts pour les investisseurs. Marc Lefèvre, directeur du fonds Euronext, pour qui l'opérateur boursier est au cœur du système, a soutenu cet argumentaire. « Le rapport intégré a pour vocation d'accroître la promotion et la visibilité de l'entreprise. »

Pour Viviane de Beaufort, professeur à l’Essec, faire du reporting intégré a une vertu et n’est pas uniquement voué à séduire les investisseurs. En outre, la nouvelle génération d’étudiants est en attente des sujets éthiques, humains, et « cherche à ce que le discours de l'entreprise soit en parfait accord avec son comportement ». Un vent éthique et positif semble souffler sur les futurs dirigeants d’entreprises.

Le reporting intégré ne fait pas l’unanimité

Chris Hollis, président du Cliff, l’association française des professionnels de la communication financière, et directeur de la communication financière de LVMH fait partie des rétifs. Plutôt contre le concept dont les modalités d'application sont vues comme trop contraignantes pour les entreprises, il « n'est pas sûre que tout le monde comprenne quelque chose à ce reporting intégré ». Ainsi, il rejette l’idée d’ajouter un rapport obligatoire supplémentaire en créant de nouveaux indicateurs.
Cependant, il se dit en faveur de l’« integrated thinking », une sorte de prise en compte de tous les intérêts de l’entreprise dans sa stratégie de communication. Ce dernier est d’ailleurs fier que de plus en plus de questions extra-financières (sociales et environnementales) soient traitées par son équipe. « Laissons le temps aux entreprises de s’améliorer », s’exclame ce communicant. Si cela devient obligatoire, les financiers vont passer davantage de temps « à remplir les cases » plutôt qu’à réfléchir sur les choses véritablement importantes. Gilles Vernot-Desroches, sustainability & BOP senior vice-pdt de Schneider Electric, a fait le choix de ne pas faire de reporting intégré. Selon lui, il existe déjà des opportunités extraordinaires dans les outils de la gouvernance, de la compliance, et du développement durable. Son entreprise produit un rapport RSE et un baromètre planète et société qu’il estime suffisants.




Anne MOREAUX
Journaliste

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