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Rentrée solennelle : L'EFB, de la théorie à la pratique

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Rentrée solennelle : L'EFB, de la théorie à la pratique
© AP - Sur scène, Bertrand Périer, animateur de la conférence, avocat et professeur d'art oratoire.

La salle Pleyel a accueilli dernièrement la nouvelle vague de futurs avocats parisiens. Cette cérémonie a marqué l'entrée de l'EFB dans une nouvelle ère.

Si le traditionnel « premier serment », prêté devant la cour d'appel de Paris, a, comme chaque année, intimé aux nouveaux élèves-avocats de l'EFB le respect du secret professionnel, l'année 2018 sera bien à marquer d'une pierre blanche. « Vous êtes beaux, parce que vous avez réussi et que vous êtes les rescapés de la nouvelle formule de l'examen d'entrée ! ». Bertrand Périer, avocat et professeur d'art oratoire, a usé de ses talents pour animer une rentrée solennelle riche en évolutions, impulsées par Marie-Aimée Peyron, bâtonnier de Paris.

Ce sont en effet quelque 1 600 futurs avocats, contre plus de 2 000 l'an dernier, qui se sont présentés Salle Pleyel pour participer à l'événement. L'an passé déjà, Gaël Zouaoui, alors président de l'Association des élèves-avocats, avait qualifié de « rescapés » ses homologues, anticipant la réforme à venir.

Mais au-delà du nombre d'élèves admis à l'EFB, c'est surtout la nature des enseignements dispensés qui constitue une véritable révolution.

Un enseignement pratique

Une révolution incarnée par Pierre Berlioz, nouveau directeur de l'EFB, et par ailleurs agrégé des facultés de droit. « Vous avez survécu et passé ce premier examen national. » Celui qui a également été conseiller auprès de l'ex-garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, n'a pas caché son émotion, indiquant avoir de son côté mis beaucoup plus de temps pour passer de la faculté à l'EFB.

« C'est donc ensemble que nous rentrons à l'école, dans ce cocon où vous allez effectuer votre mue et devenir des avocats », a-t-il poursuivi. Usant d'une métaphore filée, en référence à la salle et à son nom, le directeur de l'EFB s'est attaché à montrer en quoi la pratique devait prendre le pas sur l'enseignement magistral. « Si vous êtes ici, c'est parce que vous avez bien appris votre solfège, mais qu'il vous reste à apprendre un instrument. Vous êtes musicien, vous allez devenir pianiste. C'est le rôle, de l'équipe pédagogique. »

Pour lui, il n'est pour lui pas question de « refaire » ce qui a déjà été fait à l'université, l'examen d'entrée prouvant déjà l'acquisition des connaissances. « Rien ne remplace les gammes, il faut répéter jusqu'à ce que les doigts courent naturellement sur le clavier. »

Ainsi, le programme pédagogique est « professionnalisant » et composé de « mises en situation pratiques et en petit groupe ». Pierre Berlioz a souligné qu'apprendre le métier d'avocat, c'est « s'imprégner de la déontologie, s'exercer à rédiger des actes, à la plaidoirie, à la prise de parole, ou à la conduite des négociations ». Exercice professionnel, gestion, offre de prestation, communication, écoute du client… L'EFB s'attachera désormais à apprendre des « techniques » à ses élèves.

"J'aimerai que vous en soyez convaincus, l'école n'est pas un passage obligé, l'école est une chance." Pierre Berlioz

L'entrée dans le grand bain

Une « professionnalisation » sur laquelle Marie-Aimée Peyron a insisté lors de son discours teinté d'émotion, indiquant vouloir « rompre avec l'enseignement didactique
et académique ». « L'enseignement que nous avons repensé est un enseignement exclusivement professionnalisant. Il n'est plus temps d'apprendre le droit, oubliez les bancs de la faculté », a-t-elle tenu à souligner.

Cette « refonte », aboutissement d'une réflexion menée notamment par Aliénor Kamara-Cavarroc, directrice de la pédagogie, voit la déontologie prendre une place prépondérante, sous la responsabilité du vice-bâtonnier Basile Ader et de l'ex-bâtonnier du Val-de-Marne Annie Koskas. « Nous devons épouser le virage du numérique, c'est pourquoi nous avons créé le Lab EFB. Avec l'aide de son grand frère l'Incubateur du barreau de Paris, il vous permettra de bénéficier d'outils vous aidant à vous développer autour de projets innovants », a poursuivi le bâtonnier de Paris.

L'enseignement, désormais axé « terrain », prendra place au sein de cabinets initiant les élèves-avocats aux due diligence, à des data rooms, des séances de networking avec des clients en présence d'auditeurs de justice. « D'ores et déjà, le président du TGI a donné son accord, ainsi que le directeur de l'ENM pour organiser des audiences communes, dans les palais de justice de Paris et les tribunaux de Bobigny et de Créteil », a précisé la présidente de l'EFB, invitant l'assemblée à instaurer des relations sereines avec les magistrats.

Un parrain d'exception

Précisant que la refonte de l'EFB n'en était qu'à ses débuts, Marie-Aimée Peyron a donné la parole au parrain de la promotion 2018 Jean-Marie Darrois, associé fondateur du premier cabinet d'avocats français, spécialisé dans les fusions-acquisitions, à la « réussite exemplaire et exceptionnelle », mais aussi à l'origine de l'acte d'avocat.

Mentionnant avec une pointe d'humour son rôle de parrain, que « l'on ne propose pas à des jeunes », il a entamé son discours en rappelant que lorsqu'il avait prêté serment, l'avocat était « un plaideur » et les avocats d'affaires considérés comme des « gens peu scrupuleux ». Les conclusions étaient alors extrêmement brèves, et l'on « évitait de développer tous les moyens qu'on reprendrait devant le juge, pour surprendre l'adversaire au dernier moment ». Si la fusion avec les conseils juridiques a eu lieu en 1991, cette « idée ambitieuse » s'était heurtée à la résistance de certains avocats, craignant de perdre « honneur et légitimité en s'introduisant dans le droit des affaires ».

Évoquant ensuite « l'hyper spécialisation » actuelle, Jean-Michel Darrois s'y est dit opposé, dans la mesure où un avocat « ne doit laisser échapper aucun problème » et doit pour cela connaître tout un ensemble de disciplines connexes à la sienne.

Il a ensuite partagé sa vision de l'indépendance vis-à-vis du client, précisant qu'il faudrait parfois le convaincre d'abandonner ses exigences bien qu'elles lui paraissent légitimes, afin de parvenir à une solution raisonnable. « Une bonne solution négociée est une solution qui préserve l'honneur et les intérêts de chacune des parties » a-t-il souligné.

Puis, se tournant vers l'avenir, Jean-Michel Darrois a évoqué le virage du numérique, indiquant que ses protégés allaient « porter un grand changement ».

Après un entretien avec le célèbre mathématicien et député Cédric Villani, le parrain de la promotion 2018 peut affirmer que la profession n'est pas menacée par la robotisation. En effet, si certaines tâches pourront être effectuées par l'intelligence artificielle, un automate ne saurait être doté du « jugement, de la hauteur et de l'expérience de l'avocat ». Ainsi, les « robots ne pourront remplacer les jeunes collaborateurs ».

Insistant finalement sur le respect à garder à l'égard des magistrats, Jean-Michel Darrois a appelé de ses vœux une plus grande collaboration entre les différentes professions du droit. Il a ensuite tenu à rassurer l'assemblée, indiquant que les confrères quittant prématurément la profession d'avocat possédaient un bagage à même de leur promettre un grand avenir. « Il y a peu j'étais absolument hostile à l'EFB, cette révolution répond à toutes les critiques que j'ai pu entendre », a-t-il avoué en guise de conclusion. En effet, la révolution entamée au sein de l'EFB sera, de l'avis général, à même de les rendre opérationnels dès leur sortie de l'école.




Quentin CLAUZON
Journaliste

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