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Rentrée solennelle du barreau de Paris 2021

La très traditionnelle cérémonie solennelle de rentrée du barreau de Paris et de la Conférence s’est tenue le 26 novembre dernier dans l’enceinte du Théâtre du Châtelet en présence du garde des Sceaux.
Rentrée solennelle du barreau de Paris 2021
© AP - Cette année, les invités d'honneur de la rentrée solennelle du barreau n'étaient autres que le Premier adjoint à la Maire de Paris Emmanuel Grégoire (à gauche), et le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti (relisant ses notes au centre).

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« Vous menez un combat passionné. Vous êtes les gardiens de notre démocratie, du bon fonctionnement de notre société, de notre idéal de Justice empreint d’humanisme. C’est pourquoi Paris a toujours été à vos côtés, l’est et le restera », a déclaré Emmanuel Grégoire, Premier Adjoint à la Maire de Paris en charge de l’urbanisme, de l’architecture, du Grand Paris et des relations avec les arrondissements, venu faire le discours d’ouverture de la cérémonie.

Hommage aux avocats « défenseurs de l’Etat de droit »

C’est donc Emmanuel Grégoire, qui a ouvert le bal des longs discours protocolaires en excusant l’absence d’Anne Hidalgo avec un bel hommage à la profession d’avocat qui « mène chaque jour un combat fondamental à la préservation de notre Etat de droit » alors que ses conditions de travail sont difficiles et se dégradent.

« Nous entendons vos préoccupations sur le manque de moyen, le manque de temps et de reconnaissance », a-t-il confié manifestant son soutien et précisant qu’il faut saisir l’occasion de la tenue des Etats généraux de la Justice pour « prendre conscience de la gravité de ce moment » et améliorer le service public de la Justice dont « l’avenir est en jeu ». « Au-delà de réforme, c’est de moyens dont a besoin notre Justice et celles et ceux qui la servent au quotidien », adresse-t-il au passage au garde des Sceaux assis derrière lui.

C’est ensuite le bâtonnier de Paris Olivier Cousi qui a pris la parole en commençant par rendre hommage aux confrères et consœurs disparus cette année, Gisèle Halimi et Jean-René Farthouat en tête. « Bâtonnier du Covid, voilà une appellation donc je me serais bien passé », a-t-il poursuivi en évoquant un « parcours du combattant invraisemblable » qui a nécessité beaucoup de travail, d’adaptation et de résilience. Malgré le tragique, le bâtonnier Cousi a confié que certaines situations étaient « parfois très cocasses » notamment sur la mise en place des mesures de sécurités sanitaires au Palais de justice à l’aide de scotch et de fiches en plastique. Il s’est toutefois félicité que la Justice ai pu tenir le cap, « grâce aux juridictions et aux avocats » ainsi qu’à « la coopération dans ces moments difficiles ».

Réduction des cotisations à l’ordre, financement des formations et bilans de compétences, mise à disposition d’outils numériques, financement des actions des confrères auprès des TPE PME par l’Ordre ont permis de maintenir l’activité des avocats du barreau de Paris pendant cette crise. Une politique volontarisme favorisant le rebond de la profession dont le bâtonnier est très fier.


© DR - Le garde des Sceaux félicitant le Premier Secrétaire de la Conférence 2021 Gaspard Lindon.

Standing ovation pour le secret professionnel

« Nous ne voulons pas avoir une posture. Monsieur le garde des Sceaux, il n’y a envers vous ni défiance ni complaisance », a-t-il enfin annoncé évoquant le combat pour la consécration du secret professionnel de l’avocat dans son entier, en matière de défense et de conseil. Ce dernier étant même l’activité unique de plus de 60 % du barreau de Paris.

Le bâtonnier a également ajouté sous les applaudissements que l’ordre serait « toujours là pour alerter » tant sur les libertés et sur le fonctionnement de la Justice que sur la préservation du statut d’avocat et de son indépendance.

« Vous pouvez toujours compter sur les avocats mais vous devez toujours compter avec les avocats », a-t-il souligné en s’adressant à Éric Dupond-Moretti.

Axé sur les actions de solidarité du barreau de Paris, notamment auprès des confrères afghans et l’accueil du bâtonnier de Kaboul, la fin de ce discours engagé a valu une belle standing ovation au bâtonnier Cousi.

C’est donc devant une assistance chauffée à blanc que le ministre de la Justice est intervenu. Après avoir salué dans l’ordre protocolaire tout le gratin du monde judiciaire parisien, le garde des Sceaux a évoqué son « plaisir » d’être présent « pour ce moment fort de la vie de tous les avocats de Paris ».

Déclaration d’amour à la profession

« J’aimerais introduire mon propos par une confidence qui tranchera sans doute avec les discours habituels que vous entendez en pareilles circonstances. Je voudrais d’abord vous dire à quel point j’aime la profession d’avocat. Je l’ai exercé pendant 36 ans avec une passion que je n’ai jamais cachée. Je l’aime tendrement encore, comme on aime quelqu’un qui vous a beaucoup donné et beaucoup comblé », a confié Éric Dupond-Moretti avant de revenir sur sa carrière et son choix d’accepter de devenir garde des Sceaux.

« Le chantier est immense et il n’en est qu’à ses débuts » a-t-il annoncé quant à la réforme de la Justice française dont il rappelle le manque de moyens matériels et humains.

Le ministre a évidemment abordé sa loi pour la Confiance dans l’institution judiciaire, définitivement adoptée le 18 novembre, et les progrès à faire en matière de numérisation de la Justice, d’accès au droit et « de retour de la confiance des justiciables envers l’institution ». Qualifiant cette réforme de fruit de ses coups de gueule et coup de sang depuis 36 ans « mais également d’échanges francs constants avec les représentants de votre profession et du travail parlementaire » il a salué au passage l’engagement des avocates députés Laetitia Avia et Naïma Moutchou.

Il a ensuite fait le plaidoyer de la profession d’avocat qui « forme l’assise de la maison Justice » et souligné ses efforts pour augmenter le budget de la Chancellerie, notamment à travers certaines mesures qui améliorent la situation économique des avocats comme l’augmentation de l’aide juridictionnelle ou l’exécution forcée des honoraires.

Enfin, il s’est félicité de participer à un gouvernement ayant lancé des Etats généraux de la Justice auxquels les avocats prennent toute leur part, notamment via la présence du président du CNB, Jérôme Gavaudan, au sein du comité présidé par Jean-Marc Sauvé. Il a ainsi appelé les avocats présents dans la salle à participer à « cet exercice démocratique totalement inédit » afin de construire l’avenir de la Justice et moderniser ses institutions.

Belle cérémonie confraternelle

Le garde des Sceaux a conclu sa longue intervention en partageant sa joie d’avoir été convié à cette grande cérémonie et sa gratitude envers le barreau et tous ses membres.

Dans la fausse et aux balcons, les invités ont applaudi chaque discours dans une ambiance feutrée et solennelle et semblaient surtout ravis d’être réunis malgré la montée de la cinquième vague épidémique.

« Présent à la rentrée du Barreau de Paris. Les avocats portent beaucoup du poids d’une justice en grande souffrance, et se battent pour que le justiciable ne soit pas le grand oublié. Il est vital de leur garantir les moyens de leur mission », a tweeté le député européen François-Xavier Bellamy.

« Très belle rentrée solennelle du Barreau de Paris ! Quelle joie de se retrouver ! Merci à Eric Dupond-Moretti, Emmanuel Grégoire, aux magistrats et aux confrères d’avoir partagé ce moment avec nous », a également commenté sur les réseaux sociaux le bâtonnier Cousi satisfait.

Discours touchants des Secrétaires de la Conférence

Cette cérémonie solennelle était également celle de la célèbre Conférence du barreau, grand concours d’art oratoire fondé en 1818 qui désigne chaque année 12 Secrétairesélus par leurs pairs pour assurer la défense pénale d’urgence.

Chaque membre de cette nouvelle promotion des as de l’éloquence s’est vu remettre un prix spécial par un ancien Secrétaire avant de poser fièrement pour une photo officielle avec le bâtonnier.

Chloé Redon, 8e Secrétaire, a remis la médaille de la conférence à Dominique Simonnot, journaliste spécialiste des affaires judiciaires devenue l’an dernier Contrôleur général des lieux de privation de liberté.

« Ne la limitez pas à ce que vous pensez savoir d’elle, lisez les pages que vous n’avez pas lus encore de ce livre », a ensuite déclaré Gaspard Lindon, 1er Secrétaire, dans un magnifique hommage à Gisèle Halimi, l’avocate du célèbre procès de Bobigny pour le droit à l’avortement, qui « plaide si bien qu’elle laisse derrière elle cette loi comme un chiffon sale et précipite son abrogation ».

Sa consœur Magali Woch, 2e Secrétaire, a également donné un discours vibrant sur la justice dans un dialogue entre passé et présent convoquant notamment Me Labori, défenseur d’Émile Zola, « affable de manières il est de la stature de ce procès » tenu en 1898 pour diffamation contre l’article « J’accuse » paru dans l’Aurore dénonçant les actes du Conseil de guerre dans l’affaire Dreyfuss.

« En ce dimanche soir, je repense au discours extraordinaire de Magali Woch lors de la rentrée du barreau, l’audace, le charisme et surtout cette indignation indemne plus de 120 ans après “l’affaire”. Une avocate, une grande ! », a même twitté sa consœur Vanessa Bousardo, elle-même ancienne Secrétaire de la Conférence et membre du Conseil de l'Ordre de Paris.

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