Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

Rentrée solennelle de l'EFB : démission de Pierre Berlioz remplacé par Gilles Accomando

le - - Droit - Actualité du droit

Rentrée solennelle de l'EFB : démission de Pierre Berlioz remplacé par Gilles Accomando
©efb - Pierre Berlioz a prononcé son discours de sortie à la première chambre de la cour d'appel de Paris.

La rentrée solennelle de l'EFB, elle aussi marquée par la crise sanitaire, a sonné cette année comme la fin d'un cycle, après l'annonce de la démission de son directeur, Pierre Berlioz, remplacé à la fin du mois par le magistrat Gilles Accomando. Une ouverture en écho à la nomination de la vice-bâtonnière Nathalie Roret à la tête de l'ENM.

« Je ne vais pas vous faire rêver, ni faire les louanges de la profession comme c'est d'usage, je vais plutôt vous partager quelques réflexions, comme autant de conseils d'un tiers à la profession, ayant été plongé au cœur de celle-ci pendant trois ans ».

Cette phrase prononcée par Pierre Berlioz, dès les premiers mots du traditionnel discours introductif, a sans doute mis la puce à l'oreille des plus avertis. Outre sa tenue de façon exceptionnelle, au sein de la première chambre de la cour d'appel de Paris (pendant que les élèves-avocats la suivaient derrière leurs écrans) la rentrée solennelle 2021 de l'EFB a aussi été marquée par l'annonce de la démission de son directeur.

Partage sa vision d'un barreau trop fier

Citant plusieurs grands penseurs à l'appui de sa démonstration, le professeur agrégé s'est livré à une analyse toute personnelle de la profession d'avocat, en écho à sa démission, ses critiques non voilées constituant autant de conseils à l'adresse des 1915 nouveaux élèves-avocats.

C'est d'abord l'excès de fierté qu'a souhaité dénoncer Pierre Berlioz. « Certes, la profession fait appel à des personnes extérieures, comme moi, qui ne suis qu'universitaire, pour diriger l'école, mais souvent pour expliquer ensuite à ces personnes que seuls les avocats savent quoi faire, quelle formation est nécessaire aux avocats, car seuls les avocats connaissent les avocats », a-t-il pointé, estimant également, dans un autre registre, que leur volonté de ne recruter que 100 % d'avocats dans une legaltech était une erreur importante.

« Vive la couleur, vie l'arc-en-ciel, vive l'alliance des compétence », a-t-il défendu.

En outre, si la profession d'avocat est d'abord une profession de la parole, il est également nécessaire de « savoir se taire » pour Pierre Berlioz.

« Il vous faut cultiver le sens de l'écoute autant que celui de la parole, la profession d'avocat est une profession de clientèle et il faut s'adapter à ses besoins », a-t-il tenu à rappeler.

Accomando, le magistrat successeur de Berlioz


Pour remplacer Pierre Berlioz à la tête de l'EFB, c'est Gilles Accomando, le premier président de la cour d'appel de Pau, qui a été choisi.


« C'est un projet fascinant, passionnant, c'est un très grand magistrat qui travaillé toute sa vie au contact, qui a été dans toutes les juridictions sur le terrain, qui a enseigné à l'ENM, et qui vous apportera, avec les 350 magistrats qui travaillent avec l'EFB, sa connaissance de la pratique de la justice », a salué le bâtonnier Cousi, qui a confié que cette nomination n'était pas sans rapport avec celle de la vice-batonnière Nathalie Roret à la tête de l'ENM.

« Cette symétrie est importante, elle portera des fruits, une réconciliation, une formation commune. Nous l'appelons tous de nos vœux », a assuré Olivier Cousi, qui a salué le travail accompli par Pierre Berlioz pour que l'école se tourne vers le monde économique.

« Ce grand travail de mise en perspective de l'école est reconnu dans toutes les entreprises, l'EFB est vue comme une formation d'excellence », a-t-il indiqué.

De son côté, le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti, s'est réjouit de cette nomination qu'il qualifie de "signal fort visant à poursuivre l'ouverture de la grande maison Justice". Le ministre de la justice salue l'engagement d'un magistrat d'expérience dont la carrière, au parquet comme au siège va permettre d'enrichir la formation des futurs avocats. "Cette ouverture doit permettre, dès le stade de la formation, une meilleure connaissance mutuelle de tous ceux qui concourent à l'œuvre de justice, dans la perspective d'en améliorer le fonctionnement quotidien, au service du justiciable", indique la Chancellerie dans un communiqué.

Si le port de la robe est unique, les avocats étant « au contact de toutes les facettes de la vie en société et devant jouer un rôle extraordinaire pour orienter l'action des pouvoir public »,

la profession « parle trop souvent d'elle-même ». Elle « veut s'inscrire dans la constitution, alors que ce sont les droits et libertés fondamentales qui doivent y figurer ». Et « quand elle parle, certes, on l'entend, mais on ne l'écoute pas et l'on va voir les notaires ou les experts-comptables ».

Pierre Berlioz a tout de même noté un progrès, celui de l'unification de la profession, une avancée à mettre au crédit de Christiane Féral-Shuhl, ancienne bâtonnier de Paris puis présidente du Conseil National des Barreaux, ravie d'avoir été nommée marraine de la promotion 2021 de l'EFB.

Mais pour le futur ex-directeur de l'EFB, les avocats restent tout de même emprunts d'un individualisme forcené, qu'il juge néfaste pour la profession.

"La valeur réside dans l'intelligence collective"

De la même façon, l'avocat individuel, qui « exerce dans une structure qui n'a de société que le nom », ne trouve pas non plus grâce aux yeux de Pierre Berlioz.

Ce mode d'exercice qui consiste en « une juxtaposition d'individus pratiquant leur métier chacun de leur côté » appartient au passé.

Pour lui, « l'avocat de demain n'est pas qu'un technicien doté d'une déontologie forte, isolé dans sa tour d'ivoire, il doit être agile, avoir l'esprit d'entreprise et descendre dans l'arène de la concurrence ».

En effet, « à l'ère de l'intelligence artificielle, la valeur réside dans l'intelligence collective, s'il sait concevoir une offre de service, la valoriser, la vendre, allier sa force à celle d'autres avocats voire d'autres professions, dans un réel projet collectif d'entreprise, il y a largement de la place pour lui sur le marché, un marché grandissant ». Ne pas suivre cette voie serait synonyme de paupérisation grandissante pour la profession.

Enfin, Pierre Berlioz a tenu à rappeler que pour s'adapter à ce contexte, l'avocat devait se doter d'une solide formation, régulièrement actualisée.

« Malheureusement, la profession globalement n'aime pas la formation, et donne l'impression qu'elle n'a pas d'intérêt, que seul le stage en aurait », a-t-il déploré, prenant pour exemples la réaction de la profession face aux récents projets de réforme et certaines déclarations de syndicats professionnels.

En appelle à la modernité et à la formation

« Quant à la formation continue, nombre d'avocat vivent encore sur le mythe que l'on ne se forme que sur ses dossiers, là encore quelle erreur ! Ce n'est qu'en actualisant ses pratiques au contact de celle des autres, à l'ère de l'intelligence artificielle, de la connaissance ouverte, que l'avocat pourra rester performant », a-t-il poursuivi, avant d'exhorter les élèves-avocats à ne pas se laisser entrainer dans ces travers.

Et d'ajouter : « Ne ralliez pas la profession d'hier, soyez celle de demain ».

« Peut-être me trouvez-vous un peu dur vis-à-vis de la profession, pensant qu'un “directeur ne devrait pas dire ça”, voire qu'un “directeur, ça ferme sa gueule ou ça démissionne”, ce n'est pas complètement faux, ce discours de rentrée c'est aussi un discours de sortie », a-t-il conclu, avant de laisser la parole au bâtonnier Olivier Cousi.




Anne MOREAUX
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer