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Rencontre avec Catherine de Combret Thibierge

Catherine de Combret Thibierge est l'une des deux candidates investies par l'association Femmes et Droit –l'autre étant Laurence Kiffer– pour les prochaines élections au Conseil de l'Ordre du barreau de Paris. Après une longue carrière passée au sein de l'Ordre et de la Pépinière des avocats, elle souhaite aujourd'hui faire profiter le Conseil de sa belle expérience.
Rencontre avec Catherine de Combret Thibierge
Catherine de Combret Thibierge

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Affiches Parisiennes : Vous êtes candidate à l’élection du Conseil de l’Ordre du barreau de Paris. Pouvez-vous vous présenter ?

Catherine de Combret Thibierge : Vous allez voir que mon parcours est plutôt atypique. Depuis mon entrée dans la profession, en 1968, j’ai vécu plusieurs fusions, à raison d'une tous les 20 ans. La première fusion remonte à 1971, avec les avoués près les tribunaux de grande instance et les agréés. Puis, ce fut le tour des conseils juridiques, en 1991.Nous avons alors constitué une profession unifiée. Les anciens présidents des conseils juridiques, comme le président Martel et le président Hollande ont eu, ipso facto, le rang de bâtonnier.
Le président Martel nous a quittés trop vite. Nous lui avons dédié une salle à la Maison du Barreau qui porte son nom. Puis, en 2011, ce sont les avoués à la cour avec lesquels nous avons fusionné... Faudra-t-il attendre 2031 pour les juristes d'entreprise?
J’ai commencé ma carrière comme « clerc d’avoué » chez Me Perard, avoué au TGI, avant de travailler, comme avocat plaidant, dans des cabinets de petite structure. J’ai ainsi appris le métier avant de rejoindre le cabinet de ma mère, Me Massius de Combret, de 1970 à 1988. Elle a été la plus jeune avocate de France quand elle a prêté serment, en 1930, et, à une époque où les femmes étaient très peu nombreuses, elle a su s’affirmer en tant qu’avocat de la CGPME. Elle avait aussi dans sa clientèle des syndicats de carrossiers, Heuliez, Gruau… J’ai moi-même exercé surtout en droit social et en droit civil. J'ai pratiqué le combat judiciaire, j'ai aimé convaincre. Aujourd’hui, je suis d'avantage attirée par la médiation et les modes alternatifs de règlement des litiges, comme la procédure participative applicable aux litiges prud'homaux.
En 1988, je suis partie à San Francisco où j’ai travaillé pendant un an dans un grand cabinet, Coudert Brothers, grâce auquel j’ai appris l’importance de l'organisation, de la communication et du marketing, l'art de la facturation. A mon retour, j’ai mesuré le décalage de l'époque entre les cabinets américains et français.

A.-P. : Vous êtes ensuite entrée à l'Ordre comme permanente?

C. de C. T. : Oui, en 1991, j'ai été nommée secrétaire général adjoint de l’Ordre, en charge de la déontologie. C'était sous le bâtonnat d'Henri Ader, « le pape de la déontologie ». J 'étais à bonne école. Lorsque les dossiers déontologiques devenaient disciplinaires, j assurais les audiences de mise en état, avec les magistrats de la Cour d'Appel, notamment Guy Canivet, et des avocats généraux, ce qui favorisait de bonnes relations entre le barreau et la Cour. Il y avait alors des audiences de mise en état mensuelles. Le RPVA n’existait pas encore.
En ce qui concerne la déontologie proprement dite, j'assistais les membres du Conseil élus.
Le bâtonnier Vatier avait eu l'idée de créer des commissions spécialisés par matière, composées d'un secrétaire responsable et de membres du Conseil désignés pour l'année. Le nombre de dossiers traités s 'élevait à environ 6 000 dossiers par an. Les plaintes adressées au bâtonnier qui émanaient de justiciables, de magistrats, d'huissiers et, naturellement de confrères, ne faisaient pas toutes l'objet d'une convocation devant une commission de déontologie mais, elles donnaient toutes lieu à un avis. Les délais de traitement étaient très courts, avant même que le service ne soit isonormé.
J'ai eu la chance de participer aussi aux débats et réflexions du Comité d’éthique qui a notamment accompagné les évolutions en matière de publicité et d'adaptation de notre déontologie aux nouveaux métiers. L'ère du tout numérique, l'apparition, sur internet des legal start-up, les créations de boutiques du droit, toutes ces innovations amènent heureusement à faire évoluer notre déontologie, tout en gardant bien sûr les valeurs qui la fondent. Pour notre profession en pleine mutation, la déontologie doit rester notre épine dorsale.

A.-P. : Vous avez également participé à la rédaction de la dernière édition du code de déontologie des avocats ?

C. de C. T. : J’ai d'une part participé à l’élaboration de la base de données déontologiques (BDD), en 2002, sous le bâtonnat de Paul-Albert Yweins et aussi aidé le professeur Revet à la réalisation du code de déontologie annoté, en 2007, sous l’impulsion du bâtonnier Yves Repiquet. La BDD comme le code annoté correspondaient à un besoin pour les avocats de connaître les règles, bien sûr, mais également la jurisprudence au sujet de ces règles.

A.-P. : Vous avez ensuite pris en charge la direction de la Pépinière des avocats…

C. de C. T. : Cette mission a également été passionnante. La Pépinière avait été créée par le bâtonnier Christian Charrière-Bournazel. C’était une idée foncièrement généreuse, fondée sur la solidarité. Quand j’y suis arrivée, en janvier 2010, la structure était ouverte depuis octobre 2009. De la trentaine d’avocats inscrits au départ, nous sommes arrivés à 150, boostée par la bâtonnière Christiane Féral-Schuhl.
La pépinière était comme un cabinet groupé sui generis, accueillant principalement les jeunes avocats sans collaboration, ou en difficulté. Nous travaillions quotidiennement dans le même espace, ce qui permettait aux avocats de ne pas être seuls, primordial quand on débute dans la profession ou qu'on est en difficulté.
Pendant ces cinq années, mon rôle essentiel a été d’accompagner les avocats, de les écouter, de les aider, aussi d'être leur conseillère en déontologie. Ils étaient très demandeurs et j'étais moi-même admirative de leur courage, de leur talent. Je suis fière que la pépinière ait été pour beaucoup un tremplin. Certains l'ont quittée pour s'établir ensemble. D’autres se sont installés seuls, ou ont trouvé une collaboration.
J’organisais périodiquement des petits-déjeuners pour créer des liens, à la fois entre les jeunes avocats et avec des confrères établis. J’ai été aidée dans cette tâche par des avocats honoraires qui se sont dévoués bénévolement pour transmettre leur expérience à nos jeunes confrères. Il y avait là –je ne peux évidemment citer tout le monde, Jean-Michel Braunschweig, Michel Souhaité, Josette Minoret-Gibert et des avocates membres de l'association Femmes et droit, dont est membre notre vice bâtonnière élue, Dominique Attias, et administratrice, la bâtonnière Dominique de la Garanderie.
C'est de cette période que m'est venue la volonté de prolonger mon engagement, cette fois, en tant que membre du Conseil de l'Ordre.

A.-P. : Vous êtes, avec Laurence Kiffer, les deux candidates investies par Femmes et Droit. Pourquoi avez-vous décidé de vous porter candidate à ces élections au Conseil de l’Ordre du barreau de Paris ?

C. de C. T. : J’ai décidé de me porter candidate parce que je veux continuer à m'engager. Je veux mettre au service de chacune et aussi de chacun, à la fois mon expérience de la profession et ma connaissance de l’Ordre. Je connais les rouages de l’institution et je connais aussi tous les collaborateurs salariés de l’Ordre, dans tous les services, qui font un travail formidable et sans lesquels l'Ordre ne pourrait fonctionner.
Ma candidature est soutenue par l'association Femmes et Droit, comme Laurence Kiffer. Au sein de la Pépinière, j'ai noué des relations privilégiées avec les membres de l’association, notamment lorsqu'elles venaient assister au Comité d'accueil de la Pépinière. J'ai pu en venant en aide à des consœurs en difficulté, me rendre compte de l’âpreté de certaines situations.

A.P. : En tant qu’ex-directrice de la pépinière, vous connaissez bien les problèmes des jeunes avocats ?

C. de C. T. : La préoccupation principale des jeunes avocats est d’avoir des clients, de pouvoir payer leurs charges et vivre décemment de leur travail. Pour les aider, pourquoi ne pas appliquer des idées qui ont fonctionné ailleurs? Prenons l'exemple du Chicago Bar Foundation qui a innové dans le cadre d’un programme grâce auquel les jeunes avocats apprennent à gérer leur cabinet. A Paris, ce serait formidable de voir une pépinière couplée à l’Incubateur, travailler avec le barreau entrepreneurial, ce qui était le cas avec la bâtonnière Christiane Féral-Schuhl.
Je pense sincèrement que les difficultés actuelles rencontrées par certains avocats peuvent être surmontées en allégeant les conditions trop strictes en matière de domiciliation.
Pour aider le jeune barreau je fais aussi confiance dans les bâtonnier et vice-bâtonnier élus, Frédéric Sicard et Dominique Attias qui veulent un barreau créatif, entrepreneurial et solidaire. J'adhère pleinement a leur projet de partenariat favorisant la rencontre des avocats avec des groupements d'entrepreneurs parisiens, et de fonds de soutien aux jeunes avocats innovants.Je pense à nouveau que les liens intergénérationnels peuvent être la clé d'une meilleure intégration.

A.-P. : Comment, pour ces jeunes, concilier aujourd’hui révolution numérique et déontologie ?

C. de C. T. : L’adaptation de la déontologie aux nouveaux modes d'exercice, aux nouveaux métiers, aux technologies numériques, doit être permanent. Elle est évidemment au programme des bâtonniers élus. Tous les avocats sont concernés, quel que soit l'âge, par la déontologie et la numérisation.

A.-P. :Quels sont, à vos yeux, la mission première des membres du Conseil de l’Ordre ?

C. de C. T. : Le Conseil de l’Ordre doit aider le bâtonnier Frédéric Sicard et la vice-bâtonnière Dominique Attias –premièrefemme accédant a cette fonction–, à réaliser leur programme. Cela me sera d'autant plus naturel que je suis en parfaite harmonie avec Frédéric Sicard et Dominique Attias, dont je partage les valeurs. Les membres du Conseil doivent également être des relais entre les membres du barreau, les bâtonniers et l’Ordre. Ils doivent favoriser ce lien et apporter à la fois conseil, expertise. Le « bar à idées » (BAI) est une bonne illustration de la démarche de nos nouveaux bâtonniers élus qui souhaitent établir une plus grande transparence de l’Ordre, et permettre aux avocats parisiens de participer aux débats d’idées et aux grandes décisions de notre profession.

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