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Rencontre avec Arnaud Gyssens – Medef Seine-et-Marne

Le Medef Seine-et-Marne est engagé dans la bataille pour l'emploi et a eu en 2013, parmi ses missions, la promotion du contrat de génération. Arnaud Gyssens, délégué général, donne son sentiment sur ce dispositif ainsi sur que les difficultés actuelles rencontrées par les entreprises françaises.
Rencontre avec Arnaud Gyssens – Medef Seine-et-Marne
Medef Seine-et-Marne - Odile Monrose

Entreprise Publié le ,

Affiches Parisiennes : Pourriez-vous nous présenter le contrat de génération ?

Arnaud Gyssens : Il s’agit d’un dispositif visant un double objectif : faciliter l’insertion des jeunes de moins de 26 ans en CDI et maintenir ou embaucher un senior (de 57 ans et plus), tout en assurant la transmission des savoirs et des compétences. Une aide financière de l’État est accordée à toute entreprise de moins de 300 salariés qui embauche un jeune à condition de maintenir un senior dans l’emploi. Le montant de cette aide financière est de 4 000 € par an par binôme (2 000 € pour l’embauche du jeune en CDI et 2 000 € pour le maintien en emploi d’un senior qui va encadrer le jeune), pendant trois ans maximum.

AP : Pour les entreprises de 300 salariés, il n’y a pas d’aide et, au contraire, une sanction est prévue en l’absence d’accord d’entreprise ou de plan d’action. Vous en pensez quoi ?

A.G. : C’est un peu la carotte pour les unes et le bâton pour les autres. Mais les pouvoirs publics pensent sans doute que les grosses entreprises n’ont pas besoin d’aide, et ils veulent néanmoins une évolution par le biais des accords d’entreprise ou des plans d’action, qui doivent être présentés à la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) pour montrer comment ces entreprises favorisent l’emploi des jeunes et le maintien dans l’emploi des seniors. On arrive pour la première fois à l’échéance.

AP : La Direccte peut-elle refuser un dossier ?

A.G. : La Direccte apprécie les dossiers en fonction de leur conformité au schéma général imposé. Elle en refuse parfois, mais ce n’est pas une fin de non recevoir définitive. L’entreprise doit simplement revoir sa copie.

AP : Y-a-t-il actuellement beaucoup de signatures de contrats de génération ?

A.G. : Issu d'un accord unanime des partenaires sociaux (Medef compris) en octobre 2012, le contrat de génération a été lancé le 1er janvier 2013. Il a eu du mal à démarrer, mais on assiste à une montée en puissance depuis le mois de juillet. Mlle Odile Monrose, notre chargée de mission au Medef 77, s’occupe notamment de promouvoir ce contrat auprès des entreprises. Fin novembre, 311 contrats de génération avaient été signés en Seine-et-Marne et plusieurs centaines d’autres étaient en projet. Notamment chez Disney où plus de 600 contrats de génération viennent d’être signés.

AP : La part des demandeurs d’emploi seniors ne cesse d’augmenter en France depuis de nombreuses années. Le 1er janvier 2010 a été lancé le plan d’action senior du gouvernement Fillon, qui n’a manifestement pas servi à grand-chose. Pensez-vous que le contrat de génération aura un réel impact ?

A.G. : On ne peut guère juger de l’efficacité du plan d’action senior du gouvernement Fillon, car il n’a pas eu beaucoup de temps pour être mis en œuvre. Qu’en sera-t-il du contrat de génération ? Le problème fondamental est de créer des conditions de compétitivité pour embaucher. Pour arrêter de détruire de l’emploi, il faut 1% de croissance du PIB, et pour en créer, il faudrait 1,5 %, alors qu’on en est à 0,2 % (!). De plus, étant donné les charges des entreprises, il est difficile de créer de l’emploi. Et pourtant ce n’est pas impossible. Je rappelle ce constat de Laurence Parisot, ancienne présidente du Medef : si chacune des TPE-PME embauchait ne serait-ce qu’une personne, le chômage serait complètement résorbé. Pierre Gattaz a récemment présenté au chef de l’État un Pacte de confiance, par lequel un million d’emplois peuvent être créés en cinq ans, si les conditions nécessaires et favorables à la croissance et à la compétitivité sont réunies.

Pour en revenir au contrat de génération, j’observe qu’il tend à favoriser l’emploi aux deux extrémités du tunnel, les jeunes et les seniors, sans se préoccuper de ce qui se passe au milieu. Or il me semble que l’effet d’aspiration devrait plutôt venir du centre. Si la situation économique du pays s’améliorait, les entreprises embaucheraient et le taux d’emploi des jeunes et des seniors progresserait automatiquement.

AP : En quoi le contrat de génération favorise-t-il la transmission du savoir-faire, qui est l’un de ses trois objectifs officiels ?

Odile Monrose : Sur un marché de niche, une entreprise peut souhaiter que les compétences acquises par un senior ne se perdent pas. Certes, cette transmission ne peut s’effectuer en trois ans, mais le jeune aura acquis suffisamment de compétences pour pouvoir reprendre le poste. Lorsque le contrat de génération est signé, l’entreprise est censée informer les deux parties qu’elles doivent travailler ensemble. Le jeune prend la place du senior, qui joue le rôle de tuteur. Cela dit, certaines entreprises veulent effectivement une transmission de compétences, mais d’autres profitent de l’embauche d’un jeune en CDI, pour signer un contrat de génération avec le senior nécessaire pour avoir le binôme.

A.G. : La transmission ne fonctionne vraiment que si le jeune et le senior travaillent sur le même poste. Or les textes ne l’imposent pas vraiment. Si une entreprise embauche un jeune comme soudeur, tout en gardant un senior dans un service comptable, l’esprit du contrat est dévoyé !

A noter qu’au vu des très bons résultats de la mission de Mlle Monrose, sa mission au sein de notre équipe devrait être renouvelée pour l’année 2014 !

AP : Le Medef de Seine-et-Marne a récemment fédéré des actions autour du CLE 77, Comité de Liaison Economique seine-et-marnais. Quels en sont les objectifs ?

A.G. : Nous avons proposé à tous les acteurs économiques du département, sans exception, de se joindre à nous pour cette démarche collective de signal d’alarme face à une situation économique d’urgence. Dans le CLE 77, nous sommes associés à sept organisations représentant l’agriculture, le bâtiment, l’industrie automobile, les experts-comptables, l’immobilier, l’hôtellerie et la métallurgie. Le but est d’alerter les pouvoirs publics sur la situation des entreprises du département, en proie à une crise qui dure, à des problèmes récurrents de trésorerie. Les entreprises seine-et-marnaises sont arrivées au bout de leurs solutions et souffrent. Le nombre de défaillances d’entreprises en Seine-et-Marne a augmenté de 16 % en un an pendant que celui des demandeurs d’emploi augmentait de près de 10 %. Parallèlement, nos entreprises sont asphyxiées par une avalanche de mesures réglementaires et fiscales : taxation des heures supplémentaires, sur-taxation de l’impôt sur les sociétés, hausse des cotisations retraites, projet de loi Hamon qui complique les cessions d’entreprises, etc. Tous les Medef territoriaux de France – il en existe plus de 120 – vont solliciter des rendez-vous avec leurs préfets afin de demander une baisse des charges sociales et des taxes qui pèsent sur les entreprises (c’est dans ce même esprit que nous avons lancé la campagne « Lâchez du lest ! »). Dans ce cadre, nous devons prochainement rencontrer Nicole Klein, préfète de Seine-et-Marne. (NB : ce qui a été fait le 13 décembre)

AP : Pouvez-vous nous parler de l’observatoire TEC, créé par le Medef au printemps dernier ?

A.G. : L’observatoire TEC (Tendance Emploi Compétence) a pour but d’améliorer l’efficience du marché du travail et de remédier à l’inadéquation constatée entre les besoins des entreprises en matière de recrutement et les aspirations des demandeurs d’emploi, qui n’ont pas toujours une formation suffisante pour le poste qui les intéresse. Nous avons en effet constaté que, sur un an, 210 000 recrutements ont été abandonnés parce que les démarches auprès de Pôle Emploi et du Service Public de l’Emploi (SPE) étaient trop lourdes. Les chefs d’entreprises qui font appel à Pôle Emploi ne trouvent pas toujours des candidats, et lorsqu’ils en trouvent, il arrive souvent qu’ils n’aient pas la formation correspondante.

AP : Selon vous, à quoi sont dus les dysfonctionnements de notre système de formation ?

A.G. : Ce système fonctionne mal, car les formations dispensées ne sont pas toujours adaptées aux besoins des entreprises, qui aimeraient être vraiment consultées au stade de l’élaboration de ces formations. Par ailleurs, beaucoup de jeunes ne connaissent pas les métiers de l’industrie, au sujet desquels ils ont des a priori (c’est salissant, c’est bruyant, …). Je note au passage que nous avons toujours eu, en France, deux ministères distincts : un pour l’Emploi (sous des appellations diverses) et un pour l’Economie. À notre sens, économie et emploi sont deux domaines indissociables : on ne crée pas d’emploi sans une économie florissante ! Il faut réconcilier les Français avec l’économie, donc les entreprises.

Enfin, je constate avec regret que les chefs d’entreprise sont souvent mal vus dans notre pays, comme, d’une manière générale, tous ceux qui réussissent. Dans les pépinières d’entreprises de notre département, je rencontre quantité de jeunes entrepreneurs très dynamiques. Hélas, beaucoup projettent de partir à l’étranger.

AP : Comment le Medef 77 aide-t-il les entreprises à recruter ?

A.G. : Le Medef 77 met à disposition des entreprises du département un système d’aide au recrutement. Nous en avons senti la nécessité en raison de nombreuses demandes de la part des chefs d’entreprises. Notre service d’aide au recrutement permet notamment de faire du sourcing et d’établir des fiches de poste. Il sert d’interface avec les différents services de l’emploi tels que Pôle Emploi : c’est très appréciable pour les chefs d’entreprises des TPE et PME qui n’ont pas le temps. La responsable du service juridique peut ensuite aider à la rédaction des contrats de travail et répondre à toutes les questions.

AP : Vous avez écrit, en novembre dernier, une lettre ouverte au président de la République. Quelle en était la teneur ?

A.G. : Nous avons pris acte de volontés d’avancer, comme des simplifications administratives, ou sur le point de l’être (réflexions sur le coût du travail), mais nous souhaitons maintenant aller plus loin et plus fort avec le Pacte de confiance pour la croissance et l’emploi, proposé par Pierre Gattaz à François Hollande le 18 novembre dernier.

Nous voulons à présent, de la part des pouvoirs publics, un signe fort d’engagement pour une réelle politique de l’emploi et de compétitivité des entreprises. Nous proposons pour cela cinq chantiers concernant l’efficience de la sphère publique, le coût du travail, la fiscalité, la simplification et l’emploi. Un exemple de suggestion du Medef : elle concerne le Crédit d'Impôt pour la Compétitivité et l'Emploi. Entré en vigueur le 1er janvier 2013, le CICE est un avantage fiscal qui concerne l’ensemble des rémunérations versées aux salariés au cours d’une année civile qui n’excèdent pas 2,5 fois le SMIC. Le taux de ce crédit d’impôt est de 4 % pour les rémunérations versées en 2013, puis 6 % à compter de 2014. Nous demandons que le CICE évolue vers un allègement pérenne des charges. L’idée générale est d’alléger de façon significative le coût du travail pour le ramener dans la moyenne européenne et mettre fin à ce handicap de compétitivité supporté par les entreprises françaises, qui ont les marges les plus basses d’Europe.

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