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Raphaël Jabol : « Il y a 1 500 avocats actifs sur Avostart »

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Raphaël Jabol : « Il y a 1 500 avocats actifs sur Avostart »
© D.R. - Raphaël Jabol, CEO de la legaltech Avostart qui vient d'intégrer le programme d'incubation Startup Garage de Facebook à Station F.

En pleine croissance, la legaltech Avostart vient d'intégrer le prestigieux programme d'incubation Startup Garage Paris de Facebook à Station F. Un accompagnement en or pour son CEO Raphaël Jabol, soucieux que sa plateforme d'intermédiation entre particuliers et avocats respecte le droit des données personnelles.

Affiches Parisiennes : Quel est votre parcours ? Aviez-vous collaboré sur le projet Legalstart ?

Raphaël Jabol : Je suis diplômé de Sciences Po. J'ai commencé ma carrière en business chez L'Oréal où j'ai travaillé pendant sept ans, d'abord au Brésil sur du business developpement, ensuite aux Etats-Unis en digital marketing et marketing opérationnel, puis entre New-York et Paris dans des directions marketing internationales. Je ne connaissais donc pas le milieu juridique.

Je n'avais pas collaboré sur Legalstart non plus. Pierre Aïdan, Stéphane Le Viet et moi nous sommes rencontrés via Ignition program, une sorte de cabinet de chasseur de têtes spécialisé en start-up, et nous avons décidé de s'associer tous les trois pour lancer Avostart.

A.-P. : Comment est née l'idée d'Avostart ?

R. J. : En fait c'est venu dans le prolongement de Legalstart. Pierre et Stéphane se sont rendu compte qu'il y avait un nombre considérable de clients qui demandaient à être mis en relation avec un avocat sur des sujets extrêmement variés, et en regardant ce qui se faisait aux Etats-Unis ils ont constaté que c'était un business à part entière.

Ils ont alors souhaité développer ce service indépendamment de Legalstart et ont fait appel à moi pour concrétiser le projet. On a alors pu mûrir le concept tous les trois.

A.-P. : Quel est le concept de votre legaltech ?

R. J. : Aujourd'hui, le constat est que les Français ont énormément de mal à trouver un avocat, hormis ceux qui ont fait des études juridiques ou bénéficient d'un large réseau personnel. Il faut donc essayer de remédier à ce problème. L'objectif n'est pas uniquement de créer une plateforme d'intermédiation entre clients et avocats : le but est d'accompagner les clients dans la recherche du professionnel dont ils ont besoin grâce à la technologie.

Le point majeur dont on s'est rendu compte en laissant le produit tourner et les clients le tester c'est qu'il existe un véritable problème d'identification du besoin juridique. Par exemple, pour un problème de voisinage, leur intuition les oriente par erreur vers le droit immobilier, alors qu'il s'agit d'un domaine spécifique.

Si on me met une liste de 400 avocats en droit du travail sous les yeux alors que j'ai un problème avec mon employeur, comment choisir ? Qui est vraiment compétent ? dans quoi ? quel problème juridique ai-je ? est-ce que 500 euros c'est cher pour un courrier ?...Tant que vous n'avez pas de visibilité, c'est très compliqué de faire un choix sereinement.

On s'est dit qu'il était donc très important de créer un service qui permette de réellement identifier le bon interlocuteur pour son problème juridique. L'idée était donc de développer une intelligence artificielle permettant de traduire les questions formulées en langage naturel par les clients en problèmes de droit. C'est aussi important pour les avocats présents sur la plateforme puisqu'ils sont mis en contact avec des clients pertinents pour eux, dont les besoins sont liés à leur expertise.

A.-P. : L'annuaire proposé par Avostart est-il payant ?

R. J. : Non, l'accès à la liste des avocats référencés est gratuit car on part du principe qu'il n'y a aucune raison qu'on fasse payer les utilisateurs aptes à identifier le bon avocat pour leur problème. D'ailleurs, des annuaires officiels d'avocats sont déjà librement accessibles, sous un autre format, sur les sites des barreaux ou sur celui du CNB.

Côté avocats, il n'y a pas de raison de leur faire payer quoi que ce soit non plus car notre valeur ajoutée n'est pas dans la gestion d'un annuaire mais dans l'intermédiation avec des clients qui ne seraient jamais venus à eux.

A.-P. : Les profils des avocats participants sont-ils variés ? Combien sont-ils ?

R. J. : Oui, très variés. Nous avons tout type de profils sur la plateforme, des avocats avec beaucoup d'expérience, parfois vingt-cinq ou trente ans de barreau, comme des jeunes ayant prêté serment l'an dernier. Aujourd'hui, il y a 1 500 avocats actifs sur Avostart qui exercent dans de nombreux domaines, et plus de 50 000 avocats référencés car ça leur permet de revendiquer un profil et d'informer les justiciables sur le paysage du barreau français. Ça donne ainsi aux visiteurs de la plateforme une vision claire de la représentation des avocats en France.

A.-P. : Y a-t-il plus de frilosité à utiliser une plateforme en région ?

R. J. : Non, pas du tout, au contraire ! C'est même davantage le cas qu'en Ile-de-France où les gens sont davantage habitués à se déplacer pour trouver un praticien. La plateforme permet aux avocats de s'adresser à une population qu'ils n'auraient pas touchée nécessairement et aux justiciables éloignés des grandes villes de trouver un expert plus facilement. Pour l'instant, la plateforme fonctionne très bien en région.

A.-P. : Vous intégrez la saison 3 du programme Startup Garage de Facebook à Station F, qu'en attendez-vous ?

R. J. : Pour resituer un peu le concept, ce programme a sélectionné dix start-up parmi les plus novatrices et intéressantes sur le plan du traitement des données personnelles. On sait tous aujourd'hui le défi que ça représente de permettre aux utilisateurs et consommateurs de pouvoir naviguer sur le net tout en étant certains de l'utilisation qui va être faite de leurs données. On attend donc de ce programme qu'il nous aide à structurer et sécuriser les données qu'on collecte au mieux pour faire de notre technologie la meilleure possible.

"L'objectif n'est pas uniquement de créer une plateforme d'intermédiation entre clients et avocats :
le but est d'accompagner les clients dans la recherche du professionnel dont ils ont besoin"

Plus on va avancer, plus on aura de données à traiter et plus on sera capables de traduire des besoins juridiques complexes exprimés en langage naturel. Et il faut bien entendu pouvoir le faire dans le respect strict des droits et du cadre posé par la loi, notamment issue de la transposition du RGPD. C'est un enjeu énorme pour nous car nous traitons des données à la fois volumétriques et hétérogènes.

A.-P. : Concrètement, sur quoi cet accélérateur va-t-il concentrer ses efforts ?

R. J. : On est super-fiers d'intégrer ce programme car il va nous aider à améliorer l'acquisition, la structuration et le traitement des données qu'on recueille pour ensuite peaufiner notre algorithme. Ce dernier est un véritable avantage technologique. Extrapoler des besoins juridiques à partir d'un langage naturel, c'est très fort et pas facile à développer d'un point de vue technologique.

En fait, l'incubateur va nous permettre d'aller plus vite dans le traitement de données plus larges. Facebook formule ça en une phrase : la valorisation des données personnelles. L'enjeu actuel est de concevoir des produits et services rentables respectueux du droit des données personnelles. C'est une problématique qu'on connaît bien mais on n'est jamais assez précautionneux là-dessus. Il y a toujours des choses à améliorer, c'est comme le service client. C'est important de rester très vigilant.

Le célèbre incubateur géant Station F © A.P.

A.-P. : Combien de développeurs travaillent sur votre algorithme ?

R. J. : Pour l'instant, l'équipe technique compte deux personnes et quelques freelances, accompagnés bien entendu de juristes.

A.-P. : Avez-vous l'ambition de lancer Avostart dans d'autres pays européens ?

R. J. : Pour être tout à fait franc, je dirais qu'il n'y a pas de freins à l'international aujourd'hui mais nous pensons que répondre aux besoins des justiciables et avocats français constitue déjà un challenge considérable. Le plus important pour nous est de rester concentrer sur le marché français où il y a énormément de besoins juridiques qui ne sont pas couverts.

A.-P. : Avez-vous noué des partenariats avec différents barreaux pour promouvoir votre plateforme ?

R. J. : Pas pour le moment. En revanche, on échange en permanence avec nos avocats partenaires et au-delà.

A.-P. : Que répondez-vous aux détracteurs des legaltechs qui vous considèrent comme des braconniers du droit ?

R. J. : Je pense que c'est toujours la même chose, lorsqu'il y a du ressenti péjoratif, il faut d'abord comprendre pourquoi. Parfois, le fait de vouloir tout changer sans connaître les tenants et aboutissants d'un milieu peut créer des frustrations. Tant que les choses ne sont pas claires, ça crée des incompréhensions.

"Le modèle de Doctolib fonctionne très bien par exemple car il a réussi à se développer avec le corps médical."

Si on adopte la bonne démarche, qu'on respecte les avocats et que notre but est de promouvoir un service qui permette un meilleur accès au droit d'une part et aux avocats de se développer d'autre part, les doutes s'estomperont assez rapidement. En pratique, je ne suis encore jamais tombé sur quelqu'un ayant un problème de principe avec notre plateforme car on fait tout pour se conformer aux contraintes de nos avocats partenaires sur le plan déontologique et au-delà et qu'on se développe dans une forme de “partenariat” avec eux.

A.-P. : En tant que non-juriste, ce milieu vous semble-t-il hostile à l'innovation et à la digitalisation ?

R. J. : Honnêtement, pas du tout. Je pense que c'est un peu comme partout, mon expérience à l'international chez L'Oréal en témoigne. Les usages d'internet diffèrent selon les pays, mais à partir du moment où l'on propose une technologie véritablement utile et que le secteur et le public comprennent l'avantage de l'utiliser, il n'y a aucun problème. Tout se joue sur la compréhension de l'utilisation du service. Le modèle de Doctolib fonctionne très bien par exemple car il a réussi à se développer avec le corps médical.

C'est un changement et une question de perception, c'est donc quelque chose qui prend forcément du temps. Ça ne se fait pas du jour au lendemain et c'est tout à fait normal. Certains sont plus enclins à embrasser cette transformation alors que d'autres ne la comprennent pas encore. En tout cas, en tant que non-juriste, je ne constate pas de réticence particulière du côté des avocats.

A.-P. : Savez-vous qu'il existe une association des legaltechs de Station F ? Voudriez-vous y prendre part ?

R. J. : Oui nous avions échangé avec eux avant même d'intégrer Station F. Depuis notre arrivée à Station F en janvier dans le Founders programme, puis dans l'incubateur de Facebook en avril, on a eu une belle accélération niveau clients et avocats sur la plateforme donc on s'est concentré sur notre niveau de services.

Maintenant, c'est quelque chose qu'on a déjà évoqué et nous prendrons part aux manifestations de l'association avec plaisir. à mon avis il y a vraiment quelque chose à faire car le droit est un enjeu considérable pour de nombreuses start-up.




Anne MOREAUX
Journaliste

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