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Jean-Claude Beaujour : Qui contrôle la règle, contrôle l'accès au marché

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Jean-Claude Beaujour : Qui contrôle la règle, contrôle l'accès au marché
© IFEJI

Maître Jean-Claude Beaujour, Secrétaire général de l'Institut des experts juridiques internationaux (IFEJI), nous explique comment il a abordé, sur le terrain, la pratique du droit des affaires international dans une posture de problem solver. Posture l'ayant naturellement porté à accepter avec enthousiasme d'accompagner l'IFEJI sur sa trajectoire, aux côtés de ses administrateurs.

Administrateur de l’Association des barreaux de l’Asie du Pacifique (IPBA), que retirez-vous de cette expérience de terrain ?

Jean-Claude Beaujour : L’Asie du Pacifique s’étend de l’Inde à la Côte ouest des États-Unis, en passant par la Chine avec de formidables relais de promotion de notre expertise juridique française. Ainsi, avec deux autres confrères, nous avons contribué à y porter deux projets de campus, dont un à Hanoï qui disposait déjà d’une Maison du droit. D’où mon investissement aussi, depuis dix ans, à titre d’administrateur dans l’IPBA, la plus importante organisation d’avocats de cette région forte de plus de 2 500 membres. Ses commissions de droit des affaires réfléchissent sur des sujets extrêmement variés. Leurs membres, dotés souvent d’une double formation d’avocat dans leur pays et d’une spécialisation dans une université américaine anglaise, ou d’Europe continentale, travaillent au quotidien avec l’Occident, au sein de cabinets à activité transnationale, confrontés à la nécessité de trouver le bon point d’équilibre juridique dans les négociations. Collaborer avec ces praticiens offre ainsi l’opportunité d’intervenir non pas seulement sur une problématique technique mais d’apporter aussi des solutions concrètes aux difficultés rencontrées, au regard en particulier de la mise en œuvre de règles de droit ou de l’exécution d’une décision de justice qu’il faut savoir contextualiser. On se rend également compte que notre droit offre des solutions à certaines problématiques rencontrées en Asie par les acteurs économiques. Pour autant nous ne parvenons pas toujours à faire valoir les solutions qu’offre notre corpus juridique.

Tout cela me conduit à un constat : nous, français, avons beaucoup moins conscience que d’autres que celui qui contrôle la règle de droit contrôle l’accès au marché. Et c’est là que la promotion de l’expertise juridique française, et son redéploiement, s’avèrent déterminants à l’échelle internationale, et aussi au niveau des intérêts de la France, comme je l’ai exprimé dans mon ouvrage « Et si la France gagnait la bataille de la mondialisation » : elle doit cesser d’être autocentrée sur elle pour se concentrer sur les moyens à déployer afin de se mettre en capacité de tirer profit de la globalisation. Aussi, promouvoir l’expertise juridique française, c’est intégrer une réflexion stratégique à traduire de manière opérationnelle, au service de la stratégie de redéploiement à l’international pour nos entreprises.

Quels enseignements tirez-vous de votre accompagnement d’entreprises dans leur recherche de relais de croissance à l’international ?

J.-C. B. : Les débouchés ont cessé depuis longtemps d’être naturels sur des marchés qui ne sont plus protégés et les entreprises doivent se battre pour gagner leurs parts de marché en adoptant une nouvelle posture, ce qu’elles commencent à faire. Il est en effet impératif qu’elles s’immergent dans le pays ciblé et s’inscrivent dans le temps pour bien connaître son marché et sa culture, qu’elles identifient leurs cibles et les priorisent. On ne s’improvise pas à l’international et le parfait contre-exemple à ne pas suivre, c’est de proposer un produit sans interroger suffisamment au préalable les attentes du prospect. Il faut savoir cultiver le goût de l’interlocuteur qui nous le rendra au centuple, ce qui suppose de prendre le temps de comprendre ses intérêts et son raisonnement.

Et ce qui vaut pour le chef d’entreprise vaut a fortiori pour le juriste qui l’assiste, juriste dont la réelle valeur ajoutée consiste à maîtriser la règle de droit en trouvant le moyen de la mettre en œuvre in concreto sur le terrain. En un mot : trouver la solution, à partir de son ADN qui comporte non pas seulement sa connaissance du droit destiné à fiabiliser le projet mais aussi sa maîtrise, partant de la réflexion économique et politique accompagnant la gestion du projet, pour mesurer et prévenir les impacts, au vu de l’environnement.

 

« L’excellence n’est pas un point figé mais un point vers lequel nous devons tendre en permanence. »

 

Selon vous, anciennement juriste à la Cour suprême de Côte d’Ivoire et encore conseiller des chefs d’État africains, comment l’Afrique peut-elle mobiliser ses ressources et énergies autour d’une stratégie de développement structurée avec l’aide française, publique et privée ?

J.-C. B. : Nous français, n’avions pas peut-être pas nous-même une vision stratégique de ce que nous voulons dans la relation africaine, ce que d’autres pays ont eu en revanche depuis déjà deux décennies ; les Chinois mais aussi les Indiens, sans oublier les Américains depuis peu. Les juristes ont peut-être un rôle essentiel à jouer dans la relation franco-africaine. Il y a encore beaucoup d’amitié et une proximité intellectuelle entre les pays africains et les Français. Il n’est pas trop tard pour que nous réactivions cette relation franco-africaine de manière forte, autour, probablement de quelques grands projets révélateurs de la volonté de soutien de tous les acteurs français, institutionnels et privés. On ne peut d’ailleurs que se féliciter que la France et le Ghana aient signé en mai 2013 un accord de partenariat pour accompagner jusqu’à 2016 celui-ci dans sa phase de transition vers le statut de pays pré-émergent d’ici 2020 avec, déjà à mi-parcours, la mise en œuvre d’actions fortes. Ne perdons pas de vue non plus l’Angola, qui s’est reconstruite après sept années de guerre et se modernise depuis 2002, au point d’offrir aujourd’hui une des croissances africaines des plus dynamiques avec sa manne pétrolière, son potentiel minier et agricole et les investissements repartis depuis 2011 dans les secteurs Eau, Énergie et infrastructures ferroviaires, domaine où la France serait aussi à même de ravir de parts de marché à nos concurrents pour rénover et étendre l’interconnexion du réseau angolais.

Cela d’autant plus que l’expertise juridique française sur le montage des projets d’infrastructures est, de loin, la meilleure au monde, ce à quoi il faut que nous formions et assistions les cadres africains pour leur permettre de s’approprier cette expertise. C’est d’ailleurs là le point fort d’une partie de nos experts de l’IFEJI, l’« Expert Team of International Concession » (ETIC PPP) cofondée par l’IFEJI en 2014 proposant des centres régionaux de formation, dans le cadre du Centre d’Excellence international placé sous l’égide de la Commission économique des Nation unies.

L’excellence… un terme qui ne vous est pas inconnu puisque vous présidez le Cercle de l’Excellence des Outre-Mer : quelle conception vous faites-vous de l’excellence, à titre personnel et pour l’IFEJI ?

J.-C. B. : L’excellence n’est pas un état figé mais un point vers lequel nous devons tendre en permanence. Tout comme l’expertise ne se décrète pas mais se gagne au jour le jour ; elle se renouvelle sans cesse, les experts étant constamment des challengers. L’expertise n’est donc en aucun cas un aboutissement mais une trajectoire et c’est pourquoi notre Institut constitue le lieu privilégié de culture de cette expertise, partant d’une plateforme d’échanges ouverte, sous réserve du respect de notre Charte. Cette notion de l’Expertise juridique au service d’une société plus juste et du développement économique, s’inscrit donc dans le droit fil de l’action de notre présidente fondatrice, Madame le bâtonnier Dominique de La Garanderie.

Propos recueillis par Sophie Belmont

L’Institut des experts juridiques internationaux (IFEJI)

Créé par le barreau de Paris et le ministère des Affaires étrangères en 2002, l’IFEJI, présidé par David Gordon-Krief, vise à valoriser l’expertise juridique française à l’international, sélectionnant et certifiant des experts à partir de la charte déontologique qu’il a édictée. La contribution active de l’Institut, en amont, aux actions du lancement d’appels d’offres et au rayonnement des techniques du droit français les plus compétitives à l’international, fait de celui-ci un relais essentiel du développement économique et démocratique que porte le barreau de Paris.




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