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Que sait-on de la mobilité sociale en France ?

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Que sait-on de la mobilité sociale en France ?
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Clément Dherbécourt, du département Société et Politiques sociales chez France Stratégie vient de publier une note sur les données relatives à la mobilité sociale en France, difficilement accessibles et complexifiant les évolutions temporelles tout comme les comparaisons avec d'autres pays.

En France, mesurer l'évolution des revenus selon les générations n'est pas chose aisée. Tel est le constat d'une étude récente de France Stratégie. La première raison est le manque de données sur plusieurs décennies. Pour autant, le sujet de la mobilité sociale a fait l'objet de nombreux travaux ces dernières années, notamment par l'OCDE.

S'agissant de la France, aucun consensus n'existe sur sa position relative par rapport à d'autres en matière de mobilité intergénérationnelle des revenus. Même les résultas de l'OCDE sont à prendre avec précaution puisque l'Organisation a, dans ses travaux, indiqué que la France recensait une faible mobilité tout en démontrant que les enfants d'origine modeste ont plus de chances d'atteindre un niveau de revenu élevé qu'aux États-Unis et en Allemagne. Une mobilité ascendante des enfants des milieux modestes que les Français sous-estiment significativement.

Qu'est-ce que la mobilité intergénérationnelle ?

La mobilité intergénérationnelle tend à aborder la question de l'inégalité de destin entre des enfants d'origine favorisée ou défavorisée. Tout d'abord, il est nécessaire de rappeler que l'origine sociale n'est pas un facteur déterminant dans le destin individuel puisqu'elle n'explique que 10 % à 20 % de l'écart de revenu entre les individus d'une même génération.

Avec la règle de la mobilité ascendante ou descendante est plutôt la règle, il apparaît, en rassemblant les professions en sept familles à partir de la nomenclature ESeC3, qu'environ deux tiers des Français exercent une activité différente de celle de leurs parents. Or, en s'appuyant sur les six catégories sociales de la nomenclature des PCS, il apparaît que seul un tiers des individus appartiennent à la même catégorie que leurs parents, avec un accroissement de la mobilité professionnelle verticale sur quarante ans.

Toutefois, il est évident que les chances d'accès à un revenu élevé et aux différentes positions sociales varient en moyenne selon l'origine sociale.

Déterminer une méthodologique de mesure de la mobilité intergénérationnelle n'est pas évident. Tout d'abord, il faut choisir de mesurer la situation ou la position des individus au sein de leur génération. L'étude de France Stratégie utilise principalement le revenu individuel comme critère de la mobilité sociale. Il faut ensuite préciser ce qu'on entend par mobilité sociale. Or, deux approches s'affrontent aujourd'hui.

La première mesure l'inégalité des chances en termes de niveau de revenu en calculant l'inertie moyenne des écarts de revenu d'une génération à l'autre et part du principe qu'un pays où l'inégalité de revenus s'accentue d'une génération à l'autre aura une inertie intergénérationnelle plus importante.

La deuxième approche de la mobilité intergénérationnelle, dite par rang, s'intéresse uniquement au lien entre le rang des enfants et des parents se concentre sur la mobilité de position en neutralisant l'effet de l'inégalité de revenu. Elle facilite ainsi la comparaison dans l'espace et dans le temps.

La mesure de l'inégalité des chances prend donc en compte deux dimensions : la mobilité de position, soit la difficulté d'atteindre les différents rangs selon le rang de ses parents, et l'inégalité qui affecte le niveau de revenus associés à chaque rang.

Comparaison avec la mobilité sociale internationale

Plusieurs travaux se sont attelés à comparer la mobilité des revenus entre pères et fils, soit à partir de l'inertie, soit à partir du lien entre rangs de revenus, au niveau international.

Un article de Lefranc et Trannoy de 2005 situait la France dans une position médiane, à 40 %, entre les États-Unis, avec une inertie de 52 % et la Suède, avec une de 28 %.

Un rapport de l'OCDE de 2018 a comparé la situation de 26 pays développés, à partir des données sur les enfants observés à l'âge adulte à la fin des années 2000 et situe la France dans les pays à forte inertie (52 %), tout comme l'Allemagne (53 %), soit un niveau beaucoup plus élevé que la Suède (26 %).

L'OCDE a utilisé sa mesure de l'inertie et des données sur l'inégalité des revenus pour calculer le nombre de générations nécessaires en moyenne à une famille modeste pour rejoindre le revenu moyen. Il faut six générations en France, contre cinq aux États-Unis et quatre et demie pour les pays de l'OCDE en moyenne. Le nombre de générations reste un chiffre théorique qui permet de se représenter la réduction d'un écart de revenus, avec une inertie constante sur le long terme.

Enfin un rapport d'Alesina et al. de 2018 classe la France dans la moyenne des autres pays européens et dans une situation plus favorable que les États-Unis en termes de mobilité positionnelle des enfants originaires du quintile inférieur de revenus.

Il en ressort donc qu'aucun consensus n'est fait sur la position de la France en comparaison avec les autres pays, faute de données suffisamment précises. Il semblerait que l'inertie est plus élevée en France que dans les pays scandinaves. En France, au sein d'une génération, les inégalités de salaires ont plutôt baissé là où elles augmentaient ailleurs. Toutefois, la part de ces inégalités liée aux revenus des parents, autrement dit l'inertie, ne semble pas baisser.

Si la France ne fait pas partie du groupe des bons élèves de la mobilité sociale, formé par les pays scandinaves, il ne peut pour autant en être fait un mauvais élève.




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