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Quand les députés s'intéressent au burn-out

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Quand les députés s'intéressent au burn-out
© AP

Une mission d'information sur le burn-out auditionne des experts pour trouver le remède à ce mal du siècle. Un chercheur a récemment expliqué aux députés attentifs que l'ennui et le désintérêt sont tout aussi néfastes que la surcharge de travail, tandis qu'un psychiatre a insisté sur le fait que le syndrome n'est toujours pas reconnu officiellement comme une maladie.

Constituée le 22 juin dernier par le bureau de la commission des affaires sociales, la mission d'information relative au syndrome d'épuisement professionnel a entamé ses auditions ce mois-ci afin d'étudier les solutions envisageables pour traiter le phénomène de burn-out, pas officiellement reconnu comme maladie, ce qui pose des difficultés pour faire reconnaître ce trouble comme une maladie professionnelle.

Cette mission, présidée par le député Yves Censi (Les Républicains, Aveyron), parfois suppléé par Denys Robiliard (Parti socialiste, Loir-et-Cher) et dont le rapporteur est le député Gérard Sebaoun (Socialiste, écologiste et Républicain, Val-d'Oise), a procédé à l'audition de Philippe Zawieja, chercheur associé au Centre de recherche sur les risques et les crises (CRC) de l'École nationale supérieure des mines de Paris (Mines ParisTech).

Ni psychiatre ni psychologue clinicien, c'est un chercheur « plutôt psychosociologue », selon ce dernier, que les députés ont souhaité interroger.

Ce spécialiste du travail développe une approche d'anthropologie de la fatigue « avec une vision à la fois historique et comparative » afin de prendre de la distance sur le phénomène de burn-out, actuellement très présent dans les esprits.

Philippe Zawieja fait état d'une similitude chronologique entre la période de crise économique (avec le premier choc pétrolier de 1973) et l'émergence du discours sur le burn-out (daté arbitrairement à 1969 avec la première apparition dans l'article du psychanalyste new-yorkais Herbert Freudenberger).

De l'ascension sociale à la survie dans le travail

L'amplification de la crise économique et la chute du communisme ont fait émerger un mouvement de remise en question du capitalisme de plus en plus marqué. « Ce qui portait le capitalisme depuis les Trente Glorieuses, qui était l'engagement du travailleur rétribué par des perspectives matérielles et de carrière – une dynamique professionnelle, voire sociale, plutôt ascendante – est questionné. »

L'équilibre entre l'engagement des individus et ce qu'ils perçoivent du système capitaliste est mis à mal « depuis la chronicisation de la crise et la persistance d'un taux de chômage relativement important », selon cet expert. Il explique ainsi aux députés que cette dynamique a poussé les personnes à passer de stratégies de carrière et de promotion sociale à « des stratégies de survie dans le travail ».

Sans aucun jugement de valeurs et avec un œil de chercheur, Philippe Zawieja explique qu'en même temps, la crise économique a conduit les organisations de travail à modifier leur approche des relations et du dialogue social. Se sont alors développées « des procédures bureaucratiques » dans toutes les fonctions (multiplications des processus, protocoles, évaluations et contrôles de qualité), et la « clientélisation des fonctions ». Cette évolution a été présentée comme l'essence du professionnalisme, tant dans le secteur privé que public.

Les personnes qui n'adhéraient pas à ce mouvement de clientélisation de la relation aux autres ont ainsi été atteintes dans leur propre identité professionnelle.

« Par ailleurs, ce mouvement s'est largement fait au détriment du cœur des métiers, on a vu l'émergence de ce que certains appellent un ‘‘travail sans intérêt'' auquel il ne pouvait y avoir qu'une seule réponse : la perte d'intérêt pour le travail. » Le cercle vicieux s'est alors installé.

Philippe Zawieja explique aux élus que de cette dynamique a émergé le phénomène d'ennui au travail, tout aussi néfaste que la surcharge de travail. Les salariés souffrent aussi « d'un éclatement des lignes hiérarchiques favorisant une sorte d'isolement du salarié dans son organisation de travail ». Le chercheur souligne l'importance de prendre en compte ce phénomène de l'ennui au travail.

De la faillite personnelle à l'épuisement professionnel

Auparavant, les médecins du travail établissaient la différence entre les symptômes de stress et de dépression, et collaient ses diagnostics aux personnes souffrant de mal-être au travail. En outre, la dépression était très stigmatisante, vue comme une marque de faiblesse personnelle, « voire de faillite personnelle », un problème d'adaptation de la personne à la situation.

Aujourd'hui, « le burn-out est défini comme une stratégie d'adaptation, qui se révèle contre productive, que le sujet met en place face à une situation stressante ».

Pour Philippe Zawieja, cette pathologie doit se placer dans la filiation du stress, comme tous les risques psychosociaux, et pas dans celle de la dépression, ce qui est plus facile à porter pour le patient. Le syndrome d'épuisement professionnel substitut au statut de faiblesse de la dépression celui de victime, « ce qui est important dans la vie psychique ».

Parce que le discours social dominant le présente comme cela, il ne donne plus comme responsable de la situation la personne qui souffre, mais son travail. C'est donc un avantage pour guérir « l'énorme faille narcissique » qui se présente chez les personnes en burn-out.

Des députés soucieux de traiter le phénomène

Le rapporteur de la mission d'information relative au syndrome d'épuisement professionnel, Gérard Sebaoun (député du Val-d'Oise), a dialogué avec le chercheur, finissant par lui demander ce qu'il faudrait mettre en place dans cette société en crise pour éviter, autant que faire se peut, que les burn-out se multiplient.

« À ce stade, tant l'individu que l'entreprise, ne peut faire que du palliatif », répond Philippe Zawieja. Il précise toutefois que l'individu doit « se ménager par la protection farouche de ses sphères extraprofessionnelles ».

Denys Robiliard (député du Loir-et-Cher, ancien président d'Amnesty International France) s'est, quant à lui, interrogé sur la corrélation entre l'apparition du terme burn-out en 1969 et la crise économique des années 1970 « coïncidence n'est pas nécessairement corrélation » et n'a pas semblé convaincu par la théorie du désintérêt pour le travail induit par la crise.

Les députés n'étaient pas avares de questions, après avoir auditionné quelques jours avant les représentants des associations dédiées aux personnes souffrant d'épuisement professionnel, telles que la présidente de l'Association France burn-out (AFBO), Léa Riposa, ou la présidente de l'Association stop burn-out, Margareth Barcouda, et des experts médicaux, comme la psychologue, spécialiste de la souffrance au travail, Claire Lasry, et la psychanalyste Marie Pezé, docteur en psychologie et initiatrice de la première consultation « Souffrance au travail » au centre d'accueil et de soins hospitaliers de Nanterre.

D'ailleurs, l'audition du docteur Patrick Légeron, psychiatre, fondateur de Stimulus et co-auteur du rapport sur le burn-out présenté devant l'Académie nationale de médecine en février 2016 (voir encadré) - qui a souligné que le burn-out n'est pas une maladie officielle - semble avoir fait sont effet sur les députés.

En effet, le burn-out ne figure pas dans les deux grandes classifications mondiales officielles de la science psychiatrique (OMS et DSM). Cela pose problème pour ce spécialiste car « pourtant le syndrome existe », mais il est « à la frontière entre la détresse psychologique et la pathologie ».

En phase avec l'analyse du chercheur Philippe Zawieja, pour ce psychiatre « il ne fait aujourd'hui aucun doute qu'une certaine évolution des environnements de travail est absolument délétère et néfaste pour la santé mentale ».

De fait, les facteurs étiologiques des risques psychosociaux (exigences du travail, exigences émotionnelles, manque d'autonomie, manque de soutien social et de reconnaissance, conflits de valeur, insécurité de l'emploi et du travail…) se multiplient.

La mission d'information s'est fixé pour objectifs de mieux cerner le phénomène d'épuisement professionnel (état des lieux, intervenants, reconnaissance, prise en charge, réparation…) et de formuler des propositions d'amélioration de la situation.

À cet effet, elle poursuivra ses auditions au cours de l'été, puis de l'automne, en interrogeant d'autres chercheurs, praticiens, et acteurs de terrain (membres d'associations représentatives de victimes, grandes entreprises, administrations) afin de rendre un rapport dans le courant du mois de décembre.

Lever le voile sur le burn-out

Résumé des recommandations du rapport sur le burn-out remis à l'Académie nationale de médecine le 16 février 2016 par Jean-Pierre Olié et Patrick Légeron au nom d'un groupe de travail des Commissions V (Psychiatrie et santé mentale).

1. Attention à l'usage extensif du burn-out qui renvoie à une réalité mal définie : d'un état de détresse (ou fatigue) psychologique à un état pathologique de syndrome d'inadaptation à un facteur stressant chronique. Il ne peut donc être actuellement un diagnostic médical.

2. Les organismes en charge de la recherche médicale doivent établir les critères cliniques, identifier les mécanismes physio et psychopathologiques et, en conséquence, les modalités préventives et thérapeutiques du burn-out.

3. Il faut l'intégrer dans les programmes de formation des étudiants en médecine et de développement professionnel continu des professionnels de santé.

4. Une collaboration entre médecine du travail et management de l'entreprise doit être institutionnalisée dans une démarche préventive.

5. Créer une structure capable de faciliter la coopération entre les ministères du Travail et de la Santé, à l'instar de ce qui existe pour d'autres questions de santé et de sécurité publique (toxicomanie, sécurité routière), serait utile. Le ministère de la Santé doit urgemment développer des campagnes d'information sur la santé mentale.




Anne MOREAUX
Journaliste

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