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Quand le Medef promeut la transition écologique

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Quand le Medef promeut la transition écologique
© Medef - « Même si notre business model ne produit pas de CO2, nos externalités le font donc on est tous concernés », a déclaré Geoffroy Roux de Bézieux en ouverture de la REF Transition écologique.

Dans le sens du vent, le grand syndicat patronal a placé son dernier rendez-vous thématique sous le signe de l'environnement. « La crise du Covid ne doit pas nous faire oublier le bien commun qu'est la planète, ce sujet n'a pas disparu et reste toujours aussi important », a rappelé Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, en ouverture de ‘La REF Transition écologique' avant de souligner l'engagement des entreprises françaises en la matière et de promouvoir la taxe carbone et le reporting financier environnemental.

« Même si notre business model ne produit pas de CO2, nos externalités le font donc on est tous concernés », déclare Geoffroy Roux de Bézieux en invitant toutes les entreprises à s'investir pour relever le défi de la transition écologique. Un sujet pressant que le Medef souhaite mettre en lumière à travers ces 4 heures de débat accessibles en rediffusion, afin qu'il ne soit pas mis de côté sous prétexte de la crise sanitaire.

Alors que le projet de loi « Climat et Résilience » est en discussion au Parlement, que les Etats-Unis ont réaffirmé leur retour dans l'Accord de Paris sur le Climat et, qu'en novembre prochain devrait se tenir à Glasgow la COP 26 avec l'urgente nécessité d'obtenir des engagements concrets pour la planète, les dirigeants d'entreprises se doivent d'être au rendez-vous.

« Le maître des horloges est le réchauffement climatique donc on n'a pas le choix il faut aller vite », alerte le président du Medef.

Un challenge collectif

« On a besoin d'agir ensemble », souligne Geoffroy Roux de Bézieux qui met en avant le rôle du Medef pour « mettre autour de la table des intervenants qui ne communiquent pas forcément ensemble ». Il en profite d'ailleurs pour rappeler la raison d'être du syndicat inscrite sur ces murs : « agir ensemble pour une croissance responsable ».

« Peut-on avoir un effet sur la transition énergétique ? Je pense qu'il faut s'intéresser à ce ‘on' et que la réponse est oui, car transiger aujourd'hui c'est nous condamner », lance le jeune Nathan Méténier, porte-parole de Youth and Environment Europe et conseiller climat auprès de l'ONU, qui considère que les entreprises sont responsables de la situation actuelle et invite les patrons à repenser leur modèle économique et ouvrir le dialogue social.

« Ce n'est pas un bras de fer mais l'intérêt de tous », confirme Philipp Hildebrand, vice-président de BlackRock, un des grands témoins de ce rendez-vous.

A la direction du plus important gestionnaire d'actifs au monde, ce financier se sent responsable. « Aujourd'hui le risque de la transition énergétique est un risque d'investissement donc c'est notre responsabilité. Si nous ignorons ces risques nous allons produire des pertes pour l'avenir. Je suis réellement convaincu qu'on est au début d'une réallocation du capital vers la durabilité », confie-t-il.

« Cette transition est dans l'intérêt économique et social des entreprises et est porteuses de nombreuses opportunités », considère aussi le Commissaire européen en charge de l'environnement, des océans et de la pêche, Virginijus Sinkevičius (photo ci-contre), dont l'intervention optimiste et dynamique compare cette transition à la révolution digitale et espère que les objectifs seront atteints en 2050.

Nécessité de fixer des objectifs ambitieux

« Ce qui est important est la stabilité du calendrier. Il est nécessaire de fixer des objectifs ambitieux et ensuite qu'une loi ne change pas ce qui a été fait l'année d'avant », considère le président du Medef qui cite l'action des Suédois en exemple car ils n'ont jamais changé d'objectif sur le prix de la tonne de carbone, ce que le législateur français n'a pas su faire. « Le défaut de la régulation à la française est d'empiler les lois », dénonce-t-il.

« Le résultat est très clair ce sont les émissions mondiales de gaz à effet de serre qui nuisent à l'environnement. Le plus tôt on atteindra la neutralité carbone le plus bas sera le niveau de réchauffement à la surface de la terre », annonce Valérie Masson-Delmotte, chercheuse en climatologie membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

« Il est possible de faire tout ce que nous faisons aujourd'hui d'une manière différente donc le plus important est de changer nos habitudes. C'est possible car les technologies existent ! », se réjouit Jean-Pascal Tricoire, PDG Schneider Electric, tout à fait conscient de l'urgence de la situation et de la capacité des entreprises à faire évoluer leur business modèles. « Il faut plutôt viser 2030. Il ne faut pas retarder nos ambitions car toutes ces décisions qu'on tarde à prendre aujourd'hui pèseront sur notre futur », ajoute ce dernier en précisant que même la Chine a décidé d'arriver à son pic d'émissions carbone en 2030.

Soutien de la ministre de l'Ecologie

Parmi les temps forts qui ont émaillé ce rendez-vous qui s'est déroulé en direct le 15 avril dernier, on note l'intervention de la ministre de la Transition Ecologique. « Les entreprises sont des partenaires de la lutte contre le réchauffement climatique car c'est grâce à elles qu'on trouve des solutions », a déclaré solennellement Barbara Pompili avant de présenter la loi Climat.

« Cette loi est là pour donner des caps, des impulsions, et apporte des solutions au plus près des territoires et du local, en adéquation avec ce qui se passe sur le terrain, et mettre tout le monde sur la ligne de départ et puisse remporter cet énorme défi », annonce la ministre de l'Ecologie.

« Les entreprises qui prennent le chemin de la transition écologique sont celles qui vivront demain. On sait que dans une transition il y a des gagnants et des perdants, ce n'est pas pour ça qu'on va laisser les gens sur le carreau », précise-t-elle en évoquant la fermeture des centrales à charbon, comme au Havre où l'Etat a beaucoup aidé à l'investissement sur l'éolien offshore pour relancer le territoire et créer de nouveaux emplois.

Après avoir rappelé que le plan de relance contient 100 milliards d'euros afin de booster la « décarbonation des entreprises », la ministre a salué la prise de conscience des acteurs économiques en citant l'étude récente menée par Bpifrance selon laquelle 80 % des dirigeants sont convaincus du besoin de conduire cette transition écologique.

Si elle se dit pour les engagements volontaires, elle promeut aussi le passage de contrats avec l'Etat. Comme exemple d'initiatives privées, la ministre cite l'industrie agroalimentaire qui s'est engagée à ne plus diffuser de publicité lors des programmes pour enfants, ou encore les industriels automobiles qui ne communiqueront que sur leurs modèles hybrides ou électriques alors qu'ils ne représentent pour le moment qu'une petite partie de leur flotte.

« On a besoin de faire des partenariats avec des projets et des entreprises européennes, l'international c'est très important ! », souligne enfin la ministre.

« Les efforts ne doivent pas être cassés par la concurrence où il n'y a pas les mêmes contraintes. Les Etats-Unis et la Chine sont aussi en train d'y réfléchir et de réagir », ajoute-elle avant de promouvoir la taxe carbone comme l'un des enjeux de la présidence française de l'UE. « Si on ne fait pas plus attention à la biodiversité on aura davantage de crises sérieuses comme celle de la Covid », en conclue la ministre.

« On doit absolument avoir une sorte d'assemblée du temps long notamment pour permettre aux entreprises d'avoir une visibilité et la possibilité d'avancer plus sereinement », déclare quant à elle Sandrine Rousseau, candidate à la primaire écologiste, qui considère la comptabilité carbone à l'international et l'augmentation des investissements dans l'écologie déterminants.

Geoffroy Roux de Bézieux estime aussi « indispensable » qu'il y ai une norme comptable européenne en matière de reporting financier environnemental. « C'est pour ça qu'on soutien depuis mon arrivé au Medef la taxe carbone », explique ce dernier qui considère que ce n'est pas un retour à la guerre commerciale aux frontières mais « une protection du business et des emplois européens ».

Ne pas sacrifier les « vieilles industries »

L'ancien président de l'assemblée nationale Bernard Accoyer était aussi grand témoin de l'événement en tant que président de l'association Patrimoine nucléaire et Climat. Il a ainsi fait la promotion du nucléaire et la plaidoirie que « la transition écologique ne se fera pas sans ce secteur essentiel ». Un constat partagé par de nombreux acteurs, dont le GIEC. Il défend que la France a « l'autorité de sûreté nucléaire la plus sévère au monde » et une grande culture scientifique et d'innovation technologique en la matière.

A l'heure actuelle, le projet des premiers actes délégués sur la taxonomie carbone n'inclut pas le nucléaire mais le Président Macron et certains autres ont écrit à la présidente de l'UE pour l'inclure. Toutefois, Bernard Accoyer regrette l'hégémonie du lobby gazier contre celui du nucléaire en Europe.

« On parle souvent des emplois verts mais il y a aussi le verdissement des emplois, il ne faut donc pas tirer un trait sur les vielles industries », considère aussi Geoffroy Roux de Bézieux en prenant l'exemple de la transition des cimentiers français qui savent aujourd'hui produire du ciment en polluant moins.

« C'est aussi une question d'améliorations et pas forcément d'arrêts et de choses radicales. L'enjeu est que les entreprises qui ont agi et réussi puissent partager leurs expériences », confirme Valérie Masson-Delmotte du GIEC en évoquant la disponibilité d'un ensemble de solutions et de leviers d'actions des entreprises, des collectivités et des Etats.

« Quand le Covid frappe notre société, dès le lendemain on réalise qu'on est capable de changer notre organisation, donc quand on veut on peut », estime le PDG Schneider Electric pour qui les stratégies alignées avec le développement durables sont aujourd'hui plus performantes que les autres, et qui fait partie du réseau international Global Contact qui milite pour la cause de la résolution du changement climatique.

Enfin, cette transition ne se déroulera que « si tout le monde monte à bord » et que le secteur de l'industrie participe selon Virginijus Sinkevičius, le Commissaire européen en charge de l'environnement.




Anne MOREAUX
Journaliste

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