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Pourquoi l'économie francilienne tarde-t-elle à redémarrer ?

Mickaël Le Priol, économiste chargé d'études au CROCIS (Centre régional d'observation du commerce, de l'industrie et des services), auteur du Tableau de bord économique d'Ile-de-France, nous a livré son ressenti sur la conjoncture qui n'est « pas en pleine santé, mais en phase de rétablissement ».
Pourquoi l'économie francilienne tarde-t-elle à redémarrer ?

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Affiches Parisiennes : comment se porte l’économie francilienne ?
Mickaël Le Priol : elle se porte mieux ! C’est déjà une bonne chose après 7 ans de difficultés économiques. En l’occurrence, si on regarde l’évolution de l’emploi en Ile-de-France, la Région arrive à en créer ce qui est une très bonne chose, alors qu’au niveau français l’emploi salarié continue de baisser. Si on considère les indicateurs macro-économiques, la région francilienne semble mieux orientée que le reste de la France.

Affiches Parisiennes : alors pourquoi ne semble-t-elle pas redémarrer comme celle de l’Hexagone ?
M.LP. : le problème c’est que cela à du mal à se matérialiser au niveau sectoriel. Du coup, la reprise ne se perçoit pas encore. Que ce soit dans les services, le commerce ou l’industrie, il n’y a pas d’enthousiasme des chefs d’entreprise, ni une inversion du taux de chômage et des facteurs marquants de croissance.

Affiches Parisiennes : l’Insee attend une croissance annuelle de +1,2 % pour 2015, à quand la reprise économique en Ile-de-France et la baisse du chômage qui culmine à 672 340 chômeurs de catégorie A cet été, soit environ 10 % des actifs ?
M.LP. : nous n’avons pas de PIB trimestriel au niveau régional, donc je ne peux pas vous dire si l’Ile-de-France a eu de meilleurs ou de moins bons chiffres qu’au niveau national. Cependant, sur les informations qu’on a, la reprise ne se perçoit pas encore. Le tourisme, un secteur fort de la région, n’est pas en grandes difficultés, mais disons que la tendance est à la stagnation. La hausse constante des arrivées de touristes dans les aéroports parisiens s’est arrêtée, le nombre de nuitées dans les hôtels est très variable… ça manque de vigueur. Idem pour le secteur de la construction. Même si au niveau national nous avons eu un bon résultat en terme de PIB, pour parler de véritable reprise il en faut plus ! On sent que l’Ile-de-France est encore dans l’attente d’un vrai redémarrage.

Affiches Parisiennes : quels sont selon vous les indicateurs de reprise ?
M.LP. : la consommation des ménages en premier lieu, parce qu’on a beaucoup parlé de l’inflation trop faible en début d’année qui a créé une bouffée d’oxygène pour les consommateurs. En second lieu, il y a la baisse de l’euro. Même s’il a perdu de la valeur pour des raisons négatives, ça lui a permis de se rapprocher des autres devises et donc de faire bénéficier les entreprises de facilités à l’export. Je pense notamment aux bons résultats du secteur automobile, qui a gagné en compétitivité par rapport aux concurrents, grâce à la baisse de l’euro.

Affiches Parisiennes : quels sont, au contraire, les indicateurs les plus alarmants ?
M.LP. : Évidemment, le premier est le taux de chômage. Les défaillances d’entreprises sont aussi préoccupantes. Le bon côté, c’est qu’en Ile-de-France elles sont moins orientées à la hausse qu’au niveau national. Mais depuis quelques mois il y a, malgré tout, une petite montée qui montre que les entreprises n’arrivent pas à reconstituer leur marge, à être en position de pouvoir emprunter pour augmenter leur activité, etc. Finalement, au bout de 7 ans de crise il y a encore quelques entreprises qui souffrent et finissent par déposer le bilan. Par ailleurs, la baisse des prix du logement est plutôt un facteur négatif car il prouve qu’il y a un déficit de demande, donc moins d’acheteurs. C’est paradoxal parce qu’on est dans des conditions extrêmement favorables avec des taux de crédits historiquement bas. Après, c’est vrai que tout est relatif sur le secteur de l’immobilier. Toutefois, il montre bien qu’il y a une baisse dans la capacité de consommation des ménages.

Affiches Parisiennes : pensez-vous que la crise grecque aura un impact sur l’économie francilienne ?
M.LP.
: Nous avons passé le cap le plus délicat, car le défaut de paiement de la Grèce aurait pu entraîner une remise en cause de la zone euro. La dette grecque, et celles des autres - sachant que nous ne sommes pas extrêmement confiants dans la dette française - influent sur le climat économique. Même si ce n’est pas un scénario très probable, cela pourrait se terminer en catastrophe, et c’est malgré tout une possibilité qui joue sur le contexte économique et la confiance des acteurs.

Propos recueillis par Anne Moreaux

Lire le Tableau de bord économique de l’Ile-de-France du 1er trimestre 2015

Alors que la croissance française a retrouvé du tonus début 2015, l’économie francilienne n’a pas montré de signes d’amélioration significative au premier trimestre 2015. Au contraire, le nombre de défaillances d’entreprise dans la région est reparti en légère hausse après la pause observée fin 2014. De même, la baisse des prix de l’immobilier a continué et son ampleur a atteint 5,2 % depuis le dernier point haut de fin 2011. Parallèlement, même si elle s’est légèrement redressée début 2015, l’activité hôtelière a continué à être à la peine. Dans ce contexte toujours aussi peu porteur, le nombre de demandeurs d’emploi franciliens (catégorie A) a continué à augmenter et a dépassé les 664 000 en mars, soit 71,6 % de plus qu’avant-crise.

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