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PRESIDENTIELLE 2022

Valérie Pécresse : la « mère des réformes » est celle de l’Etat

Le mouvement Ethic reçoit, dans le cadre de l’élection présidentielle, l’ensemble des principaux candidats. Après Éric Zemmour et Marine Le Pen, c’est Valérie Pécresse qui a présenté son programme économique au Cercle de l’Union Interalliée.
Valérie Pécresse : la « mère des réformes » est celle de l’Etat
© AP - Valérie Pécresse

EntrepriseVie des entreprises Publié le , Quentin Clauzon

Comment alléger le carcan qui empêche le pays de se développer ? Comment faire en sorte que l’Etat fasse confiance aux entreprises ? Voici les questions sur lesquelles les patrons d’Ethic (Entreprises de taille humaine indépendantes et de croissance) ont principalement souhaité entendre Valérie Pécresse, à l’occasion de la présentation de son programme économique.

« Le Président la République a parlé d'Etat profond. C'est quelque chose que nous vivons tous les jours et il a dit lui-même qu'il n'arrivait pas à défaire cet État profond. Comment allez-vous faire pour lutter contre, concrètement ? Ce dont nous avons besoin, c’est qu’on nous fasse confiance », a lancé Sophie de Menthon, présidente d’Ethic, pour lancer l’intervention de la candidate à l’élection présidentielle.

Reconnaissant le travail entamé par Emmanuel Macron au début de son mandat, avec notamment l’instauration de la flat tax (le prélèvement forfaitaire unique) sur les dividendes, la fin de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), et la loi Travail (avec l’assouplissement du droit du travail), Valérie Pécresse s’est montrée plus critique sur la suite du quinquennat du président sortant. « Après cette période Macron I, si je puis dire, nous avons vu arriver une période durant laquelle les décisions prises ont aggravé la tatillonnerie administrative et les entraves aux libertés notamment entrepreneuriales », a-t-elle pointé, estimant qu’il ne suffisait pas de réaliser des baisses d’impôts, qui sont gagées sur les déficits, et de déplorer la complexité de l’Etat profond.

« Il faut faire des réformes, et moi, je suis une réformatrice, c’est mon ADN », a assuré la candidate, qui en veut pour preuve les réformes qu’elle a conduites en tant que ministre de l’Enseignement supérieur, sur l’autonomie des universités, puis en tant que ministre du Budget, au moment de la crise des dettes souveraines. Son travail à l’échelon régional serait également le témoin de sa capacité à réformer. « Lorsque je suis arrivée, je n’avais pas de marge de manœuvre financière. Or, j'avais des transports en capilotade, des lycées en capilotade, vétustes, en ruine, pas de transition écologique, pas de transition numérique. Donc qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai fermé les structures, j'ai débureaucratisé, j'ai récupéré l'argent et les marges de manœuvre nécessaires ».

© AP - Sophie de Menthon, présidente d'Ethic.

La réforme de l’Etat, mère des réformes

« Débureaucratiser », c’est justement l’idée forte du programme de la candidate, qui souhaite récupérer des marges de manœuvre financière pour pouvoir permettre aux entreprises d'être plus compétitives et au pays de réinvestir dans l'avenir.

« Moi, je crois aujourd'hui que le sujet de la réindustrialisation est totalement devant nous. C'est un sujet qui va nécessiter qu'on fasse des réformes puissantes. Je pense que la réforme de l'Etat est la mère des réformes », a affirmé Valérie Pécresse. En effet, c’est elle qui permettra de « débureaucratiser le pays et de rendre les services publics plus efficaces ». Les trois priorités de la candidate en matière de service public, justement ? Protéger, éduquer, et soigner. « Protéger c'est notre justice. Éduquer, c'est notre école qui est devenue la plus inégalitaire d'Europe. Je recréerai 50 000 postes dans ces trois fonctions, mais pour faire ça, j'ai besoin d'en supprimer ailleurs ». La candidate prévoit, au total, de supprimer 200 000 postes, notamment en mettant fin à la sur-administration.

« Il faut que l'Etat lâche prise. Moi, je veux vraiment engager le mouvement de décentralisation le plus puissant depuis les Lois Defferre. On va inverser la pyramide et on va donner les compétences en local aux régions, aux départements, aux villes », a-t-elle précisé, indiquant vouloir arrêter les doublons ou les triplons.

Interrogée très concrètement par Sophie de Menthon sur la participation des milieux économiques à la mise en place de sa politique, la présidente de la Région a indiqué qu’elle souhaitait procéder via la concertation. « Je vais demander à toutes les branches professionnelles de me faire remonter les normes qui les empêchent d’agir. Pourquoi le coût de la construction est 20 % plus cher en France qu’ailleurs ? Pourquoi met-on six mois, un an, de plus, à construire qu’ailleurs ? ». Elle l’a assuré, sa présidence sera celle du dialogue social.

Mais pour « débureaucratiser », Valérie Pécresse propose surtout de dénormer, de recodifier. « Et en revanche, les députés, je les mettrais à contrôler l'usage de l'argent public et l'action des ministres. Et ça changera tout pour vous », a-t-elle ajouté.

Un « scoop » sur les impôts de production

Sur la question prégnante de la préservation de la compétitivité des entreprises, Valérie Pécresse a réservé un « scoop » à Ethic en annonçant une baisse des impôts de production de l’ordre de 10 milliards d’euros. Concrètement, il est prévu une suppression de la C3S (contribution sociale de solidarité des sociétés) et du forfait social (pour encourager l’actionnariat salarié), ainsi que la fin des cotisations sur l’attribution gratuite d’actions. La candidate n’a pas souhaité passer par une baisse de la CVAE (contribution sur la valeur ajoutée des entreprises) ou la CFE (cotisation foncière des entreprises), estimant que cela posait la question de l’indépendance des collectivités locales, qui finiront par recréer des impôts ailleurs.

« Je veux allier ce renforcement de la compétitivité à la hausse des salaires. Dans cette période post-Covid, y a un vrai désinvestissement mondial vis-à-vis du travail. Le sujet, ça va être de faire revenir les salariés et de les remotiver pour qu'ils travaillent », a expliqué Valérie Pécresse, qui souhaite augmenter les salaires nets de 10 % sur l’ensemble du quinquennat. « Avec les hausses des prix de l’essence, c'est vrai que les salariés qui sont au SMIC et qui habitent à 40 kilomètres de leur entreprise souffrent énormément », a-t-elle ajouté, assurant qu’il s’agissait d’un sujet absolument majeur.

« Nous, nous rêverions d'augmenter les salaires, mais il faut réunir certaines conditions, ce n'est pas à l'Etat de le faire », l’a ensuite interpellée Sophie de Menthon. « Mais je vais vous aider à le faire, baissant les cotisations retraites de 2,4 points », a répondu la candidate. Valérie Pécresse souhaite par ailleurs supprimer les 35 heures et laisser la négociation du temps de travail aux branches ou à l’entreprise. S’il n’y a pas d’accord, la durée légale serait de 39 heures (payées 39 heures).

Des réformes d’économies seront donc parallèlement nécessaires, avec notamment la réforme des retraites, de l’assurance chômage (qu’il faudra approfondir), à côté de celle de l’Etat citée précédemment. « Je suis la seule candidate aujourd'hui à proposer deux fois plus d'économies que de dépenses », a souligné Valérie Pécresse. Grâce à ces économies, la candidate envisage de recréer des postes (concernant les services publics évoqués plus haut), de « mieux payer un certain nombre de fonctions publiques » et de baisser les charges et les impôts.

Suite à la question d’un entrepreneur d’Ethic relative à la possibilité de privatiser certains secteurs, Valérie Pécresse s’est dite totalement favorable aux délégations de service public au privé, lorsque c’est pertinent toutefois. « A l’heure du numérique, nous avons une série d’entreprises qui peuvent nous aider à avoir un service public de beaucoup plus grande qualité. Cela fait partie de la débureaucratisation », a-t-elle expliqué.

Sophie de Menthon l’a rappelé en conclusion des échanges, l’essentiel, en tout état de cause, est que les mesures soient prises le plus vite possible après les élections, afin de libérer l’entreprise. Et la présidente d’Ethic de conclure : « Nous voulons prendre notre place dans ce pays, pour le faire réussir. Il faut que l’on nous fasse confiance ».

© AP - Éric Ciotti

Eric Ciotti en renfort

« La place des entreprises est majeure. Tout repose sur vous ». Absente une bonne partie du rendez-vous, la candidate a laissé son conseiller Eric Ciotti réaliser la première partie de ce « show » devant les patrons d’Ethic. Spécialiste des questions de sécurité, le député des Alpes-Maritimes s’est penché sur la partie régalienne du programme de la candidate. « Dans les années 60, l'État régalien, les dépenses consacrées à l'armée, à la Justice, à la Police, aux Affaires étrangères, à la Représentation diplomatique représentaient 6 % de la richesse nationale. Aujourd'hui, c'est à peine 1,6 % pour la sécurité et la justice et c'est un peu moins de 2 % pour la Défense nationale. Donc, vous voyez, l'État régalien a été divisé par deux, là où l'État social a vu sa part dans la richesse nationale doubler », a-t-il détaillé, insistant lui aussi sur la nécessité de réformer et de baisser la dépense publique.

L’élu est également revenu sur la question de la création d’une banque pour les jeunes suite à une question de Sophie de Menthon. « Si ces jeunes réussissent leurs examens, ils rembourseront. Dans le cas inverse, ils ne rembourseront pas. Donner cela comme exemple, c’est quelque chose qui me choque profondément », a-t-elle lancé. Selon Eric Ciotti, c’est la moindre efficacité des services publics, et notamment du système éducatif, dont ont souffert les jeunes durant leur scolarité, qui doit être réparée par la création de ce dispositif. Cette aide à l’insertion permettrait de les accompagner, et ferait office d’une « corde de rappel » pour pouvoir investir, s’insérer dans la vie professionnelle, et prendre des risques.

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