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Pollution plastique : le rapport parlementaire « qui va faire date »

« Remarquable par son ampleur », selon le député Cédric Villani, qui a salué la tenue des 139 auditions par ses rapporteurs, ce document dresse un tableau sombre de la pollution plastique.
Pollution plastique : le rapport parlementaire « qui va faire date »
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Le constat est édifiant. « En moins de cent ans, le plastique est devenu le troisième matériau le plus fabriqué au monde, après le ciment et l'acier. Quelque 359 millions de tonnes ont été produites en 2018, et même 438 millions de tonnes si l'on tient compte des plastiques présents dans les textiles et les caoutchoucs synthétiques. Cette production devrait doubler d'ici 2050 ».

A l'origine de ce rapport intitulé “Pollution plastique : une bombe à retardement ?”, l'office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), un organe bicaméral, véritable « point de contact entre politiques et scientifiques en amont des discussions parlementaires ». Menés de manière transpartisane, comme l'usage le commande, par un député de la majorité, Philippe Bolo (Maine-et-Loire) et une sénatrice de l'opposition, Angèle Préville (Lot), les travaux ont été conduits du 11 septembre 2019 au 17 juillet 2020 auprès du monde économique, de la recherche, d'association et de collectivités locales notamment. « Ce rapport s'occupe de tous les aspects de la pollution plastique et nous permet de changer de regard. Premier document de cette ampleur en France, il a vocation à faire date sur le sujet de la pollution plastique », souligne Cédric Villani, qui ajoute que ses conclusions auront vocation à donner du grain à moudre pour préparer les débats parlementaires à venir.

Ce matériau récent est en effet devenu omniprésent jusqu'à conquérir bien des compartiments de vie. Il est constitué d'un ou plusieurs polymères auxquels sont ajoutés des charges (pour réduire le coût ou améliorer les propriétés), des plastifiants et des additifs (colorants, anti-oxydants, etc.).

Ainsi, pour des plastiques de même nature chimique, il existe des centaines, voire des milliers de formulations différentes. Deux grandes catégories existent, les thermoplastiques, malléables sous l'effet de la chaleur (80 % de la consommation) et les thermodurcissables qui ne peuvent pas être refondus et ne sont donc pas recyclables. Ces matières sont fabriquées à partir d'hydrocarbures
(99 % des plastiques) ou de biomasse. « Souplesse, stabilité, faible coût de fabrication... Les atouts du plastique en font une matière très prisée par les industriels, de sorte qu'aujourd'hui les plastiques se sont imposés et imprègnent nos modes de consommation », explique la sénatrice Angèle Préville.

« Conçu à l'origine pour être utilisé comme un matériau résistant et de longue durée, le plastique est paradoxalement de plus en plus destiné à des usages uniques et de courte durée. Il y a eu une dérive », pointe-t-elle. La croissance de la production est tirée par l'essor du secteur de l'emballage (36 % de part de marché au niveau mondial), de sorte que chaque année, 81 % des plastiques mis en circulation sont transformés en déchets au terme d'une année seulement.

Trois types de pollution

Entre 1950 et 2015, les déchets visibles, dits macroplastiques (car leur taille est supérieure à 5 millimètres) ont été à 79 % (soit 4,6 milliards de tonnes) mis en décharge ou jetés directement dans l'environnement. Quelque 12 % ont été incinérés et 9 % ont été recyclés. Parallèlement, selon une autre étude, 72 % des emballages plastiques ne seraient pas collectés de manière efficace au niveau mondial et finiraient dans l'environnement (soit 114 millions de tonnes en 2018).

Si les pays en voie de développement sont particulièrement concernés, les pays développés ne sont pas en reste. « Des déchets sont mal gérés, les systèmes de collecte sont perfectibles. Par exemple, sur le sujet de la restauration hors foyer, c'est-à-dire en mobilité, il n'est pas toujours évident trouver poubelle qui va bien après son déjeuner », explique Philippe Bolo, rappelant que certaines mauvaises habitudes, comme les décharges sauvages, ont la vie dure.

Et ce, sans oublier les exportations de déchets des pays développés vers les pays sans installations de traitement performantes, qui constituent également une source considérable de pollution plastique importée. Avant que la Chine interdise ces importations,
12 % du total de ses déchets plastiques étaient importés du reste du monde, pointent également les rapporteurs.

A côté de ces macroplastiques, une pollution plus insidieuse menace, celle des microplastiques. Abandonnés dans l'environnement, ces derniers se dégradent progressivement, notamment dans l'eau, sous l'effet des rayons UV, de l'oxygène et de l'eau, parfois avant même d'être rejetés dans la mer. L'érosions des pneus serait également responsable de la libération de 5,86 millions de tonnes de particule. « Un pneu usé pèse deux kilos de moins qu'un pneu neuf », rappelle Angèle Préville, qui tient également à alerter sur le relargage de fibres textiles issues essentiellement des vêtements polaires, qui se retrouvent dans l'air.

m) sont également libérés au fur et à mesure que la matière s'érode. « De pollution visible, la pollution plastique devient ainsi invisible », écrivent les rapporteurs, qui s'inquiète des potentiels effets de cette pollution mal connue sur la santé. Ces particules peuvent en effet franchir la barrière cellulaire et la recherche sur le sujet n'en est qu'à ses balbutiements. D'autant que leur nombre pourrait être considérable, selon les parlementaires, c'est-à-dire encore plus important que celui des macroplastiques et des microplastiques.

Des dégâts non négligeables

Le Programme des Nations unies pour l'environnement estime qu'à l'échelle mondiale, les dommages annuels causés aux environnements marins atteignent huit milliards de dollars. Les secteurs les plus impactés sont ceux de la pêche, du tourisme et du transport maritime. A côté, l'impact de la biodiversité ne doit pas être réduits aux images d'animaux marins étranglés par des filets.

Libération de perturbateurs endocriniens, effets toxicologiques sur des organismes vivant dans l'eau (sur la physiologie, le métabolisme, la reproduction et le comportement), effets sur les micro-organismes (les plastiques sont aussi des vecteurs d'espèces invasives ou pathogènes) ... Eu égard aux prévisions de croissance de la production de plastiques dans les prochaines décennies et à ses effets délétères, il est, selon les rapporteurs, « urgent de faire jouer le principe de précaution et de prendre dès maintenant des mesures adaptées pour lutter contre les fuites de plastiques dans l'environnement ».

Parmi les mesures citées par Angèle Préville, on retiendra l'importance de sensibiliser, d'impliquer les citoyens, notamment à travers l'intégration d'un parcours scolaire comprenant au moins une opération de ramassage de pollution plastique. La sénatrice propose également de rendre obligatoire, par voie d'étiquetage, une mention pour tous les textiles fabriqués à base de fibre plastique. « On en détecte partout, du mont Everest, jusqu'en haut des Pyrénées », s'inquiète-t-elle. Les plastiques présents dans la peinture, les cosmétiques et les détergents pourraient par ailleurs être reconnus comme des polluants organiques persistants, puisqu'ils restent des centaines d'années dans l'environnement et vont régulièrement larguer des polluants qu'ils contiennent. Pour rendre le recyclage plus efficient, l'Etat pourrait également imposer plus de transparence sur les additifs (les formules chimiques sont secrètes et empêchent un recyclage efficace).

Mais pour le député Philippe Bolo, le fait de pointer du doigt l'excès de pollution plastique ne doit pas pour autant conduire à du « plastique bashing ». « Certains plastiques, à travers leurs propriétés, nous ont apportés de vrais avantages. C'est l'explosion de leur production qui pose problème. Il ne faut pas remettre en cause ceux qui apportent une plus-value sans
inconvénient environnemental, nous devons effectuer un tri des plastiques en fonction de leurs qualités, de leur durée de vie, de leurs effets sur la santé », conclut-il.

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