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Pierre-Yves Bournazel à la chambre des notaires : « Je garde ma liberté »

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Pierre-Yves Bournazel à la chambre des notaires : « Je garde ma liberté »
@ AP

Quelques jours avant qu'il ne vienne annoncer son renoncement à se porter candidat à la Mairie de Paris (mais pas à celle du 18e arrondissement) et son soutien à Benjamin Griveaux, Pierre-Yves Bournazel était l'invité d'un café débat organisé par la chambre des notaires de Paris. L'occasion pour lui de rappeler ses idées et « une indépendance » qu'il réaffirmera même au moment de soutenir celui face auquel il aurait pu se présenter.

Pierre-Yves Bournazel se présente en toute humilité devant les notaires, comme un fidèle de Paris. « Fidèlement », c'est d'ailleurs la formule de politesse qu'il emploie dans la lettre qu'il adresse aux Parisiens qui annonce le retrait de sa candidature. Il reste en course toutefois dans le 18e, un arrondissement qui l'avait élu à l'Assemblée nationale en 2017 et qui permet de voir « Paris en grand ainsi que ses contradictions ». Paris en grand…

Changer d'échelle

Paris en grand et Grand Paris car « Changer d'échelle » est un des leitmotivs du fondateur du petit parti Agir. C'est même pour lui une nécessité sur au moins quatre grandes questions, à savoir le logement, la pollution de l'air, la mobilité et l'attractivité économique. Changer d'échelle implique, pour lui, une simplification des trop nombreux échelons administratifs en Île-de-France. Dénonçant l'égoïsme d'élus locaux qui « tiennent à leur pré-carré », il souligne que c'est à la loi d'intervenir à ce sujet. Cependant, de son point de vue, le Maire de Paris peut déjà faire preuve d'initiative. Il proposait ainsi la tenue d'une conférence métropolitaine pour montrer qu'il est possible de travailler entre élus sans attendre la loi. À son programme était aussi inscrite, avec l'accord de Valérie Pécresse, présidente de la région, la fusion des offices de tourisme de la ville et de la région qui sont aujourd'hui redondants. La métropole doit par ailleurs s'élargir pour Pierre-Yves Bournazel pour intégrer Roissy et Saclay, sans quoi il lui manquerait quelque chose. Il se dit même prêt à organiser un référendum auprès des parisiens pour valider la mise en commun des compétences.

Pour le logement, le pari de la qualité

Sur les quatre sujets précités, il a, devant les notaires, presque logiquement, évoqué plus longuement la question du logement. Selon lui, les candidats qui affirment qu'ils vont résoudre le problème du logement en se contentant de regarder à l'intérieur du périphérique mentent. A défaut de jouer le jeu du Grand Paris en la matière, quitte même à financer des logements dans des communes voisines pour des parisiens qui seraient demandeurs, on aboutirait selon le député à un bétonnage que ne serait pas souhaitable. Il redit ainsi, notamment, son opposition au projet Bercy-Charenton. « Personne, dit-il, ne veut vivre dans des tours qui soient à l'intersection du périphérique et de la A4 », d'autant que cela instaurerait, selon lui, une nouvelle frontière entre Paris et sa banlieue. Étant donné sa proximité avec le fleuve, Pierre-Yves Bournazel y voit plutôt une opportunité pour réaliser l'espace de logistique qu'il manque à la capitale. Il proclame son envie de renoncer à une « politique du chiffre », peu importe si sont atteintes les 45 000 créations de logements sociaux, nécessaires pour que la capitale entre dans les quotas légaux, précise-t-il, ne craignant pas que le maire de Paris soit carencé, c'est-à-dire que la ville soit privée de sa compétence en termes de permis de construire. Il faut, selon lui, construire progressivement car importe de mettre l'accent sur la qualité, trop souvent négligée. À Paris, et dans une perspective qui est aussi environnementale, c'est beaucoup sur la rénovation qu'il faut œuvrer. Il s'agit également d'agir pour la diversité sociale en rééquilibrant l'attribution des logements.

Et pour ce qui est d'une tension sur les prix, Pierre-Yves Bournazel y voit une affaire d'offre et de demande : « on a besoin d'offre pour atteindre un équilibre », une offre qui selon lui doit venir des nouveaux pôles que le Grand Paris Express va créer. En la matière, Paris doit être partie prenante car en bénéficie, le métro permettant son désengorgement. Et pour ce qui est de « l'effet AirBnb », le député demande une loi qui permette de transférer la compétence de régulation aux maires pour plafonner le nombre de nuitées, car les intérêts en la matière sont différents selon les villes, et mêmes selon les arrondissements. Il demande aussi qu'un contrôle a priori, plutôt qu'a posteriori qui permet trop la triche, soit mené avec des sanctions fermes.

Anne Hidalgo, « manque de vision, trop centralisatrice, insuffisamment dans l'opérationnel »

S'il se présente comme fidèle à Paris, c'est aussi car Pierre-Yves Bournazel siège au conseil de Paris depuis 11 ans maintenant et qu'il y apporte une opposition qu'il qualifie de « constructive », « parfois trop ouverte et, ayant soutenu certains projets, j'avais failli être exclu de l'UMP à l'époque ». Il ne cache d'ailleurs pas son estime pour Bertrand Delanoë, un maire « constructif » auteur de belles réalisations comme le tram ou le Velib'Le Velib'« détruit par Anne Hidalgo qui a déconstruit la réussite de son prédécesseur ». Pierre-Yves Bournazel ne tarit visiblement pas des mêmes éloges pour la Maire sortante, pourtant sur le papier de la même famille politique que celui auquel elle a succédé, « plus dogmatique, moins constructive ». Trois critiques sont formulées à l'encontre de sa première mandature. Un manque de vision d'abord, le fait qu'il est difficile de comprendre le sens des actions menées qui n'ouvrent pas assez la porte au Grand Paris. Une gouvernance trop centralisée ensuite alors que le Maire doit être un « rassembleur » comme il le répète très souvent. « L'actuelle maire a été en conflit avec beaucoup d'élus qui interviennent sur le territoire, Valérie Pécresse mais aussi François Hollande et Jean-Paul Huchon alors qu'ils appartiennent à la même famille politique. Il faut renouer avec une culture du dialogue et du partenariat ». Un mandat insuffisamment dans l'opérationnel enfin. Le député Agir critique par exemple vivement l'inaction vis-à-vis de la propreté, sujet sur lequel il propose d'étendre les heures de nettoiement, de sanctionner les incivilités, avec notamment la création d'une police municipale qu'il propose depuis 2013 et un vaste plan d'éducation au respect de l'environnement. Il dénonce également les positions prises par Anne Hidalgo sur les nuisances apportées par les travaux de voirie qu'elle porte à la responsabilité des prestataires, ayant cette phrase assez cinglante : « Quand on aime sa ville, on s'en occupe : c'est ce que faisait Jacques Chirac, c'est ce que faisait Bertrand Delanoë ».

Philosophie politique et gouvernance

Pas de vision, gouvernance très centralisée, mandat pas assez dans l'opérationnel… Sa critique, Pierre-Yves Bournazel l'appuie sur des propositions qui pourraient être reprises par Benjamin Griveaux, mais aussi sur une certaine philosophie de l'action. « La politique meurt, depuis de nombreuses années, gauche et droite confondues, de la logique « je répète ce que les gens veulent ». Je pense que la politique, c'est montrer le chemin, essayer de fédérer les gens et les amener sur ce chemin-là. Sinon, on va finir par arriver au populisme qui nous tend les bras. Il y a deux catégories de politiques : ceux qui, à l'Assemblée nationale, reviennent de leur circonscription et qui disent ce qu'ils ont entendu, sans croire à ce qu'ils disent, mais qui le redisent pour se faire entendre à la radio et à la télévision par des citoyens qui se diront que leur député est d'accord avec eux ; moi, je garde ma liberté de ton, mon indépendance d'esprit. J'essaie de construire un projet cohérent, sérieux, financé, j'essaie de dessiner une ville, j'essaie de convaincre et d'agréger les forces, de trouver des solutions pour l'intérêt général tout en associant les citoyens. »

Comment associer les citoyens ? Aux notaires, Pierre-Yves Bournazel, ouvert à toute bonne idée, adresse le message suivant : « Sur nombre de sujets, vous êtes bien plus compétents que moi et que nombre d'élus de Paris. Je veux voir quelles sont vos idées ». Concrètement, il formule deux propositions, outre la réforme du mode de scrutin en trois tours du Maire de Paris, « très IVe République ». Il s'agit tout d'abord de créer un collectif de citoyens tirés au sort pour évaluer les engagements et les dépenses publiques (comme les dépenses pour les associations), permettant de responsabiliser les élus mais aussi les citoyens eux-mêmes, leur donnant à comprendre comment fonctionne l'action publique. Il s'agit aussi de mettre en place un conseil représentatif de l'activité économique parisienne qui puisse travailler sur les grands projets liés à l'activité économique mais qui donne aussi son avis sur les grands sujets d'aménagements, d'urbanisme ou de mobilités, de les évaluer aussi. « Ce conseil permettrait aussi de mieux diffuser l'information », précise Bertrand Savouré vraisemblablement sous le charme du candidat.

Et le reste ?
Et le financement ?

Certaines des idées de Pierre-Yves Bournazel ont été moins développées devant les notaires. Pour les citer ici, le candidat à la mairie du 18e souhaite voir apparaître une police municipale (il se dit être le premier à l'avoir proposé et être donc celui qui y a le plus réfléchi), de doubler le nombre de caméras de surveillance dans Paris pour atteindre 2 500 (« ce qui ne ferait pas de Paris Londres ou New-York en la matière, précise-t-il, et qui correspond à ce que demandent la police et les experts ») et d'instaurer un système de TIG fondés sur des principes tels que « tu casses, tu répares » ou « tu salis tu nettoies ». Il propose aussi pour les familles d'étendre les horaires des crèches et des conservatoires. Il s'agit aussi de végétaliser davantage la capitale. Pour les commerçants, un « travail chirurgical » est à mener pour établir des zones protégées pertinentes.

Pour ce qui est, enfin, des mobilités, il propose l'implémentation d'une véritable politique vélo, avec notamment des boxes protégés pour se garer. Le free-floating n'est selon lui pas à interdire mais à organiser en désignant les opérateurs ou en immatriculant les trottinettes pour responsabiliser et favoriser les sanctions le cas échéant (ce qui n'est pas toujours nécessaire, et le candidat se dit agréablement surpris par City Scoot). Pour les voitures, il souhaite réaliser des parkings « relais » sécurisés et gratuits (car sinon, ça ne marche pas) dans lesquels les gens pourraient déposer leur voiture pour emprunter d'autres moyens de transport, décongestionnant le cœur de l'agglomération.

Et si cela a un coût, l'équilibre budgétaire est bien dans les préoccupations de Pierre-Yves Bournazel qui souligne que, si l'endettement de la capitale n'est pas catastrophique, la trajectoire est très négative puisque l'on est passé de 1 à 6 milliards de dettes entre 2001 et 2019. Pour réaliser les investissements qu'il propose, il table notamment sur le non-renouvellement de 2 400 postes de fonctionnaires après départs en retraites (sur les 55 000 que compte la ville de Paris), notamment des postes de sous-direction qui sont à simplifier pour remettre davantage d'agents sur le terrain. Il s'agit aussi, avec les citoyens tirés au sort, de réallouer les aides vers les associations qui ont le plus l'intérêt public à cœur et le moins de ressources propres.

Quel projet pour Bercy-Charenton ?

Le projet Bercy-Charenton, défendu par Anne Hidalgo et son adjoint Emmanuel Grégoire, tête de liste dans le 12e arrondissement, est au cœur des débats des municipales à Paris. Le lancement de cette Zone d'Aménagement Concertée a été voté par le Conseil de Paris le 2 juillet 2018 (son homologue Charenton-Bercy l'a été par la marie de Charenton-le-Pont.). Les élus défendent « un projet métropolitain ambitieux situé sur un des derniers grands terrains parisiens mutables de 80 hectares », s'établissant entre l'échangeur de l'autoroute A4, la Seine et les voies des gares de Lyon et Bercy, autour de la rue Baron Leroy qui, dans le projet, a vocation à être prolongée, à franchir les voies ferrées et à s'ouvrir vers Charenton-le-Pont. La Mairie de Paris envisage la construction de 690 000 m2 de surfaces de plancher, dont 40 % dédiés au logement (1 000 logements côté Charenton, 4 000 côté Paris, dont 30% de logements sociaux) et
60 % à des bureaux et commerces, avec une tour de 180m comme « emblème architectural prestigieux ». Si les porteurs du projet soulignent l'abondance d'espaces verts qu'il propose, et ses équipements pour faire naître un véritable quartier (écoles, gymnase, piscine etc.) ses détracteurs dénoncent une nouvelle bétonisation et densification de la capitale.

Bournazel rejoint Benjamin Griveaux

L'actualité de la campagne municipale du 16 janvier est bien évidemment marquée par le renoncement de Pierre-Yves Bournazel à se proposer pour occuper le fauteuil de maire de Paris, offrant son soutien à Benjamin Griveaux, candidat de la République en marche (il maintient toutefois sa candidature dans le 18e). Tout avait commencé une semaine plus tôt. Encore candidat du groupe Agir, Pierre-Yves Bournazel s'était adressé Cédric Villani et Benjamin Griveaux pour qu'ils apprennent à travailler ensemble dès à présent. Décrivant un « paradoxe parisien » résidant dans le fait qu'à la fois Anne Hidalgo est impopulaire et à la fois l'idée de sa réélection est solidement ancrée dans les esprits, il les invitait à « ne pas se mettre au service de la stratégie électorale de la Maire sortante en maintenant une logique d'éparpillement ». « Pour faire vraiment bouger les lignes, n'est-il pas souhaitable de renoncer à tout postulat individuel et d'y substituer une méthode dédiée au contenu ? », leur demandait-il. Le début d'une série de lettre ouverte. Refusée par Cédric Villani, la réunion à trois que Pierre-Yves Bournazel appelait de ses vœux ne s'est jamais tenue. Il a toutefois pu s'entretenir séparément avec les deux rivaux. A la suite de son entretien avec le député du 18e arrondissement, Benjamin Griveaux tweetait une lettre ouverte dans laquelle on pouvait lire « Je souhaite que ces convergences sur le fond nous permettent de bâtir ensemble le changement que les parisiens appellent de leurs veux. Nous le ferons autour d'une majorité de projet et non d'une majorité partisane. Une majorité dont le pluralisme sera le reflet des milles visages de Paris. C'est aussi ce qui éclairera le mieux les choix parfois difficiles que le prochain maire aura à faire. »

Le 14 janvier, Pierre-Yves Bournazel réitérait ses appels aux rassemblements. Il saluait les convergences qu'il trouvait avec chacun, l'écologie avec Cédric Villani, l'opposition à Bercy-Charenton de Benjamin Griveaux, ceux qui existent entre tous comme l'ambition métropolitaine, concluant par ces mots : « Cher Cédric, cher Benjamin, la réalité est simple : si nous continuons chacun dans notre couloir, aucune de nos propositions ne sera mise en œuvre puisque la réélection de la maire sortante sera acquise. Ce sera alors 6 années supplémentaires de perdues pour Paris et les Parisiens ». Deux jours plus tard, il prend lui-même ses responsabilités. Revenant sur son parcours, sa démarche, regrettant de n'avoir su instiguer le rassemblement qu'il espérait, il écrit ensuite dans sa lettre : « A 60 jours du scrutin, il faut choisir l'intérêt de Paris. Et choisir, c'est parfois savoir renoncer. J'apporte aujourd'hui mon soutien à Benjamin Griveaux (…) Sur de nombreux points il a fait preuve d'enthousiasme et de volonté pour faire évoluer son projet. Je m'en réjouis. Il est aujourd'hui prêt à travailler avec le plus de forces possibles et je le crois le plus à même de créer une dynamique afin d'éviter la réélection d'Anne Hidalgo. Je lui demande d'être libre et indépendant. ». Avant de redire son attachement à Paris : « Bien fidèlement, Pierre-Yves Bournazel ».




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