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Pierre Simon : « Notre région est en mouvement ! »

Président de l'association Paris – Île-de-France, Capitale Économique, Pierre Simon sillonne inlassablement la planète pour séduire et attirer les investisseurs internationaux. Il vante la mobilisation de toutes les énergies et le travail en commun de tous les intervenants régionaux, publics et privés, pour optimiser les atouts de ce territoire dont l'image s'améliore à l'étranger.
Pierre Simon : « Notre région est en mouvement ! »
© Paris IDF Capitale Économique

ActualitéInterview Publié le ,

Le Grand Paris a actuellement le vent en poupe. Au niveau international, il accumule des résultats encourageants. La récente étude « Global CitiesInvestmentMonitor », réalisée par KPMG et fondée sur la réalité des investissements Greenfield – créateurs d’emplois et d’activités nouvelles –, place la région capitale sur la troisième marche du podium, derrière Londres et Shanghai. Le Grand Paris gagne ainsi quatre places par rapport au précédent classement de 2013. Cette belle éclaircie se double d’un autre Top 3 mondial, relatif, cette fois, à la qualité de l’accueil des investisseurs dans les principales métropoles mondiales en 2014. Ces points marqués à l’international ne sont sans doute pas étrangers à l’action de Paris – Île-de-France, Capitale Économique et de son président, Pierre Simon, qui assurent la promotion de la région hors de nos frontières. Pour lui « Il y a un foisonnement d’initiatives dans le domaine de l’innovation, de la part des pôles de compétitivité, des universités et des entreprises qui développent des incubateurs. » Cette dynamique commence à être perçue à l’extérieur. Comme le souligne Pierre Simon : « Nous sommes en mouvement et c’est le message qu’il faut faire passer. »

Affiches Parisiennes : La notion d’« Île-de-France » est aujourd’hui assez floue…

Pierre Simon : Il est vrai que cette entité est entourée de beaucoup d’ambigüités tant dans son nom que dans son périmètre. On parle de Paris – Île-de-France, de l’Île-de-France, on parle de la région Capitale, on parle du Grand Paris, de la métropole du Grand Paris… Personne n’est évidemment propriétaire ni de la marque « Paris » ni de la marque « Grand Paris »… Mais nous allons revenir sur le sujet.

A.-P : Paris – Île-de-France Capitale Économique a la charge de la promotion de ce territoire francilien multipolaire ?

P. S. : Paris – Île-de-France Capitale Économique est une association composée pour l’essentiel de grandes entreprises, françaises et étrangères, publiques et privées. Elle a été créée par la Chambre de commerce de Paris il y a 22 ans. Cette entité, totalement indépendante, est financée par les entreprises. Notre seule vocation est d’optimiser l’attractivité de la région Capitale pour des investisseurs financiers et industriels, susceptibles de créer de l’emploi. Je m’exprime donc ici au seul prisme de cette mission…

En tant que citoyen, j’ai des idées bien sûr sur l’organisation territoriale, fruit de mon expérience de dirigeant d’entreprises, puis de président de la Chambre de commerce et d’industrie de Région Île-de-France jusqu’à 2010.

S’agissant de la marque à l’international, nous avons fait le constat que beaucoup d’étrangers ne savent pas où est située l’Île-de-France. Certains l’imaginent même au large de nos côtes… En revanche, « Paris » est des marques les plus connues au monde et, au fil du temps, « Grand Paris » en devient une à son tour, au même titre que le « Greater London », le « Grand Moscou »…

Les pôles de compétitivité, qui veulent faire part de leur attachement à la région, prennent pour signature « Paris Région ». « Greater Paris » fonctionne également très bien. Du point de vue de l’attractivité, c’est ce territoire-là et sa taille qui sont pertinents. Quand on prend ce périmètre, les chiffres nous placent en première position européenne, en poids économique, devant Londres. Fournir des chiffres de comparaison sur des territoires plus réduits, c’est se tirer une balle dans le pied. Il ne faut pas oublier que la région Île-de-France a un PIB supérieur à celui de la Suisse et de la Belgique !

A.-P. : C’est ce vaste territoire géographique dont vous assurez la promotion à l’étranger et non pas une somme de pôles économiques ?

P. S. : Dans la promotion à l’étranger, chaque territoire doit comprendre qu’il fait partie d’un tout et que, faisant partie d’un tout, il est plus fort ! L’agglomération francilienne s’étend de Roissy, au nord, à Saclay et de Roissy, à l’ouest, à la Cité Descartes et même Euro Disney, à l’est. Cette aire géographique représente plus de 9 millions d’habitants, sur une région qui en compte 12 millions. Nous sommes-là dans la continuité de l’aire métropolitaine. Voilà pourquoi en présentation, je mets en avant l’intégralité de la région Paris – Île-de-France.

A.-P. : La métropole du Grand Paris ne vient-elle pas brouiller les cartes ?

P. S. : La métropole du Grand Paris n’aura pas la propriété du Grand Paris. Ce dernier est un ambitieux projet de développement économique voulu par le président Sarkozy et repris par le président Hollande qui porte sur la Région Capitale et va même au-delà, avec une ouverture sur l’axe de la Seine et Le Havre. Mon souhait est que toutes les instances de la région, à travers le Conseil régional, la Ville de Paris, la Métropole de Paris, le département et les communes soient porteurs de cette dynamique. D’ailleurs, depuis quelques mois, on sent que l’écosystème est en train de se développer, avec une multitude d’acteurs qui réalisent qu’ils sont partenaires et solidaires, notamment à travers des initiatives qui portent l’innovation. Même chose au niveau du projet du Grand Paris. Nous sommes en train de passer du stade des intentions à celui des premières phases de réalisations visibles. Rien n’est gagné. Le succès implique l’adhésion à une vision et la volonté politique de la mettre en œuvre.

A.-P. : La Société du Grand Paris œuvre dans ce sens…

P. S. : La mission de la Société du Grand Paris porte sur les transports. C’est le plus gros projet – 30 milliards d’euros d’investissements publics – actuellement en développement en Europe et même dans le monde. Elle joue aussi un rôle majeur d’aménageur – contribuant au développement des territoires – et un rôle d’initiateur dans le domaine du numérique.

Pour que ce grand projet soit réellement catalyseur, il faut que l’État et le gouvernement soient soucieux de sa cohérence et du respect de son calendrier. Nous sommes d’ailleurs heureux de voir le Premier ministre, Manuel Valls, s’impliquer actuellement, au travers de décisions et de comités interministériels.

Ce projet doit être durablement porté par tous les acteurs, économiques et politiques. Le développement économique des grands territoires doit être cohérent. Nous ne sommes évidemment pas du tout dans la planification étatique, mais dans l’approche que je trouve intelligente des contrats de développements territoriaux qui visent à s’assurer que l’ensemble des acteurs prennent des décisions cohérentes avec la vocation du territoire. Là aussi, l’impulsion de l’État est essentielle.

« Il faut que tous les acteurs, économiques et politiques, prennent conscience qu’à l’étranger, il faut travailler en meute. »

A.-P. : Quels sont les critères importants pour séduire les investisseurs étrangers ?

P. S. : Pour un investisseur potentiel, le point d’entrée doit être clair – un seul interlocuteur –, parfaitement identifié. Il ne faut pas le décourager avec une organisation administrative complexe. Le premier facteur de choix d’un lieu est la sécurité, à la fois juridique, politique et fiscale. L’investisseur étranger a également besoin qu’on comprenne son besoin et qu’on l’oriente vers le territoire qui correspond à son projet.

Les territoires ont des vocations spéficiques. Il faut les présenter. Par exemple, la cité Descartes est plutôt axée sur la Smart City et le développement des services urbains, à travers les nouveaux matériaux, les concepts architecturaux, etc. Il y a là un pôle de compétitivité dédié, une école d’architecture, l’école des Ponts, une université et une grande école d’ingénieurs qui s’oriente vers ce type de technologie. Un véritable écosystème s’amorce, sans que la cité Descartes ait, pour autant, le monopole des technologies appliquées à la gestion de la ville. Beaucoup de choses se passent aussi sur Saclay, y compris dans le domaine de la Smart City. Nous montrons que dans le cadre du Grand Paris des transports, les liaisons entre Saclay et la cité Descartes seront assez commodes pour unir les atouts de ces sites qui se renforcent les uns les autres.

A.-P. : Quels types d’argumentaires présentez-vous à l’étranger ?

P. S. : Quand on vend le Grand Paris, la documentation que nous utilisons valorise les grands territoires, en soulignant leur vocation en matière d’innovation. Elle est à présent acceptée par tous et cela n’a pas été si simple. Il y a en effet beaucoup d’élus, et je les comprends, qui gardent une approche encore trop franco-française, voulant que leur territoire soit absolument mis en valeur à l’étranger, alors qu’il l’est, sans le nommer dans un ensemble plus vaste.

Je souhaitais que nous ayons un document de présentation du projet du Grand Paris qui soit unique et commun à Business France, à Paris Développement, aux acteurs économiques, à la Chambre de commerce et d’industrie de Région Paris et l’ensemble des responsables politiques, à tous les niveaux.

Le projet du Grand Paris est encore peu connu à l’étranger, même des membres de la communauté française qui sont pour nous des relais d’opinion hors de nos frontières. Lors de nos présentations, nos ambassadeurs sont, souvent, eux-mêmes saisis par l’ampleur du projet et ses ambitions. Ce document commun est pour nous une première étape. Si nous n’étions pas parvenus au consensus, nous aurions dû identifier 64 territoires… Cela n’a pas de sens lorsque vous êtes en Chine, aux États-Unis, au Brésil ou en Inde. L’attractivité du projet passe aussi par sa cohérence. C’est cette dernière que je vends partout dans le monde.

Pierre Simon, à la tribune en février dernier, lors du 2e forum sur le Grand Paris destiné à dessiner l’avenir de la Région Capitale. (© Paris IDF Capitale Économique)

A.-P. : Quels sont vos grands objectifs pour les mois et les années qui viennent ?

P. S. : Nous avons une autre obsession. Un projet de cette ampleur, qui mobilise la communauté économique, doit être porté politiquement. En Angleterre, tout le monde sait qu’il y a un maire du Grand Londres. Il consacre un temps considérable à la promotion de son territoire à l’étranger. Même chose à New York avec Michael Bloomberg qui portait son projet, avec une vraie vision – une nouvelle Silicon Valley – et un plan au bénéfice de cette vision, un plan élaboré avec le monde économique et une grande détermination.

En France, par exemple, le maire de Lyon personnalise et vend son territoire dans le monde. Je pose la question : qui, aujourd’hui, incarne le projet du Grand Paris ? Il faut la crédibilité d’un politique habité par le projet.

Il est nécessaire, au plan gouvernemental, qu’une autorité s’assure que le projet avance, en conformité avec son ambition, lève les obstacles s’il y en a, ait la préoccupation de la cohérence, organise des réunions interministérielles si elles sont nécessaires. Le Premier ministre s’implique personnellement, tant mieux. Mais il nous faut également un ambassadeur politique de notre territoire francilien. Au sein de Paris – Île-de-France, Capitale Économique, nous restons des ambassadeurs économiques. Nous portons la parole du monde économique, pas du monde politique.

A.-P. : Pensez-vous que les Franciliens appréhendent la dimension internationale de l’avenir du territoire ?

P. S. : L’ouverture au monde n’a pas encore pénétré tous les esprits, ni dans notre région ni dans notre pays. Reste qu’elle fait clairement son chemin, dans les entreprises comme dans les instances politiques. Au-delà de la culture internationale, tous les acteurs, économiques et politiques, doivent prendre conscience qu’à l’étranger, il faut travailler en meute. Les Allemands et les Italiens le font très bien. Là aussi, nous progressons. De la solidarité se crée entre des intervenants qui sont certes concurrents, mais qui ont surtout beaucoup à partager. Les choses bougent dans le bon sens. Nous progressons. Par exemple, au dernier Mipim, le salon de l’immobilier organisé à Cannes, tous les territoires franciliens étaient réunis sous la même bannière. Mais le chemin est encore long.

A.-P. : Les réactions de vos interlocuteurs étrangers vous amènent-elles à rendre compte de certains dysfonctionnements de l’offre française, notamment auprès des Pouvoirs publics ?

P. S. : Nous sommes des observateurs attentifs, pas des opérateurs. Nous ne sommes en concurrence avec personne, ce qui nous donne effectivement une assez grande liberté de parole. Nous sommes donc force de proposition, notamment vis-à-vis des Pouvoirs publics. Comme il n’y a pas d’enjeux de pouvoir, que notre approche est commandée par un seul critère, l’efficacité économique, nous avons la capacité de rassembler autour d’un sujet déterminé tous des acteurs concernés qui ont du mal à dialoguer, par exemple des entités publiques et des entreprises, ou des grandes écoles et des universités.

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