AccueilInterviewPierre-Olivier Sur : « Notre priorité est toujours de faciliter le quotidien des avocats »

Pierre-Olivier Sur : « Notre priorité est toujours de faciliter le quotidien des avocats »

À l'heure de l'ouverture de l'édition 2015 de Campus, Pierre-Olivier Sur fait le bilan de 18 mois d'action à la tête du barreau de Paris. Le bâtonnier revient sur le travail déterminant de la commission Affaires publiques, notamment sur le projet de loi Macron. Il insiste également sur la nouvelle identité visuelle du barreau de Paris et le lancement de la version totalement reconstruite de son site internet.
Pierre-Olivier Sur : « Notre priorité est toujours de faciliter le quotidien des avocats »

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Affiches Parisiennes : Dernièrement, sur quels dossiers vous êtes-vous montrés le plus actif ?

Pierre-Olivier Sur : Ces derniers mois, nous avons dû faire face à la loi sur le Renseignement. Le barreau de Paris a été à la pointe du combat contre ce texte. Nous avons également été très actifs sur le projet de loi Macron. Notre commission Affaires publiques a réalisé un travail extraordinaire, parvenant à faire adopter plusieurs amendements qui ont modifié le projet initial, très favorable aux experts-comptables. Voilà, pour les confrères, le plus important succès de ce premier semestre. Nous arrivons aujourd’hui à une situation plus intéressante pour les avocats que celle qui était la leur avant le vote de cette loi. Le rôle des experts-comptables est à présent resserré. N’oublions pas que nous avons failli voir les experts-comptables bénéficier d’honoraires aux résultats sur des dossiers juridiques. Leur mission aurait été quasi identique à celle des avocats, avec cette extension incroyable de leur pouvoir. Ils sont à présent cantonnés à des fonctions plus administratives que juridiques, vis-à-vis de l’entreprise. Pour parvenir à renverser la situation au cours de ces dernières semaines, la commission Affaires publiques est intervenue au quotidien auprès des sénateurs et des députés. Ce point est d’autant plus intéressant que beaucoup de nos confrères n’avaient pas forcément identifié ce danger.

Concernant la loi Renseignement, nous avons alerté l’opinion publique. J’ai largement relayé dans les médias les inquiétudes de la plupart d’entre nous. Là encore, l’influence de l’action du barreau de Paris, qui est intervenu aux côtés de nombreuses personnalités respectables, a été déterminante. Nous avons fait entendre notre voix dans le concert de protestations qui a conduit le président de la République à saisir le Conseil constitutionnel, dont nous attendons, à présent, la décision et devant lequel nous allons présenter un mémoire portant notamment sur la protection du secret professionnel des avocats.

A.-P. : Pour toutes ces actions, avez-vous travaillé en coordination avec le Conseil national des barreaux ?

P.-O. S. : Depuis les dernières élections, les rapports entre le CNB et le barreau de Paris se sont beaucoup améliorés. Nous sommes en accord quasi-parfait sur la plupart des questions qui nous préoccupent actuellement. Le débat autour du projet de loi Macron en est l’exemple. Reste que les problèmes des avocats de province ne sont pas forcément ceux des confrères parisiens. Les autres barreaux étaient peut-être moins attentifs que nous sur la place donnée au juridique pour les experts-comptables. Ils restent, en revanche, très inquiets sur la question de la postulation. Sur ce point, notre barreau a décidé d’adopter une bienveillante neutralité. À l’heure de la dématérialisation et du RPVA, Paris souhaiterait évidemment qu’on ne soit plus contraint de faire supporter aux justiciables des frais de postulation. Nous sommes néanmoins conscients de ce que la question du maillage territorial était vraiment primordiale pour nos confrères de province. D’une manière générale, on peut tout de même dire que les relations avec le CNB sont à présent extrêmement apaisées.

A.-P. : Pouvez-vous faire le point sur l’activité des campus internationaux ?

P.-O. S. : Les campus que nous avons organisés à l’étranger ont tous connu un grand succès. Nous sommes allés successivement au Cambodge, à Phnom Penh, au Mali, mais aussi au Brésil et en Chine. Sont actuellement en préparation pour le mois de septembre, le campus Québec, le campus Ouagadougou et, nous l’espérons, le campus Alger. Nous avons couvert presque tous les continents… Il nous reste l’Océanie à découvrir…

Ces campus internationaux constituent une révolution. L’activité du barreau de Paris à l’étranger n’est plus l’apanage de quelques cabinets privilégiés. J’emmène tous les confrères qui le souhaitent, en négociant des tarifs préférentiels. Vous savez que le développement du droit français hors de nos frontières est l’une de mes ambitions, depuis le début de mon mandat. Je veux réellement inciter des confrères à s’installer à l’étranger et à s’y développer. L’activité des campus internationaux, initiée par le bâtonnier Christiane Féral-Schuhl, avec le premier événement au Vietnam, a été largement développée depuis 18 mois. J’espère que le prochain bâtonnier tiendra compte de l’importance de l’international pour la place de Paris. Nous devons trouver des débouchés, y compris hors de nos frontières, pour les quelque 2 000 confrères qui nous rejoignent chaque année. Le droit français étant très apprécié à l’étranger, je pense que ces campus ont vocation à se développer encore.

Parallèlement, nous avons organisé un voyage à Jérusalem pour promouvoir les valeurs de tolérance, la reconnaissance des différences qui s’expriment dans la confraternité, le sens du dialogue et du partage. Ce voyage, qui a rassemblé une centaine de confrères, a été exceptionnel. Nous avons réellement eu l’impression d’avoir réussi notre pari en regroupant des avocats de toutes confessions. Nous avons été attaqués, critiqués, mais ce séjour avait un sens. Nous l’avons notamment constaté le jour où nous sommes parvenus à réunir dans la grande synagogue de Jérusalem, un imam, un pasteur et un rabbin. Dans ce lieu particulier, en ce moment particulier, la confraternité est passée au-dessus de tout. Nous avons également pu mesurer cette dernière à la suite des attentats de janvier et de l’opération Écureuil que j’ai lancée à cette occasion. Nous avons tout d’abord vérifié l’efficacité de l’envoi d’un SMS à tout le barreau et la rapidité de mobilisation des confrères. Plus de 5 000 d’entre nous se sont rassemblés le 8 janvier dans la salle des pas perdus et à ses abords pour dire notre indignation. Au-delà du prétendu individualisme des avocats, il y a des circonstances pour lesquelles le barreau sait se rassembler. L’unification du barreau est aussi l’un de mes objectifs. Nous avons pu mesurer l’efficacité des moyens modernes de communication afin de mobiliser la profession pour les causes essentielles.

A.-P. : Au sujet de ces nouveaux moyens de communication, le site internet de l’Ordre vient d’être totalement reconstruit…

P.-O. S. : Le 1er juin dernier, nous avons effectivement achevé la refonte complète du site de l’Ordre, après un an de travail. Comme vous le savez, ce site n’est pas une simple vitrine. C’est un véritable outil de travail d’une gestion extrêmement complexe. Existant depuis une vingtaine d’années, il était constitué de strates successives, devenues au fil du temps un patchwork complexe qui rendait toute consultation extrêmement délicate. La nouvelle version dédiée aux avocats est à présent en ligne. Ce chantier s’achèvera en septembre, avec l’activation de la version grand public. Le graphisme du nouveau site est particulièrement apprécié.

A.-P. : Le barreau de Paris vient aussi d’adopter une nouvelle signalétique…

P.-O. S : Oui, nous enregistrons également de très bons échos concernant le nouveau logo de l’Ordre. L’ancienne signalétique, créée il y a une quinzaine d’années, avait un peu vieilli. Ses couleurs ne s’accordaient plus à l’air du temps. Nous voulions aussi insister sur la spécificité de Paris.

Par ailleurs, nous avons l’autorisation de développer le « .paris ». Nous faisons en effet partie de la centaine d’entités auxquelles la mairie de Paris a accordé ce privilège. Le site du barreau ne sera donc bientôt plus accessible en « .org », mais en « .paris ». Nous allons à présent nous appuyer sur l’image de la capitale.

Avec toutes ces actions, nous avons vraiment l’impression d’avoir avancé à marche forcée pendant un an et demi pour essayer de faire évoluer le maximum de choses. Nous savons bien entendu que nous ne parviendrons pas à faire tout ce que nous envisagions. En deux ans, il est difficile de réaliser tout ce qu’on a envie de réformer, surtout pour un barreau aussi important que celui de Paris.

A.-P. : À vos yeux, la durée du mandat du bâtonnier serait-elle un handicap ?

P.-O. S. : Dans l’avenir, je crois effectivement qu’il faudra porter la durée du mandat du bâtonnier à trois ans, à l’instar de celui du président du CNB. Je pense que les choses vont évoluer dans les années qui viennent. Nous sommes dans une période transitoire. Nous allons devoir beaucoup y réfléchir…

A.-P. : Quelles autres actions seront engagées durant les derniers mois de votre bâtonnat ?

P.-O. S. : Le gros travail qui se profile est naturellement le déménagement du tribunal aux Batignolles. Je crois que quatre ans ne suffiront pas, puisque nous allons devoir mettre en œuvre la nouvelle maison des avocats, la Moda, à proximité du TGI. Cela est aussi une véritable révolution. L’emplacement du tribunal ne nous semble pas idéal, notamment en termes de transports. La nouvelle structure comportera très peu de places de parking, y compris pour les magistrats et, pour le moment, aucune ligne de métro ne dessert la zone. Le prolongement de la ligne 14 devrait prendre deux ou trois ans. Le barreau avait beaucoup investi dans l’immobilier pour être proche de la cour et du tribunal dans la cité. Certes, tout ne va pas disparaître. La maison du barreau, par exemple, devrait rester là où elle est. Aux Batignolles, nous allons tout de même devoir nous adapter pour offrir aux confrères des services comparables à ceux dont ils bénéficient aujourd’hui.

J’ai naturellement évoqué ce problème avec le président du tribunal avec lequel j’échange régulièrement. Mes relations avec le président Jean-Michel Hayat sont excellentes sur l’ensemble des sujets qui peuvent nous préoccuper. Nous savons qu’il n’y a pas de place pour les avocats à l’intérieur du nouveau tribunal. Pour la Moda, les choix avaient été arrêtés sous le bâtonnat de Christiane Féral Schuhl, nous disposons d’un terrain qui se situe à proximité du tribunal et Renzo Piano, architecte du tribunal, a été choisi dès l’origine pour concevoir l’immeuble qui abritera nos services. Le Conseil de l’Ordre a confirmé, le 26 mai dernier, son intention de construire par un vote largement majoritaire. Du plus petit au plus grand cabinet, les membres du conseil, toutes tendances confondues, ont été quasiment unanimes (32 pour, 2 contre et 4 abstentions, ndlr) Mon successeur va donc devoir gérer une construction lourde – aussi bien sur le plan matériel que financier –, un déménagement et toute une logistique qui sera particulièrement complexe.

Se pose également la question du choix de ce que nous voulons mettre dans cette Maison des avocats. Les confrères attendent certains services, mais est-il utile, par exemple, d’avoir une bibliothèque sur deux niveaux, dans ces locaux modernes, en sachant qu’aujourd’hui, tout devient numérique ? Nous devons nous pencher sur l’évolution des besoins des avocats dans les vingt prochaines années. Nous réfléchissons actuellement à la manière de réorganiser l’intérieur de cette maison selon les besoins de chacun, pour voir comment ils peuvent s’insérer dans la très belle structure qui nous est proposée.

A.-P. : Que vous reste-t-il à entreprendre dans les six mois qui viennent ?

P.-O. S : Six mois, c’est très court. Avec les Campus qui vont nous permettre de nous ouvrir sur le Canada, le Burkina Fasso et peut-être l’Algérie, je veux renforcer nos liens déjà étroits avec ces barreaux. Je souhaite également achever notre révolution numérique, continuer à réunir les confrères et apaiser les tensions qui peuvent apparaître sur certains sujets. Notre priorité est toujours de faciliter le quotidien des avocats. Comme l’an dernier le Conseil de l’Ordre a reconduit l’exemption de cotisations ordinales que j’ai proposée pour les confrères dont le bénéfice a été inférieur à 36 000 euros en 2014, soit environ 7 500 personnes. J’ai demandé que l’on recense les besoins de tous pour pouvoir fournir à mon successeur un bilan de parcours complet, identifiant ce que les confrères attendent et l’ensemble des outils susceptibles de les satisfaire. Je tiens à laisser la situation la plus claire possible au prochain bâtonnier.

À partir de la rentrée, nous lui mettrons le pied à l’étrier pour qu’il prenne la mesure des tâches qui l’attendent. Quand on accède à cette fonction, on ne s’attend pas forcément à une mission aussi diversifiée. Vu de l’extérieur, tout a l’air simple, mais il y a derrière une mécanique absolument phénoménale. Mon successeur se rendra compte, notamment, de l’importance considérable prise aujourd’hui par la commission Affaires publiques. Nous nous demandons même comment, jusqu’à présent, nous avons pu vivre sans ce service. La voix du barreau de Paris a été décuplée auprès des Pouvoirs publics et des responsables politiques, à partir du moment où nous avons décidé de mettre les moyens de nous faire entendre.

A.-P. : Quelles sont les autres avancées de votre bâtonnat que vous retenez ?

P.-O. S. : Mon bâtonnat voit également la fin de la publication papier de notre Bulletin. Beaucoup de confrères étaient attachés à ces 3 000 exemplaires papier que nous persistions à publier, malgré le fait que cette édition soit une pure duplication de la publication en ligne. Cette formule disparaît aussi face au nombre trop important d’informations que nous publions à présent en continu sur le site ; en « push » selon la formule consacrée. C’est un énorme travail pour la commission communication.

Les confrères vont prendre le réflexe d’aller consulter leur Bulletin peut être plusieurs fois par jour, pour avoir l’information en temps réel. Ils vont apprendre à vivre avec l’application sur leur smartphone.

C’est, là aussi, une révolution ! Le bâtonnier Jean Castelain avait, en son temps, proposé cette réforme. Devant les réactions dépitées de certains le service Communication avait tenu deux semaines avant de renoncer et de reprendre l’impression du bulletin hebdomadaire. Aujourd’hui notre nouveau site, beaucoup plus agréable et facile d’utilisation devrait permettre une transition douce vers le tout numérique.

A.-P. : Il y a aussi l’université d’hiver qui se profile ?

P.-O. S. : L’édition 2014 a été une grande nouveauté. Son succès a notamment été dû à la présence d’Emmanuel Macron, arrivé en plein débat sur le texte de sa loi. Nous avons également reçu des personnalités de premier plan qui ont participé à cette première université d’hiver et ont permis à notre barreau d’acquérir une visibilité nouvelle dans les médias. Cette année, le thème central retenu est « la vérité ». Cet événement est très lourd à préparer. C’est notre gros chantier de décembre. Nous pensons réunir cette année encore un plateau d’invités exceptionnels. Cette université a pour vocation d’ouvrir les esprits sur d’autres sujets que le droit.

A.-P. : Cette fin d’année sera également marquée par le dauphinat de six mois du prochain bâtonnier. Est-ce suffisant à vos yeux ?

P.-O. S. : Prenons, si vous le voulez, l’exemple de mon propre dauphinat d’un an. C’est cette expérience qui a dicté ma décision, puis celle du Conseil de l’Ordre, de le réduire à six mois, sans compter que je souhaitais revenir à un calendrier dans lequel nos événements festifs, liés aux élections, se déroulaient en juin et non en hiver. En fait, pendant la quasi-totalité de cette année, le dauphin ne peut rien faire. Je n’avais aucun pouvoir. Je n’avais pas accès à la plupart des éléments dont je pouvais avoir besoin. Nous n’avons véritablement pu entrer dans le vif du sujet et obtenir les informations que nous demandions qu’à la rentrée 2013, c’est-à-dire quatre mois avant de prendre nos fonctions.

Le rôle du dauphin est d’observer ce qui se passe. Dans la salle du conseil, il n’a pas le droit de vote, même s’il peut éventuellement donner son avis. Concrètement, les futurs bâtonnier et vice-bâtonnier ne rentrent véritablement dans l’institution qu’au cours des trois derniers mois du bâtonnat précédent. Il y a d’ailleurs d’autres barreaux français, notamment Pontoise, qui ont déjà adopté un dauphinat réduit.

Nous pourrions aller plus loin en imaginant faire coïncider l’élection du bâtonnat avec celle du Conseil de l’Ordre. Cela constituerait également un dauphinat de six mois pour les nouveaux membres du Conseil qui pourraient, eux aussi, découvrir l’Ordre et en comprendre le fonctionnement. Ils seraient ainsi parfaitement opérationnels en janvier, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

La mission du bâtonnier est sans doute plus importante actuellement qu’il y a une ou deux décennies. Nous avons un barreau de près de 30 000 avocats et des chantiers d’une complexité inouïe. Comme je l’ai indiqué plus haut, je suis persuadé qu’il serait nécessaire de porter le mandat du bâtonnier à trois ans, à l’instar de celui du président du CNB et des membres du Conseil de l’Ordre. Ce serait finalement assez logique.

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