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Philippe Juvin : « Le Pass sanitaire indispensable condition de la liberté »

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Philippe Juvin : « Le Pass sanitaire indispensable condition de la liberté »
© AP

Philippe Juvin est un homme politique connu en tant que maire de La Garenne-Colombes et ancien Député européen, mais il est aussi un professeur de médecine, anesthésiste-réanimateur et chef du service des Urgences de l'Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP) en première ligne pendant la Covid. Engagé politiquement sur la liste de Valérie Pécresse pour les régionales il nous donne sa vision de sortie de crise et de réorganisation de la santé.

Affiches Parisiennes : Vous êtes le maire de La Garenne-Colombes, praticien hospitalier et chef des urgences de l'hôpital Pompidou. Commence-t-on à voir le bout de cette crise sanitaire aujourd'hui ?

Philippe Juvin : Oui, on commence à voir le bout. La question est de savoir si c'est définitif ou si c'est une amélioration transitoire. Mais ça, personne ne le sait. Ça va mieux, il y a moins de cas. Les hôpitaux ne se vident pas très vite mais doucement et la vaccination progresse. Nous ne sommes pas sortis d'affaire, plusieurs éléments pourraient nous replonger dans les difficultés mais il est certain que ça va beaucoup mieux aujourd'hui ne serait-ce qu'il y a un mois ou même deux semaines.

...des pays vont plus vite que nous, probablement parce qu'ils ont traité la vaccination comme une question d'abord logistique.

A.- P. : Quels sont les retours actuellement de la campagne de vaccination ? Les gens sont-ils satisfaits et comment gérez-vous cela localement à La Garenne-Colombes ?

P. J. : La vaccination avance. L'une des conséquences que l'on observe, c'est qu'il y a moins de patients âgés hospitalisés puisqu'ils ont été protégés les premiers, ce qui était une bonne chose. On observe toutefois que des pays vont plus vite que nous, probablement parce qu'ils ont traité la vaccination comme une question d'abord logistique. Et c'est une des questions intéressantes pour le pays, voir ce qui a été fait ailleurs et pourquoi ça va plus vite là-bas. Je pense aux Etats-Unis ou à la Grande-Bretagne. Nous serons tranquilles quand, non seulement la population française sera vaccinée, mais quand le monde entier sera vacciné, et ça, c'est un autre sujet. Le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, a d'ailleurs déclaré il y a deux semaines que dans les pays développés à économie occidentale du type du nôtre, la moyenne est d'environ 25 % de gens vaccinés alors que dans les pays en voie de développement, c'est plutôt un patient sur 500. Il faut bien comprendre que dans une pandémie, qui touche le monde entier, le traitement doit être pandémique, ce qui signifie qu'il faut que la terre entière soit vaccinée parce que tant qu'il existera des foyers de virus circulant activement quelque part dans le monde, nous ne serons pas à l'abri qu'un de ces foyers mute et fasse apparaître un variant qui serait résistant aux vaccinations que nous aurions faites. Et ce même si aujourd'hui, nous pouvons affirmer qu'aucun variant apparu jusqu'ici n'est résistant aux vaccins à ARN messager. Aujourd'hui, pour tous les cas, on a une solution de vaccin efficace.

A.-P. : Comment se passe l'organisation de la vaccination dans votre commune de La Garenne-Colombes ?

P. J. : On a mis en place à La Garenne-Colombes un vaccinodrome dans la médiathèque dès le mois de janvier. La montée en charge s'est faite très progressivement puisque qu'au début, on n'avait pas suffisamment de vaccins. Aujourd'hui, on commence à en avoir plus et les vaccinodromes se multiplient, ce qui est une bonne chose. Il va se poser la question pour les maires des communes impliquées de la pérennité des centres de vaccination. Faut-il les laisser ouverts, qui paie et qui les arme ? Car il faut évidemment des gens qui sachent injecter, en utilisant des infirmières, des médecins de ville mais aussi ceux de cliniques ou d'hôpitaux qui viennent travailler, en plus de leur travail. Le risque de multiplier le nombre de sites de vaccination est d'être amené à voir des tensions sur le personnel. Je crois très important, au plan national, d'avoir une campagne de formation des gens pour pouvoir vacciner, il faut former les étudiants en médecine dès la première ou la deuxième année, les étudiants en soins infirmiers pour les étudiants en médecine, les aides-soignants. Il faut que nous disposions de beaucoup plus de monde que nous en avons pour tenir la durée parce que la lutte contre le Covid n'est pas un sprint, c'est une course de fond, et pour tenir, il faut des bras.

...on est à un niveau de vaccination qui est dans la moyenne européenne mais reste très inférieur à la vaccination aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne

A.- P. : Avons-nous suffisamment de vaccins aujourd'hui ?

P. J. : Aujourd'hui, il y a beaucoup plus de vaccins qu'il n'y en avait il y a trois mois. Il n'en reste pas moins qu'on est à un niveau de vaccination qui est dans la moyenne européenne mais reste très inférieur à la vaccination aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. On a plus de vaccins, c'est une très bonne chose, mais on n'a toujours pas résolu le problème logistique. Une vaccination de masse c'est une question de logistique, qui injecte, où et dans quelles conditions. Et ça, probablement qu'on aurait pu un peu accélérer les choses en s'appuyant sur des logisticiens. Mais il n'est jamais trop tard pour bien faire. D'autant qu'il est possible qu'à la fin de l'année ou peut-être au début de l'année suivante, on doive réinjecter, si nécessaire. Aujourd'hui, il n'y a pas de certitude sur la nécessité, mais si c'était le cas, il faudrait que nous puissions compter sur une organisation qui aurait bénéficié de nos atermoiements et de nos erreurs de cette année pour aller plus vite.

A.- P. : Vous avez fait deux mandats en tant que député européen. Avez-vous trouvé que l'Europe a suffisamment bien géré cette crise ?

P. J. : C'est une question complexe mais globalement, sur les vaccins, je pense qu'ils n'ont pas bien géré. La Commission européenne n'en a pas acheté suffisamment, en mettant la priorité sur le prix, alors que la priorité devait être sur l'approvisionnement. Maintenant, dans d'autres domaines, je pense en particulier au matériel de protection, l'Union européenne a plutôt souffert de l'absence de collaboration des Etats. J'ai souvenir de réunions techniques à la Commission européenne, dont j'ai vu les comptes rendus fin janvier 2020, où la Commission demandait aux Etats membres s'ils étaient prêts avec le matériel de protection et ces derniers répondaient oui. Ce qui n'était pas le cas puisque nous avons tous été débordés, nous avons tous manqué de tout. Donc l'Europe fonctionne si les Etats acceptent de la faire fonctionner, en elle-même elle n'est qu'un syndicat de copropriétaires, si les copropriétaires ne sont pas d'accord entre eux, on ne fait pas de travaux.

A.- P. : Est-ce qu'on a compris que la santé était un élément essentiel dans la vie ? Pour les citoyens, la santé est la chose la plus importante. Est-ce que les politiques aujourd'hui l'ont compris ?

P. J. : J'aimerais pouvoir le croire. C'est probablement vrai pour une partie mais quand j'entends certains, je m'interroge parfois sur leur capacité à faire le diagnostic de la situation du pays. J'espère que les gens auront compris. Il y a eu des déclarations qui ont jeté le doute.

A. -P. : Autre sujet important concernant l'Europe, le Pass sanitaire, qui permettrait de voyager et notamment de relancer le tourisme. Est-ce une chose qui avance bien selon vous ?

P. J. : Le Pass sanitaire est indispensable parce que c'est la condition de la liberté. Pour réouvrir les activités humaines, le transport, les voyages, il va désormais falloir pouvoir disposer d'outils qui vont nous permettre d'attester que la situation nous permet de circuler et il n'y a que le Pass sanitaire qui peut nous le dire. Il y a deux sujets principaux sur le Pass sanitaire. Le premier est son périmètre. J'étais par exemple favorable à ce qu'on puisse accéder aux restaurants et pièces de théâtre fermés, à tous les endroits fermés où il se passe quelque chose, avec un flashcode. Ce n'est pas ce qui a été retenu par le Gouvernement qui va le faire utiliser pour les très grands rassemblements et pour les voyages. A mon avis, ce n'est pas suffisant, il faut le faire pour tous les actes de la vie quotidienne qui sont actuellement bloqués.

Deuxième élément, il faut que le Pass sanitaire soit collaboratif avec celui des autres pays, que les informations qui ont été inscrites dans le Pass sanitaire en Allemagne soient lisibles par le Pass français et vice-versa. Le Pass sanitaire doit être international, sinon cela ne marchera pas. La France est la première économie mondiale du tourisme donc nous avons intérêt à ce qu'il y ait un Pass sanitaire, efficace, fluide, sans ambiguïté. Et c'est vrai que le mois de juillet arrive à grands pas et on ne sait pas très bien où il en est. Si cela demande un développement technique, il faut vraiment qu'il soit fait rapidement. Si on rate le coup, cette fois-ci je pense que ça peut faire beaucoup de mal à notre industrie du tourisme. C'est stratégique.

A.-P. : Vous soutenez la liste de Valérie Pécresse pour les régionales en Ile-de-France et vous êtes la tête de sa liste dans les Hauts-de-Seine. Vous avez mis la santé au cœur de la campagne avec des objectifs très ambitieux d'investissement, de développement des maisons de santé et de lutte contre la désertification médicale. Comment comptez-vous organiser la santé au niveau régional ?

P. J. : Nous allons agir sur la santé en Ile-de-France parce que c'est une grande préoccupation des franciliens, à plusieurs niveaux. On va d'abord agir dans le soin quotidien de ville et nous allons financer des maisons médicales de garde, à l'entrée des hôpitaux, pour éviter que les urgences ne soient submergées. Nous allons financer des maisons de santé pluridisciplinaires dans les communes en les aidant à acheter des bâtiments, à les rénover et à construire des maisons de santé libérale. Nous allons également aider les professionnels dans leur vie quotidienne : 3 000 places vont être ouvertes par les instituts de formation en soins infirmiers pour faire fabriquer des professionnels infirmiers en nombre suffisant. Dans la médecine hospitalière, nous allons poursuivre l'effort considérable qui a été fait avec un plan de 1 000 lits de réanimation. Valérie Pécresse a d'ailleurs financé du matériel très coûteux et des formations de personnels pour retourner en réanimation. Troisièmement, nous croyons à la nécessaire articulation entre la ville, les urgences et l'hôpital et le médico-social, les Ehpads. Il faut que tout cela fonctionne ensemble grâce à un outil qui existe, l'Agence régionale de santé (ARS). Nous pensons qu'elle devrait être une compétence, non pas de l'Etat comme c'est actuellement, mais des collectivités territoriales et de la région en particulier. Si la région avait l'ARS à ses côtés, avec un élément de régulation, je pense qu'on aurait des services publics plus efficaces et aux normes. Donc oui, les propositions de Valérie Pécresse sont très ambitieuses.

A.- P. : Aujourd'hui, en Ile-de-France, région la plus riche de France, Valérie Pécresse prévoit, si elle est élue, d'investir plus d'un milliard d'euros pour la santé. Est-ce un effort suffisant ?

P. J. : C'est un effort qui est absolument considérable. Il y a notamment la création de 5 200 lits de réanimation pour toute Ile-de-France. Ce que Valérie Pécresse propose, c'est une affaire absolument considérable en création de lits. Un milliard, ça ne s'est jamais vu, je n'ai pas connaissance d'une seule collectivité territoriale qui ait mis un milliard sur la table. Et elle a trouvé cette somme parce qu'elle a fait des économies durant le mandat. Valérie Pécresse a fait 2 milliards d'euros d'économies en réduisant les frais de siège de la Région, et plus de 100 millions d'euros en optimisant les achats. Le plan santé est indispensable mais il est en fait la conséquence d'une bonne gestion réalisée durant ces quelques années par Valérie Pécresse.

A.- P. : Autre mesure très intéressante au regard de la santé, la mutuelle régionale. Que vise-t-elle ?

P. J. : L'idée est d'aider tous les Franciliens, et en particulier les plus jeunes, qui n'ont pas la possibilité de se payer une mutuelle. On veut faire en sorte qu'il n'y ait pas de difficultés d'accès aux soins comme c'est le cas aujourd'hui parce que la prise en charge par la Sécurité sociale est insuffisante dans certains domaines, et que les mutuelles ne jouent pas toujours le jeu. L'intérêt d'une collectivité comme la région, c'est qu'elle a suffisamment les épaules larges, avec des moyens suffisamment hauts et qu'elle est suffisamment proche du terrain pour savoir quels sont les vrais sujets. On va mettre fin à des inégalités sociales et sanitaires extrêmement profondes.

A.- P. : S'agissant de la sécurité, autre point clé du programme de Valérie Pécresse, vous avez pris des mesures dans votre commune et vous avez même une police municipale montée. Pouvez-vous nous en dire plus ?

P. J. : Valérie Pécresse a vraiment fait un excellent travail sur la sécurité. Prenons l'exemple des transports où l'Etat a retiré 500 policiers et gendarmes des transports parisiens quand Valérie Pécresse en a rajouté plus de 1 000. On a vidéo-surveillé la totalité des gares, des bus, des tramways, des RER, des métros, chose qui n'avait jamais été faite avant car la gauche avait cette difficulté idéologique à accepter l'idée de vidéosurveillance. Nous on l'a fait, on a aussi surveillé par vidéosurveillance les lycées qui le souhaitaient. C'est un très grand plan d'aides de sécurisation à nos partenaires des transports parisiens et à nos partenaires qui sont les villes. Quand une ville veut mettre de la vidéosurveillance ou rénover son poste de police, la Région vient l'aider. Et bien entendu, cela va continuer si Valérie Pécresse est élue présidente de la Région. Nous avons prévu de placer du personnel de sécurité supplémentaire dans les transports, avec l'ouverture dans les mois qui viennent d'une salle de surveillance vidéo de tout le réseau de transports RATP, SNCF qui seront coordonnées et regroupés en un seul endroit à la Préfecture de police, avec la participation financière de la Région. L'idée est d'avoir un seul centre de vidéosurveillance pour pouvoir croiser les images en cas d'une agression sur le réseau SNCF et de la fuite de l'agresseur sur le réseau RATP. Avec une utilisation extrêmement pragmatique de l'outil de prévention et de protection de la population, on va probablement arriver à des résultats extrêmement probants.

A.- P. : Et dans le domaine de la scolarité, qu'en est-il des lycées ?

P. J. : Quand Valérie Pécresse a été élue, il y avait 200 lycées dans une situation de très grand délabrement et 21 000 lycéens qui recevaient leurs cours dans des préfabriqués. Pendant son mandat, la Région a rénové les lycées les plus dégradés. 21 000 places de lycéens ont été créées. Il est probable que la région et les communes soient les deux entités qui aient une traduction dans la vie quotidienne des gens la plus importante, la région Ile-de-France, particulièrement.

Notre ville a été aidé par la Région de manière assez importante. Par exemple, le lycée Albert Camus, situé à la limite de Bois-Colombes et de La Garenne-Colombes et qui accueille beaucoup de collégiens et lycéens de La Garenne va être complètement rénové. C'est un projet pour moi qui est très important. Idem, sur la ligne L qui dessert Saint-Lazare, de nouvelles rames plus modernes, plus agréables et plus sûres ont été mises en place, le plan de charge de l'organisation des lignes a été revu et on voit bien qu'une meilleure organisation a permis de faire disparaître les trains annulés. C'est la preuve que la politique peut régler les sujets et qu'on a besoin d'élus qui trouvent des solutions. Ce qui importe aux citoyens, c'est que les services publics fonctionnent et on est à un haut niveau du service public au niveau régional.




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