AccueilImmobilierPatrick Nossent – président de Certivea. Les bâtiments certifiés ont un rendement supérieur

Patrick Nossent – président de Certivea. Les bâtiments certifiés ont un rendement supérieur

Comme le précise Patrick Nossent, son président, « nous sommes un organisme certificateur engagé dans le champ de la construction durable ». L’impact de cette certification de plus en plus important…
Patrick Nossent – président de Certivea. Les bâtiments certifiés ont un rendement supérieur
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Immobilier Publié le , Ap REDACTION

A.-P. : Certivea a un statut public ou privé ?

P. N. : Certivea est filiale à 100 % d’un établissement public, avec un statut privé. Nous intervenons de façon contractuelle, avec une mission d'intérêt général, notamment en faveur d’un cadre de vie plus durable.

A.-P. : cet organisme a combien d’années d’existence ?

P. N. : Certivea a été créée en mai 2006, pour accompagner les acteurs de l'immobilier et de la construction vers le développement durable. Nous travaillons autant sur les bâtiments publics que sur les bâtiments privés. Nous avons d’ailleurs constaté que les acteurs privés s'étaient engagés plus vite et plus fort que les acteurs publics sur cette voie du développement durable.

A.-P. : Comment intervenez-vous ?

P. N. : Nous répondons à une démarche volontaire de la part des maîtres d'ouvrage, qu'ils soient publics ou privés. Mais, naturellement, il faut les convaincre. Nous ne pouvons pas uniquement attendre qu’ils viennent vers nous. Nous allons aussi vers eux pour les convaincre de l'intérêt de s'engager dans le développement durable et de prouver les résultats par la certification.

A.-P. : Vous intervenez à la fois sur les parcs immobiliers neuf et ancien ?

P. N. : depuis 2019, nous avons autant de certificats délivrés sur les bâtiments neufs que sur les bâtiments existants. Nous avons commencé par les bâtiments neufs. Nous nous sommes ensuite intéressés aux bâtiments en rénovation et, enfin, aux bâtiments en exploitation, c'est-à-dire avec des locaux occupés et de vraies performances mesurées.

Aujourd'hui, nous proposons une gamme de certifications et de labels qui couvre l'ensemble du cycle de vie, des bâtiments neufs, rénovés ou en exploitation. En France, il y a encore un long chemin à faire pour que la rénovation et l'exploitation atteignent les performances nécessaires pour atteindre les objectifs environnementaux.

A.-P. : Concernant la construction neuve, on constate actuellement un effort qualitatif très important…

P. N. : Oui, tout à fait. Je dirais que le pli est pris et la dynamique est là. Le Grenelle de l'environnement a constitué un véritable accélérateur, à travers une série de réglementations énergétiques, de mesures incitatives, etc. La prise de conscience et l'engagement se sont succédé. Nous devons à présent parvenir à suivre la même voie pour la rénovation et l'exploitation.

A.-P. : Au-delà de l'intérêt écologique et du développement durable, est ce qu'il y a un intérêt économique pour les gens qui sollicitent vos services ?

P. N. : Oui, naturellement.

A.-P. : Cet intérêt est-il réellement quantifiable ?

P. N. : Bien sûr. Nous avons démontré, à travers une étude indépendante réalisée par IPD, que le rendement net global pour un investisseur est de 110 points de base supérieur pour un bâtiment certifié. Donc, par exemple, quand un rendement moyen est de 6%, le bâtiment certifié rapporte 7,1%. Évidemment, le rendement varie selon les années, mais il y a toujours cet écart positif pour les bâtiments certifiés.

A.-P. : Ce rendement supérieur est dû à quoi ?

P. N. : Il est dû à l'attractivité des bâtiments certifiés pour les futurs utilisateurs. Le taux de vacance est donc plus faible. Les baux sont plus longs, éventuellement un peu un peu plus cher, grâce a des économies de charges. Le rendement est ainsi supérieur. La valeur patrimoniale augmente également. C’est d'ailleurs pour cela que des obligations vertes sont lancées pour financer des parcs de bâtiments certifiés. Elles rencontrent beaucoup de succès.

A.-P. : Sur les programmes neufs, vous intervenez au moment de la conception ou de la livraison ?

P. N. : Nous intervenons à trois stades. Tout d’abord, au moment de l'engagement, c’est-à-dire à l’amorce de l'opération, notamment à travers le programme du bâtiment. Nous nous assurons que toutes les études amont ont bien été réalisées, que les objectifs qui sont fixés sont compatibles avec les exigences de la certification. Nous intervenons ensuite durant la phase de conception, pour s'assurer que les choix architecturaux et techniques permettront bien d'atteindre les niveaux projetés. Enfin, pour un bâtiment neuf ou un bâtiment rénové, nous intervenons après la livraison pour nous assurer que tout ce qui est construit permettra d'atteindre les niveaux visés, si le bâtiment est bien utilisé et bien exploité.

Nous pouvons également intervenir sur les bâtiments en exploitation, à travers les mesures effectives, contrôlées, – compteurs d'électricité et d'eau, qualité de l'air... Nous vérifions que les performances en usage, sont bien conformes aux attentes.

A.-P. : Êtes-vous sollicités par des particuliers qui, eux aussi, souhaiteraient valoriser leurs biens ?

P. N. : Nous intervenons uniquement sur les bâtiments de bureaux, les bâtiments logistiques, les commerces, l’hôtellerie, l’enseignement, la santé, les gymnases, les piscines … Ce qu'on appelle le secteur “tertiaire”, ce qui exclut les bâtiments industriels et le résidentiel.

A.-P. : Quand vous êtes sollicités par une collectivité locale, quel est l’objectif de cette dernière ?

P. N. : Nous pouvons être contactés très en amont, au niveau d’un concours, pour donner aux équipes en lice un cahier des charges qui contient déjà des objectifs précis. Sur ces questions environnementales, plus on fixe tôt les objectifs, plus on a de chances de trouver des solutions économiquement viables pour atteindre la performance escomptée.

Des collectivités locales nous sollicitent ainsi avant la phase “concours”, pour s'assurer que les réponses apportées par les concepteurs seront bien conformes aux objectifs initiaux.

Les appels d'offres pour les entreprises constituent également une étape importante. Pour les bâtiments publics, le dossier de consultation des entreprises fait l'objet de l'audit conception. Les appels d'offres doivent apporter des réponses écologiquement pertinentes pour atteindre les niveaux fixés. Notre intervention, parfaitement en phase avec la loi MOP relative à la maîtrise d’ouvrage publique, aide ainsi le maître d’ouvrage public à réaliser un bâtiment performant.
Le certificat final, qui permet de rendre compte de tout le travail accompli et de la performance obtenue, constitue en fait la partie visible de l'iceberg. Même si, en France, nous ne sommes pas très habitués à l'évaluation des politiques publiques, rendre compte, en s'appuyant sur un certificateur, tiers indépendant, peut s’avérer très intéressant, notamment à l’heure des bilans. Aujourd’hui, il n'y a pas beaucoup d'élus qui peuvent faire abstraction de leur action en matière d'environnement mais ils sont plus crédibles quand ils peuvent la prouver avec des éléments tangibles. Il y a aussi tout cet accompagnement par le process de certification, les audits et les vérifications qui permettent de sécuriser l’opération, parce qu’un bâtiment public, c'est un investissement important pour la collectivité.

A.-P. : Dans les faits, comment se traduit ce suivi ?

P. N. : Nous envoyons des auditeurs sur le terrain, à des moments clés, pour s'assurer que les exigences requises et les niveaux de performance sont atteints. Cela sécurise l’atteinte des objectifs ambitieux : C'est l'innovation en confiance. Une fois encore, la certification constitue une preuve crédible de l'atteinte des objectifs fixés, ce qui est essentiel pour une collectivité locale.

A.-P. : Tout cela a évidemment un coût…

P. N. : Oui, cela a un coût, mais cela apporte surtout des bénéfices… J'ai abordé précédemment le sujet, avec la hausse des rendements. Le coût de la certification proprement dite varie de 10 000 à 40 000 euros, selon la taille du bâtiment, ce qui représente une fraction infime de l’investissement, de l’ordre de 0,001 %.

Pour atteindre la performance, il faut un architecte, des bureaux d'études. Il faut donc aussi investir dans la matière grise. Surtout, si on veut optimiser le résultat, notamment le rapport du coût des matériaux et des techniques par rapport à la performance. Investir dans les études en amont, c'est avoir l'assurance d’un choix technico-économique optimum pour atteindre les performances escomptées et un retour sur investissement assez rapide.

A.-P. : Où se situe actuellement Certivea sur le marché de la certification ?

P. N. : Nous sommes leader en France, qui est un marché très important en matière de certification, au niveau européen. Par ailleurs, nous sommes présents dans 26 pays, sur les cinq continents. Avec la certification HQE, nous portons haut les couleurs de la certification à la française. Dans le dernier classement européen établi par Green Soluces, qui existe depuis trois ans, nous sommes à la deuxième ou à la troisième place. Nous sommes aussi numéro 1 au Maroc et au Brésil. Nous faisons la promotion du savoir-faire à la française, voire à l'européenne. Les ambitions et les normes européennes qui sont actuellement assez fortes. Ce sont elles que nous promouvons à l'international.

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