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Pascale Lagesse L'écosystème Travail à l'heure de la RSE et des enjeux internationaux

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Pascale Lagesse L'écosystème Travail à l'heure  de la RSE et des enjeux internationaux
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Les Assises du Droit Social se tiendront lundi 7 octobre prochain à la Mutualité de Paris. Cet événement « sociétal et pluraliste » se déroule pour la deuxième année consécutive sous le haut parrainage du Premier ministre. Me Pascale Lagesse, vice-présidente de l'association fondatrice de l'événement, nous en dévoile l'ambition.

Affiches Parisiennes : Quel est le but poursuivi par cet événement et l'association qui l'organise ?

Pascale Lagesse : Benoît Girardin a eu l'idée il y a deux ans de créer l'association les Assises du Droit Social – les ADS - avec l'ambition de mettre en place un véritable forum de rencontre et d'échanges pour l'ensemble des acteurs de la planète sociale sur des problématiques transversales et concrètes.

Si l'on devait définir le but poursuivi par les Assises de Droit Social, on pourrait évoquer « réunir », « réfléchir » et « impulser » le droit social et les ressources humaines sur le plan national mais également sous un angle mondial.

J'ai immédiatement adhéré au projet, en particulier grâce à son caractère novateur.

Le premier colloque en 2018 a réuni 800 participants et 90 intervenants sur des thèmes ambitieux.

A.-P. : à qui s'adresse ce colloque ?

P. L. : Le colloque se destine à un public de professionnels des relations sociales élargi, c'est d'ailleurs tout ce qui fait la richesse de l'événement. Il nourrit l'ambition de réunir des profils variés aux sensibilités parfois divergentes tel que des directeurs de ressources humaines, des dirigeants d'entreprise, des membres d'organisations syndicales, des salariés, des membres du corps professoral mais également des conseils juridiques.

Nous sommes ravis car il y a déjà 1 000 participants inscrits pour ces 2e ADS, dont énormément de représentants d'entreprises et d'organisations syndicales.

Cette année, j'ai souhaité fêter les 100 ans de l'Organisation internationale du travail.

A.-P. : Après avoir planché sur "Les visages du travail de demain" lors de la 1re édition, pourquoi avoir choisi le thème de « l'entreprise responsable face aux défis du travail durable » pour la 2e édition ?

P. L. : L'année dernière, j'avais axé le programme sur les problématiques émergentes qu'étaient alors la digitalisation, les nouvelles formes d'emploi et l'uberisation, au regard des enjeux qu'emportent ces nouvelles formes de travail sur les organisations traditionnelles des entreprises afin de les adapter voire de les transformer.

Cette année 2019 est marquée par un événement majeur pour tout acteur de la planète sociale : les 100 ans de l'Organisation internationale du travail (OIT) qui, encore aujourd'hui, veille à ce que chacun puisse travailler dans des conditions dignes et décentes.

Les Assises du Droit Social ayant pour ambition de capitaliser sur l'expérience des différents acteurs pour impulser le changement, il nous semblait intéressant de mettre en perspective les constats faits par l'OIT dans son rapport sur le travail de demain établi à l'occasion de son Centenaire.

C'est ainsi que notre nouvelle journée de travail et de réflexion est née, et la responsabilité sociétale des entreprises – la RSE – nous semblait être l'angle d'approche le plus à propos, de par son aspect multifacette.

Ces 2e Assises sont donc intitulées "L'entreprise responsable face aux défis du travail durable" et s'articuleront autour de deux thématiques majeures et transverses, en premier lieu la RSE, au travers de laquelle nous échangerons autour des enjeux qu'impliquent la transition écologique, la diversité, les lanceurs d'alerte… qui constituent des problématiques majeures auxquelles les acteurs doivent se préparer et s'outiller. Puis il s'agira de réfléchir ensemble sur les impacts de la mondialisation sur les relations de travail, qu'il s'agisse des relations collectives par le biais des accords mondiaux qui émergent au sein de grands groupes comme Danone, ou, plus récemment, le Crédit Agricole, mais également sous l'angle des relations individuelles avec les nouvelles aspirations des collaborateurs en matière de mobilité.

A.-P. : Ce thème est-il en lien avec la loi Pacte ?

P. L. : En réalité, la RSE admet une dimension plus transverse que la loi Pacte, en touchant notamment aux questions environnementales et sociétales, à l'ère de la transparence et de la responsabilisation de chacun. C'est d'ailleurs dans cette dimension que l'on retrouve le lien avec la loi Pacte qui, sur le plan du droit du travail, vient dynamiser les dispositifs d'épargne salariale et de partage de la valeur, avec l'ambition de susciter chez les salariés une volonté d'investissement accrue dans la vie et la performance de leur entreprise.

A.-P. : Quels sont les intervenants importants de ces 2e ADS ? Etait-ce nécessaire d'inviter des non-juristes ?

P. L. : Oui, c'est fondamental car le juriste, pour être efficace, ne doit pas évoluer uniquement dans la sphère juridique. Il doit se nourrir de la vision et de l'expérience des autres professionnels de la matière sociale. L'événement du 7 octobre n'a pas été créé dans une perspective technique uniquement, que ce soit sous l'angle juridique ou bien ressources humaines. L'ambition est davantage d'adopter une approche transverse de la matière, sous les angles philosophique, économique, social et juridique. Le panel d'intervenants est très varié et c'est ce qui permet la richesse des échanges et une mise en perspective des sujets sociétaux majeurs avec les contraintes juridiques que les entreprises rencontrent. Pour cela, elles doivent pouvoir échanger avec leurs partenaires. L'ancien secrétaire général de la CGT Bernard Thibaud interviendra par exemple sur les derniers soulèvements sociétaux qu'ont été les mobilisations des Gilets jaunes et qui constituent un vrai enjeu pour l'économie moderne et les entreprises. L'économiste Jacques Attali partagera des propos introductifs et l'ancienne ministre du Travail Myriam El Khomri interviendra sur les enjeux internationaux du travail. Ces différentes visions assurent l'efficience des outils juridiques et sociaux qui font l'objet d'études postérieurement.

A.-P. : Les travaux réalisés lors des ateliers ont-ils vocation à être retranscrits puis soumis aux Pouvoirs publics ?

P. L. : L'idée est de capitaliser sur les réflexions menées dans le cadre des Assises de Droit Social pour fournir ensuite des travaux plus académiques. Nous sommes par exemple en train de préparer un rapport pour les Pouvoirs publics sur l'évolution du travail indépendant et le statut des travailleurs des plateformes, qui était l'une des thématiques phares de l'édition 2018 des Assises de Droit Social. Plus que la retranscription des échanges tenus lors de ces journées de travail, c'est davantage l'exploitation des idées nées du colloque que nous recherchons afin de mener ensuite nos études et nous montrer créatifs et innovants.

A.-P. : Comme l'an passé, vous terminerez cette journée par la remise d'un Prix, lequel et pourquoi ?

P. L. : La journée se conclura en effet par la remise du Prix de l'accord collectif le plus innovant, gagné l'an dernier par EDF, suivi de France Télévision et d'Engie. Cela requiert un travail important pour les membres du jury dont fait partie Franck Morel, le conseiller social du Premier ministre, puisque nous devons relire attentivement et étudier la portée des accords qui nous sont soumis. Mais nous retirons une grande satisfaction de constater que la négociation collective, le dialogue et le progrès social ont le vent en poupe en France et de le communiquer à plus grande échelle, en particulier lorsque sur la scène internationale, la France était vue encore récemment comme un pays de conflits sociaux et de grève.

A.-P. : Combien de membres compte votre association ? A-t-elle vocation à s'agrandir ?

P. L. : Bien sûr, nous souhaitons vraiment fédérer autour du droit social donc l'association a évidemment vocation à grandir. Nous comptons actuellement environ 150 membres et notre conseil d'administration est extrêmement riche, composé notamment des représentants de toutes les organisations syndicales. L'association est très active et tient à le rester, puisqu'en parallèle du grand événement annuel que nous avons créé, nous organisons régulièrement des rencontres. Ainsi, début juillet, nous avons reçu les quatre représentants des confédérations syndicales – Laurent Berger (CFDT), François Hommeril (CFE-CGC), Yves Veyrier (FO), Philippe Louis (CFTC) - autour d'une question fondamentale : "Pourquoi et comment réinventer le syndicalisme", avec leur sensibilité propre. Une telle rencontre était inédite et a eu un franc succès, beaucoup de professionnels, en particulier les DRH, ont répondu présent. Ces rencontres en comité restreint sur des thématiques plus précises que nos colloques annuels plus transverses ont vocation à se renouveler deux fois dans l'année.

« S'ouvrir sur le monde »

Pascale Lagesse, qui siège au Management Board de l'IBA (International Bar Association qui fédère 80 000 avocats dans le monde), rentre tout juste du dernier congrès annuel à Séoul qui était « une rencontre très enrichissante ». Pour cette militante du brassage des cultures et du dialogue, « l'avocat ne doit pas se contenter de son rôle de gestion des dossiers au jour le jour mais doit aussi s'ouvrir sur le monde, et des associations comme l'IBA et l'ADS le permettent ».

« Cet événement a réuni plus de 5 000 confrères, dont des avocats du monde entier, notamment des pays asiatiques, ce qui donne une autre vision car c'est tellement différent là-bas », témoigne cette membre du comité de direction de l'association internationale des barreaux. Elle se réjouit d'ailleurs que beaucoup de Français aient fait le voyage, notamment des confrères parisiens dont le bâtonnier nouvellement élu Olivier Cousi qu'elle connaît bien, et qu'ils défassent ensemble le préjugé selon lequel nos juristes ont tendance à rester très franco-français.

« On revient de ces voyages avec les yeux ouverts. C'est une petite parenthèse sur d'autres cultures, d'autres systèmes juridiques et tout simplement d'autres gens. Il y avait par exemple des dissidents nord-coréens qui sont venus témoigner, c'était assez bouleversant. La richesse du programme des ADS vient de l'exposition à différents points de vue que j'ai la chance d'avoir à travers les différents congrès de l'IBA », explique-t-elle.

Ce n'est pas le fruit du hasard si cette avocate nourrie de riches expériences internationales et plurisectorielles s'investit dans une association dont elle ne cache pas l'ambition lobbyiste. « C'est à force d'être exposée à des situations étrangères et des réflexions dans une perspective internationale qu'on parvient à faire bouger les lignes en France », déclare-t-elle.




Anne MOREAUX
Journaliste

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