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Parlement européen des entreprises : les PME favorables au libre-échange

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Parlement européen des entreprises : les PME favorables au libre-échange
© AP - Les entrepreneurs au garde à vous au son de l'hymne européen.

Une cinquantaine de PME françaises étaient représentées lors du Parlement européen des entreprises qui s'est tenu dernièrement à Bruxelles. Plus de 700 entrepreneurs issus de pays membres d'Eurochambres ont eu l'opportunité de prendre la place des parlementaires européens le temps d'une journée, en siégeant et débattant de problématiques commerciales dans l'hémicycle du Parlement européen.

De bon matin, de nombreux chefs d'entreprises français montent dans le Thalys aux côtés de certains parlementaires européens. La délégation française, composée d'entrepreneurs et de membres des Chambres de commerce et d'industrie (CCI) de France, présidée par André Marcon, est pleine d'entrain.

Tous les deux ans, l'hémicycle du Parlement européen à Bruxelles ouvre ses portes et donne la parole aux entrepreneurs des 28 Etats membres de l'Union européenne (UE) et aux membres du réseau Eurochambres qui regroupe pas moins de 43 chambres de commerce nationales. Cette année, des Albanais et des Turcs (pays candidats à l'entrée dans l'UE) ont participé.

L'ouverture de cette 4e édition s'est faite avec légèreté grâce à la projection d'un clip vidéo ventant les atouts de l'Union européenne pour les entreprises et le développement du business. Protocole oblige, des propos introductifs ont été tenus par les organisateurs.

Andrée Marcon regrette cependant que Martin Schulz et Jean-Claude Juncker n'aient finalement pas daigné faire le déplacement pour aller à la rencontre des chefs de PME européennes, alors qu'ils étaient prévus dans le programme d'origine.

A défaut des présidents de la Commission et du Parlement européens, c'est Antonio Tajani, vice-président du Parlement, qui a accueilli en premier les chefs d'entreprise en leur confirmant l'importance de la diplomatie économique. Il a souligné les nombreux challenges auxquels fait face l'UE (adapter l'industrie au futur et aux nouvelles technologies, améliorer les normes commerciales à échelle internationale, créer un meilleur accès au marché industriel…) avant de remercier l'audience pour son esprit d'entreprendre et son fort engagement dans l'économie européenne.

« Europe needs business and business needs Europe ! »

Pour, Jyrki Katainen, vice-président de la Commission responsable de l'emploi, des investissements et de la compétitivité, le domaine prioritaire est celui du « mieux légiférer » qui dirige cet événement : « utilisez notre pouvoir de réglementation avec les entrepreneurs ».

Ce député européen souhaite traiter à l'échelon européen tout ce qui ne peut être que traité comme tel, et laissez le reste aux Etats souverains. L'investissement économique nécessite un environnement stable, c'est pourquoi le marché unique du numérique, de capitaux et les autres projets sont très importants pour l'économie européenne selon lui.

Il appuie son propos par l'exemple de l'accord signé avec la Corée du Sud qui a fait augmenter les échanges de 75% avec ce pays, et fait la promotion du CETA en négociation avec le Canada. Des manifestations contre la signature de ce traité se déroulaient d'ailleurs ce jour-là aux portes du Parlement de Bruxelles.

En outre, l'UE est sur le point de conclure un accord très important avec le Japon, qui sera encore plus important que celui avec la Corée du Sud.

« Le moment est venu de récupérer notre rôle d'entrepreneur dans la construction de la société », s'exclame Richard Weber, président d'Eurochambres. La multitude d'entreprises façonne la richesse et la diversité d'un pays. Ce dernier soutient le développement du marché unique, des déplacements de personnes et de choses, notamment transfrontières, pour engendrer de la richesse et générer des emplois. « Le moment est venu pour que les entreprises déclarent haut et fort qu'elles sont disposées à apporter leurs solutions aux craintes des citoyens telles que le chômage, les migrations, le réchauffement climatique...»

Avant de demander à tous les participants de se lever et de se sentir européen au son de l'hymne qui résonne, il proclame « Europe needs business and business need Europe ! » et pose un masque neutre sur son visage.

Comme de véritables députés, les entrepreneurs ont ensuite débattu et voté des résolutions sur les thèmes suivants : le commerce extérieur, le marché unique intérieur, l'économie circulaire et la formation. Le résultat des votes sera présenté aux représentants politiques compétents de chaque institution de l'UE afin qu'ils prennent en compte la voix des PME dans l'élaboration des politiques commerciales européennes.

« Un événement très important pour les PME »

A la tête de la délégation française ayant fait le déplacement, André Marcon, président de CCI France, partage en aparté sa vision de l'événement et de la situation politique actuelle.

S'il regrette que Martin Schulz et Jean-Claude Juncker n'aient pas daigné faire le déplacement, surtout pour un événement qui a failli ne pas avoir lieu à cause de la menace terroriste pesant sur Bruxelles, André Marcon estime toutefois que cette 4e édition du Parlement des entreprises est une réussite.

Il déplore qu'une partie des débats de la matinée ait tourné autour de sujets médiatiques comme les accords bilatéraux du CETA et du TTIP mais se réjouit que les chefs d'entreprise soient venus nombreux, notamment les Français, très bien représentés avec environs 70 entrepreneurs présents.

En revanche, il ne comprend pas pourquoi la parole d'un grand entrepreneur turc - qu'il connaît et avec qui, il y a quelques années, il a pu rencontrer le Président turc et certains ministres pour aborder des problématiques commerciales – n'ait pas été prise en compte. Selon lui, le business est un bon moyen d'apaiser les tensions politiques.

Le président de CCI France voudrait faire davantage de communication et de formation sur l'importante de l'Union européenne dans l'économie française, avant tout pour les PME, mais n'en a pas vraiment les moyens. D'autant plus que le budget des CCI est très clairement amputé : de 1,2 milliard d'euros en 2011 à 1,8 million en 2016.

L'Assemblée générale de CCI France vient d'ailleurs d'adopter une motion à l'unanimité dans laquelle elle s'insurge contre le traitement inéquitable et injuste que le Gouvernement et l'Assemblée Nationale réservent aux CCI à l'occasion des discussions en cours sur le projet de loi de finances pour 2017 et demande au Gouvernement, avec l'appui de la CGPME et du MEDEF, le maintien des ressources fiscales 2017 du réseau au niveau de 2016.

André Marcon confie toutefois que CCI France va continuer de concentrer tous ses efforts sur les quatre objectifs suivants : le numérique, le développement durable, la RSE et le commerce international.

Un besoin d'information sur les accords de libre-échange

La communauté des petites entreprises travaille pour le monde entier, elle a une responsabilité civique et éthique pour les générations futures selon Christophe Leitl, président de la plateforme mondiale des CCI.

Les interventions sur le commerce extérieur étaient variées et nombreuses : un industriel allemand ; un représentant de la société de liqueur espagnole Freixenet ; un agriculteur polonais ; un entrepreneur sarde parle d'insularité et demande un soutien aux régions les plus vulnérables pour encourager le libre-échange ; un Britannique contre le Brexit ; le dirigeant d'une petite raffinerie sucrière portugaise ; le président de la CCI de la Wallonie en Belgique ; un Nantais qui fabrique du mobilier médical aborde l'impossibilité d'échanger avec l'Iran ; une Belge fait l'apologie d'un label européen et souhaite qu'on réfléchisse au statut de la Chine…

Malheureusement, les points sur lesquels les entrepreneurs ont voté étaient plutôt consensuels et pas véritablement en lien avec les débats précédents.

Il en ressort d'une part, un véritable besoin d'information sur les implications commerciales des accords de libre-échange de l'Union européenne, avec 92% (468 contre 41) d'entrepreneurs ayant répondu qu'ils n'en étaient pas assez informés.

D'autre part, les entrepreneurs ont clairement manifesté leur besoin d'expression et de participation en matière de politique commerciale européenne, avec 501 votes positifs contre 25 à la question de savoir s'il faut donner davantage la parole aux PME.

Enfin, les participants étaient presque tous d'accord (94%) pour dire qu'une politique commerciale européenne efficace est très importante pour la compétitivité de leurs entreprises. Ils ont ainsi pu débattre de l'opportunité de signer les accords commerciaux avec les Etats-Unis (TTIP), et avec le Canada (CETA), dont la majorité est favorable.

Un marché unique pas assez efficace

Les nombreuses interventions sur le marché unique et la stratégie commerciale européenne ont fait ressortir certains besoins. On retrouve notamment l'intégration des PME dans la numérisation ; l'aide au financement ; moins de protectionnisme ; davantage de contrôle des entreprises qui ne respectent pas le droit communautaire; résoudre la question des SMIC différents etc.

Anna Maria Corazza-Bildt, députée européenne suédoise, a fait l'effort de répondre à chaque question et souhaite lever tous les obstacles juridiques et bureaucratiques au développement des petites entreprises.

Il ressort des votes qu'une grande majorité d'entrepreneurs européens (87% avec 405 votes) estime que le marché unique n'est pas suffisamment intégré pour permettre à leur entreprise de fonctionner et d'être compétitive.

Le développement durable : atout et contrainte

Les débats ont débuté après une belle introduction sur l'économie circulaire faite par Françoise Bonnet, secrétaire générale de l'association des cités et régions pour le recyclage et la gestion durable des ressources (ACR+). « Notre planète ne pourra pas survivre si nous continuons avec notre économie actuelle », a-t-elle asséné.

Daniel Calleja Crespo a conclu les débats en proposant de changer le modèle économique pour aller vers un modèle circulaire qui inclut la croissance, l'emploi et l'écologie.

Les votes ont montré qu'une majorité de PME européennes (82% avec 338 votes) pensent que des normes de conception environnementale plus complexes fragiliseraient la compétitivité mondiale de leurs produits même s'il existe une véritable demande de produits écologiques.

Une réforme de la formation professionnelle nécessaire

Dans son introduction sur le besoin de réformer la formation, Alan Päll, secrétaire général du Forum européen de la jeunesse, a insisté sur l'importance de l'apprentissage, de réaménager les moyens et d'adapter la formation à la nouvelle économie circulaire et numérique. En outre, la formation professionnelle pourrait permettre d'accueillir des réfugiés syriens et des personnes éloignées du marché du travail. D'ailleurs, 90% des votants se disent prêts à accueillir un réfugié au sein de leur entreprise en tant qu'apprentis. « L'éducation est la seule garantie sur l'avenir », résume-t-il.

Une représentante de la chocolaterie française Michel Huvelin a abordé le déficit d'image dont souffre l'apprentissage aujourd'hui. Elle propose ainsi de faire la promotion de l'apprentissage dès l'école primaire et de multiplier les exercices pratiques sur l'entrepreneuriat. La formation à l'entrepreneuriat devrait être introduite à tous les niveaux de l'enseignement classique pour 94% des votants.

Un anglais a invité à réfléchir au fait qu'en 2030, 50% des emplois seront liés à la science ou la technologie. Il faudrait donc faire de la pédagogie ludique pour aider les enfants à acquérir des capacités techniques dès le plus jeune âge.

En général, les chefs de PME estiment qu'il faut améliorer la fracture entre les études et le monde du travail et adapter les formations au besoin d'emploi. Ainsi, un entrepreneur français pense qu'il faut intégrer le plus tôt possible les jeunes dans la chaîne de valeur des sociétés. Seulement un votant sur deux estime que la garantie de compétence donnée par un diplôme est un outil valable pour la réduction du chômage.




Anne MOREAUX
Journaliste

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