Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

Où va le monde dans le contexte géopolitique actuel ?

le - - Entreprise - Vie des entreprises

Où va le monde dans le contexte géopolitique actuel ?
@ DR - Nicolas Sarkozy était présent à la REF 2019 pour répondre aux questions des entrepreneurs du COMEX 40 du Medef.

L'ancien Président Nicolas Sarkozy s'est rendu à la REF pour débattre avec de jeunes entrepreneurs du Comex 40 du Medef de la situation géopolitique mondiale et de ses perspectives pour le futur. Un débat détendu ayant néanmoins permis d'évoquer des sujets d'actualité parfaitement sérieux.

Après la présentation des participants à cette première conférence, Christian Makarian, directeur délégué de la rédaction de L'Express, invite la première entrepreneuse à poser sa question. « Vous qui avez transformé le G7 en G20, quelle est votre analyse sur le G7 qui vient de se terminer à Biarritz, ainsi que sur la remise en question des démocraties qui se déroule en ce moment, quel impact cette remise en question a-t-elle sur nos entreprises, et quel est le rôle de nos entreprises dans un tel contexte ? », interroge-t-elle.

« Il y a au moins 2000 questions dans la première question », s'amuse Nicolas Sarkozy. Sa réponse s'axe essentiellement autour de l'ancienneté des institutions mondiales actuelles, qu'il n'estime pas aptes à répondre aux défis posés par le monde contemporain. Il considère qu'on ne peut pas laisser des pays comme l'Inde ou la Chine hors des instances dirigeantes du monde. Au niveau national, son discours s'oriente vers la construction d'infrastructures, notamment l'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame des Landes.

« Je ne sais pas s'il fallait l'arrêter ou non, mais on ne peut pas travailler 40 ans sur un projet pour l'abandonner alors que l'Asie, par exemple, se dote en ce moment d'aéroports modernes », précise-t-il.

La deuxième question concerne l'Europe. « Dans un contexte de Guerre froide économique entre les Etats-Unis et la Chine, comment l'Europe peut-elle réaffirmer sa souveraineté ? Et quelles sont ses priorités à l'aune de la création d'un nouvel organisme européen ? » « Guerre froide ? Je la verrai plutôt chaude », ironise l'ancien président. « Nous vivons dans un monde où n'importe quoi, y compris le pire, peut se passer. » Il dit penser que tout n'est pas à rejeter dans le discours du président américain Donald Trump, et même que celui-ci a raison sur certains points. Il conteste néanmoins la méthode.

« Je pense que nous n'obtiendrons rien des Chinois en entretenant avec eux un rapport de force », illustre-t-il. « Qu'il y ait des problèmes, et nombre de problèmes évoqués par le président Trump sont justes, d'accord, mais déclencher un bras de fer atomique à base de “c'est moi qui sais”, ça n'a aucun sens. »

Il admet ne pas comprendre comment la première nation mondiale dans de nombreux domaines peut se renfermer ainsi sur elle-même ; pour lui, le dernier président avec des valeurs universelles était George Bush Jr, et dans sa manière d'être, Donald Trump ressemble plus à Barack Obama. Selon lui, cette situation de refus de leadership de la part des Etats-Unis, couplé à un refus de leadership de la part de la Chine, offre une opportunité formidable à l'Europe, et particulièrement à la France, de faire entendre un discours de raison.

Christian Makarian rebondit en demandant à Nicolas Sarkozy s'il a été témoin de signes particulier du tournant qu'a connu le leadership mondial sous la présidence américaine de Barack Obama. « Obama utilisait sa gentillesse et son charisme, mais son objectif affiché était de ramener les soldats américains à la maison », répond l'ancien président.

« Les Etats-Unis devaient être aimés par le monde entier… en restant tranquillement chez eux. Devant une telle opportunité, l'Europe devrait prendre l'initiative. Mais elle fait l'inverse ! », déplore Nicolas Sarkozy.

Il précise également avoir vu la crise comme une opportunité, car il est beaucoup plus passionnant de diriger un Etat ou une entreprise dans la crise : celle-ci brise les conservatismes et donne une opportunité à la prise de risque. Additionnellement, il voit la Russie comme une alliée potentielle. Sans être d'accord sur tout, il vaut mieux l'accueillir que la pousser dans les bras de la Chine. « L'Europe doit être un pivot, parlant à tout le monde, mais également sans a priori, car c'est notre grande faiblesse, de donner des leçons, d'affirmer à quel point on sait mieux que les autres, et que les autres devraient absolument faire comme nous », affirme Nicolas Sarkozy.

Ce dernier revient ensuite sur la question du Brexit, ce triste spectacle que l'on offre au moment où l'on devrait se montrer unis. « Une erreur monumentale dont vous ne réalisez pas encore les conséquences », assène-t-il. « On est en train de perdre le deuxième moteur de l'économie européenne, et eux, de s'isoler. » « L'aviez-vous senti venir, lors de votre mandat ? », relance Christian Makarian. « Il faut bien comprendre que ce n'est pas un problème anglais », répond l'ancien président.

« Bien sûr que c'est un problème anglais au sens que ce sont les Anglais qui s'en vont, mais vous obtiendriez la même réponse quel que soit le pays européen auquel vous poseriez la question. » « En 70 ans, l'idée européenne a vieilli. Je suis un pro-européen, et je le resterai jusqu'à la fin de mes jours, mais l'Europe ne peut pas continuer ainsi », ajoute-t-il. « Il faut réinventer l'idéal européen créé par les génies d'il y a 70 ans. Je suis contre le Brexit mais je suis également contre le statu quo. Les institutions européennes ont été créées pour 6, 9 ou 13 pays mais elles sont aujourd'hui dépassées. Et il faut arrêter de voir l'Europe comme unique. Il y a plusieurs Europes : l'Europe de l'euro, car ce n'est pas rien d'avoir une monnaie unique, l'Europe de l'Union, qui doit aller vers moins d'intégration et récupérer les Anglais, l'Europe de Schengen, qui peut obéir à des règles différentes que l'Europe de l'euro, etc.

De plus, on peut appartenir à une Europe sans appartenir à une autre. » Il croit fermement en la nécessité de réinventer l'Europe, sans la Turquie ni la Russie, quand bien même les deux pays seraient inclus dans une autre alliance ; un nouveau traité, un nouveau référendum ; un non-alignement de l'Europe sur les Etats-Unis ; et pour ce faire, il faut privilégier l'audace et la prise de risque.
« Comme disait un auteur cher au Medef, Jean Jaurès, “c'est en allant vers la mer que le fleuve est fidèle à sa source”, s'amuse-t-il. « Il est temps de voir si notre génération peut faire preuve d'autant d'imagination que les bâtisseurs de l'Europe. »

"L'Europe doit être un pivot, parlant à tout le monde, mais également sans a priori."Nicolas Sarkozy

La troisième entrepreneuse du Comex 40 pose à son tour sa question : « Comment de grands groupes économiques peuvent assurer une croissance responsable ? ». Il répond : « Je pense que les entrepreneurs doivent participer davantage au grand débat de notre société. Vous ne pouvez pas être absents, c'est trop dangereux, surtout dans un monde où tout le monde prend la parole pour dire n'importe quoi à n'importe quel moment. Parce que c'est toujours comme ça que cela se passe : les moins légitimes crient plus forts, et les plus raisonnables se taisent parce qu'ils en ont marre de se faire déchiqueter. » Il exprime également son inquiétude par rapport au monde politique français.

« La déstabilisation systématique de toute personne qui s'engage en politique est préoccupante. Quand on est élu, on a des amis, quand on est battu, un peu moins. »

Il insiste sur l'importance de l'échange et de la discussion entre les différents mondes. « Sinon, cela crée beaucoup d'amertume. Cette recherche égalitaire, cette obsession du nivellement ne va pas dans le bon sens. C'est sans fin. On devrait respecter la différence de chacun, on devrait aimer la différence de chacun, et on devrait plus parler de justice que d'égalité. »

La dernière question concerne l'enjeu démographique : « Vous abordez longuement dans votre livre le problème de surpopulation, mentionnant que lors de votre naissance nous étions 2,5 milliards et qu'à la fin du siècle nous devrions atteindre les 11 milliards. Quel est, selon vous, l'ordre de priorité face à ce défi gigantesque ? »

« Le plus grand choc mondial, c'est le choc démographique », répond-il. « Des chocs climatiques, la Terre en a connu. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas s'en occuper, bien au contraire, mais le monde n'a jamais connu un choc démographique comme celui que nous sommes en train de vivre. Vouloir promouvoir le développement durable sans poser la question de l'explosion de la démographie mondiale, ça n'a aucun sens. »

Il pointe du doigt l'absence d'organisation internationale suivant l'évolution de la démographie mondiale. « La question : combien d'êtres humains peuvent vivre sur cette planète ? Ne voit-on pas que toutes les espèces du vivant ont vocation à disparaître par surpopulation ou par appauvrissement des ressources ? » Des questions auxquelles le futur devra impérativement répondre.




Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer