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ORBISS un cabinet aux USA pour guider les entreprises françaises

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ORBISS un cabinet aux USA pour guider les entreprises françaises
@DR

Laurence Goleret-Ruiz est expert-comptable française, installée à New York, co-fondatrice du cabinet d'expertise comptable Orbiss. Elle nous donne son éclairage sur les problématiques auxquelles sont confrontées les entreprises françaises aux Etats-Unis pendant cette période d'épidémie de Coronavirus (Covid-19).

Affiches Parisiennes : Vous avez fondé le cabinet Orbiss, qui s'est orienté vers l'aide à l'installation des entreprises françaises aux États-Unis. Pouvez-vous nous présenter votre activité ?

Laurence Goleret-Ruiz : Notre cabinet réunit quatre associés, Yoann Brugière, Marc Trost, Jenny Le Doridour et moi-même, nous sommes basés principalement à New York mais aussi à Atlanta et à Washingotn DC. Nous sommes experts-comptables en France et CPA - Certified Public Accountant – américains. Nous avons donc la double casquette et la double culture. L'objectif d'Orbiss est d'aider les entreprises françaises à s'implanter sur le territoire américain, pas d'un point de vue analyse du marché, mais surtout en matière de comptabilité, fiscalité et mise en place des process sur le territoire américain. Après l'installation, nous les accompagnons tout au long de leur évolution, dans l'embauche et dans tout ce qu'ils vivent au quotidien. Notre principal objectif est d'automatiser un maximum, via les outils informatiques dont nous disposons à présent, pour intervenir essentiellement en valeur ajoutée et être vraiment présents au quotidien pour ces entreprises.

A.-P. : Vous êtes un cabinet d'expertise-comptable. Vous connaissez donc très bien les entreprises françaises. Comment est venue cette idée d'aller vous installer aux Etats-Unis ? Avez-vous également un bureau en France ?

L. G.-R. : Non, nous n'avons pas de bureau en France. Nous sommes venus aux États-Unis pour des raisons différentes. Nous nous sommes aperçus qu'il y avait un réel besoin pour les entreprises françaises d'avoir un interlocuteur de confiance sur le marché américain. Il y a une réelle différence culturelle entre la France et les États-Unis d'un point de vue comptable, d'un point de vue fiscal, mais aussi en matière de management des équipes. Il y a un vrai besoin des entreprises françaises de savoir comment réussir sur le territoire américain. Beaucoup d'entre elles faisaient appel à des CPA américains, mais il manquait un pont. Il était important de l'édifier, notamment de ce point de vue culturel.

A.-P. : Depuis combien de temps êtes-vous installés aux États-Unis ?

L. G.-R. : Depuis plus de sept ans.

A.-P. : Donc, vous vous connaissez très bien le marché américain et aussi bien les entreprises françaises qui souhaitent s'y installer ?

L. G.-R. : Oui. Nous sommes très implantées dans le tissu français aux États-Unis, notamment à New York. Nous avons une bonne expérience des expériences heureuses et moins heureuses de ceux qui ont réussi et de ceux qui n'ont pas réussi. On ne peut pas dire que tout le monde réussira par notre intermédiaire, parce que le marché américain est complexe et demande beaucoup d'investissements. Mais nous avons quand même deux ou trois clés du succès et surtout les deux ou trois erreurs à éviter.

A.-P. : Aujourd'hui, on vit une période inédite d'une extrême gravité concernant la crise sanitaire du Covid-19. Comment cette situation se gère-t-elle à New York ?

L. G.-R. : Pas toujours de la même façon qu'en France, d'un point de vue économique, culturel et au niveau des aides. Il est intéressant de prendre les sujets un par un. Sur l'aspect économique, comme en France, il faut distinguer différents types d'industrie. Pour le retail, la vente en magasin, tout est fermé à New York, c'est la catastrophe. Le montant des loyers était extrêmement élevé avant la crise. Les sociétés continuent à payer leur loyer, car il n'y a pas eu de mesures gouvernementales particulières sur ce sujet-là. Sachant que le loyer correspondait grosso modo à 50 % du montant des charges, cela représente des sommes très importantes quand on n'a plus du tout de chiffre d'affaires.
La situation est donc très compliquée à New York, surtout qu'il n'y aura sans doute pas de réouverture avant mi-juin. Nos clients dans ce secteur du retail ont essayé d'arrêter de payer les loyers des baux commerciaux le plus rapidement possible, ce qui n'est pas toujours facile avec les Américains. Après, nous avons l'industrie et le BtoB qui continuent à travailler comme d'habitude. Ces professionnels affronteront peut-être une crise dans l'avenir, mais pour l'instant, ce secteur continue à avoir des prospects et des contrats. Nous avons beaucoup de clients qui sont là pour aider les Américains à se digitaliser. Ils sont donc au cœur du business qui va fonctionner, donc a priori, ils n'affrontent aucun problème particulier. Nous avons également des industriels qui gèrent des usines, par forcément à New York, mais plutôt en Pennsylvanie et dans Le New Jersey. Ils ont continué à travailler, malgré des problèmes d'approvisionnement. Nous avons, par exemple, un client qui fabrique des machines excavatrices. Il ne recevait plus les moteurs. Tout a recommencé à tourner, avec beaucoup de difficultés. Ça va mieux maintenant. En dehors de New York et des grandes villes, la production commence à repartir.
D'un point de vue culturel, la gestion de la crise sanitaire est très différente aux États-Unis. Il y a quelque chose de très positif. Les gens n'ont pas peur de l'avenir. Les Américains ont une grande confiance en leur économie et dans la reprise. Et du coup, on a le sentiment que personne n'a peur. Tout le monde avance. Il est intéressant de vivre cette crise aux États-Unis, avec des gens optimistes qui vont de l'avant et qui continuent à avancer.

Concernant les aides, la situation est différente outre-Atlantique. Il n'y a pas de chômage technique. C'est tout simplement le chômage. C'est très violent. Les Américains se sont tournés vers le Gouvernement comme l'ont fait les Français, mais ils n'ont pas eu la même réponse qu'en France.

Les Américains ont néanmoins mis en place des aides notamment, notamment avec le PPP – Paycheck Protection Program –, qui maintenant est en place et fonctionne bien. Par exemple, si une entreprise a payé 20 000 dollars de salaires mensuels en 2019, elle a touché 2,5 fois ce montant en emprunt. Le Gouvernement américain annulait cet emprunt si vous utilisiez cette somme à hauteur minimale de 75 % pour payer les salariés. C'est un peu compliqué… Cette mesure incite les entreprises à ne pas licencier en bénéficiant de ces aides pendant huit semaines. Cette mesure a eu un effet assez positif. Nous avons des clients qui ont même réembauché pour pouvoir bénéficier de ces aides et d'en faire bénéficier leurs salariés.

Le gouvernement américain a donc réagi, sans pour autant être à la hauteur des mesures adoptées par Gouvernement français. C'est d'ailleurs intéressant de voir ces différentes approches pour gérer la crise.

A.-P. : Quel a été l'impact de la fermeture des frontières ?

L. G.-R. : Il a été catastrophique, même s'il n'y a eu aucun souci avec le fret. Les containers ont continué à voyager. Par ailleurs, le e-commerce a parfaitement fonctionné aux États-Unis pendant cette période. Nous avons des clients qui ont dû fermer leurs magasins, mais dont les ventes ont explosé en ligne. En revanche, la fermeture des frontières va être catastrophique pour les entreprises françaises, à moyen terme. Rien n'a été géré pendant la crise. Les retards sont très importants, ce qui veut dire pas d'expatriation possible de salariés français pendant six ou sept mois, par de stagiaires non plus sur le territoire américain et tout cela va peser sur l'économie française et de tous les pays du monde aux États-Unis, surtout en octobre et novembre. On attend la deuxième vague sans trop la comprendre. Qu'ils arrêtent le tourisme est assez compréhensible, mais qu'ils arrêtent le business et les visas de travail, c'est vraiment très surprenant.

A.-P. : Ces mesures empêchent de faire entrer des personnes contaminées sur le sol américain, mais dès que dès que l'épidémie sera maîtrisée, les frontières vont sans doute rouvrir...

L. G.-R. : Ils vont rouvrir les frontières, notamment pour les visas E2 qui ne devraient pas être touchés parce qu'ils concernent des investisseurs français sur le territoire américain. Ils vont créer du business et du travail. Nous avons un autre visa, l'H1B, qui est directement dans la ligne de mire du président Trump aujourd'hui, parce que potentiellement, son détenteur peut prendre la place d'un Américain qui travaille. Avec plus de 35 millions de chômeurs actuellement, le Gouvernement veut favoriser le travail américain.
Donc, oui les frontières vont rouvrir, mais on ne sait ni à quel terme ni de quelle façon ni pour quels visas.

A.-P. : Cette situation est donc difficile pour les entreprises françaises qui veulent s'implanter aux États-Unis ?

L. G.-R. : Oui, c'est très gênant. L'un de nos premiers conseils aux entreprises françaises qui veulent s'installer aux États-Unis est de déléguer sur place un manager de confiance qui a la culture de l'entreprise. Il doit être accompagné par un commercial américain qui connaît le marché et les clients potentiels. Sans possibilité de visa, cette tête française va être difficile à apporter. Cela remet en cause des projets d'implantation qui devaient de concrétiser cette année, ou tout au moins a pour conséquence de les décaler.

A.-P. : Étant donnée votre expérience d'expert-comptable en France, vous connaissez bien les entreprises mais également les investisseurs. Selon vous, est-il actuellement plus facile de s'installer aux États-Unis qu'en France ?

L. G.-R. : C'est très différent. Nos clients sont déjà installés et ont déjà réussi en France. Pour intervenir sur le territoire américain, il faut avoir une jolie entreprise ou avoir levé beaucoup de fonds. Donc, pour nos clients, le marché américain est leur deuxième ou leur troisième marché. Quand ils ont un projet d'export, ils regardent les opportunités en Europe, mais très rapidement, se tournent vers les États-Unis. Le problème est que c'est un pays très vaste, avec cinquante États, donc avec cinquante pays différents à l'intérieur de cette nation, avec des cultures, des façons d'évoluer et des besoins différents. Il faut donc commencer par s'implanter sur une partie du territoire américain et un lieu d'implantation ; New York, le Floride, le Texas, la Californie...

C'est un pays qui fonctionne très bien et qui demande des moyens très importants.
Il faut savoir qu'un premier contrat se signe en moyenne en 18 mois, une période pendant laquelle il faut faire vivre l'équipe sans générer de chiffre d'affaires. Cet investissement peut s'élever d'un à deux millions de dollars selon l'importance des effectifs. En revanche, créer une entreprise d'un point de vue juridique aux États-Unis est très simple. Il nous faut moins deux heures pour obtenir un numéro fiscal américain. C'est un peu plus long pour avoir un compte bancaire.

A.-P. : Prenons l'exemple d'un restaurateur ou d'un coiffeur français qui a des connaissances et une expertise un peu différente de ces collègues américains, est-ce qu'il peut venir s'installer comme ça ? Est-ce que cela est faisable ?

L. G.-R. : Oui, c'est faisable. Beaucoup l'ont fait. Mais il va falloir des moyens financiers énormes, surtout pour s'installer sur les côtes, à Boston, New York, Miami, Los Angeles… Les villes les plus chères où les prix des loyers représentent à peu près deux fois et demie ceux de Paris. Qui plus est, quand on signe un bail d'un, deux ou trois ans, on s'engage, sans possibilité de le casser. Cela fait des montants d'engagement considérables et la concurrence est rude. Il va donc falloir se distinguer. L'installation est donc possible, mais il y a beaucoup de restaurateurs, par exemple, qui ne passent pas la première année. Pour les coiffeurs, c'est un peu différent. Ils ont un visa spécifique, le visa artiste « O » et ils sont très demandés pour leurs techniques spécifiques. Chaque métier peut ainsi avoir ses opportunités. C'est donc vrai pour les coiffeurs, mais aussi pour les experts-comptables qui ont la culture. La demande est très forte à New York, par exemple. Pourtant, globalement, ce n'est pas si facile de réussir et il faut beaucoup d'argent.

A.-P. : La crise sanitaire vient actuellement interférer avec les élections ?

L. G.-R. : Oui, nous vivons une période électorale. Néanmoins, les grands États démocrates ont joué le jeu pendant cette crise sanitaire. Le gouverneur de New York, le démocrate Andrew Cuomo, a ainsi sauvé une grande partie des New-Yorkais durant cette pandémie. Le jeu politique reste pourtant présent. Chaque partie de l'Etat pourra rouvrir selon son niveau de contamination sur une liste de sept metrix, élaborée par New York State et le gouverneur. New York State a partiellement rouvert et New York City, ville extrêmement concentrée, a actuellement quatre metrix au vert sur les sept. Les secteurs rouvrent donc progressivement, en fonction des données médicales et scientifiques. Tout devrait être repartir durant la seconde semaine de juin.

L'expertise ORBISS​

Mission comptable

Orbiss effectue l'ensemble des prestations comptables et administratives. A la mise en place de la mission, Orbiss met l'accent sur l'optimisation et l'automatisation des flux simplifiant ainsi la gestion quotidienne de votre filiale américaine.

Mission fiscale

Orbiss effectue l'ensemble des prestations fiscales (déclarations de «sales tax» et d'impôts sur les sociétés). Notre analyse et suivi régulier du business modèle de votre filiale américaine vous permettent de planifier et d'optimiser les sujets fiscaux auxquels une société internationale peut être confrontée aux Etats-Unis.

Mission transaction

Due diligence comptable et financière dans le cadre de projets de rachat de structures américaines.

La France aux États-Unis en quelques chiffres

  • La France est le troisième employeur étranger aux États-Unis.
  • 4 800 filiales d'entreprises françaises sont implantées sur le territoire américain.
  • Ces filiales représentent actuellement 130 000 emplois



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