Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

OLIVIER COUSI – NATHALIE RORET « L'Ordre doit être le partenaire du travail des avocats »

le - - Droit - Professions

OLIVIER COUSI – NATHALIE RORET « L'Ordre doit être le partenaire du travail des avocats »
© DR

Olivier Cousi et Nathalie Roret sont candidats à l'élection au bâtonnat et au vice-bâtonnat du barreau de Paris, les 4 et 6 décembre prochains. Tous deux sont anciens membres du Conseil de l'Ordre.

Olivier Cousi est associé chez Gide depuis 1993. Il y a crée l'activité droit audiovisuel et médias, l'étendant notamment au droit de l'internet et des nouveaux métiers dès 2005. De son côté, Nathalie Roret est associée chez Farthouat Avocats depuis 1997. Elle y a développé des activités responsabilité pénale, droit des affaires, mais aussi santé publique, environnement et cybercriminalité.

Affiches Parisiennes : C'est la seconde fois que vous vous présentez ensemble à l'élection du bâtonnat du barreau de Paris. Pourquoi cette nouvelle candidature ? Que vous a appris cette première expérience ?

Nathalie Roret : Je considère que la première campagne nous a donnés de l'élan. Elle nous a permis d'affermir un socle de notoriété, d'être mieux connus des confrères et d'avoir davantage de crédibilité pour exprimer notre détermination à faire avancer la profession. Notre réflexion et nos projets se sont nourris des échanges avec les confrères. Nous avons voulu les rencontrer chaque mercredi, dans la cafétéria du nouveau tribunal dans lequel, vous le savez sans doute, l'avocat n'a guère droit de cité.

Un déménagement professionnel peut être cause de bouleversement psychologique au même titre qu'une rupture professionnelle ou sentimentale. Eh bien nous sommes actuellement dans cet état au barreau de Paris. Les avocats qui fréquentent ces lieux affrontent un réel malaise qui fragilise leur exercice au quotidien.

Olivier Cousi : Notre première campagne nous a également confortés dans l'idée que nous sommes complémentaires. Nous formons un binôme à la fois multi compétent, efficace en termes d'exercice, de réseaux, à travers nos deux cabinets, de taille très différente ; le pénal pour Nathalie et le droit des affaires pour moi. Notre binôme s'équilibre et fonctionne donc parfaitement bien. Nous avons trouvé une réelle dynamique en travaillant ensemble. C'est la première fois, dans la jeune Histoire de l'élection du bâtonnier et du vice-bâtonnier au barreau de Paris, qu'un binôme se représente pour la seconde fois avec les deux mêmes candidats.

La force de notre binôme​ est notre complémentarité et nos compétences croisées.
Olivier Cousi

A.-P. : Vous avez été tous deux membres du Conseil de l'Ordre…

O. C. : Oui, nous avons une connaissance extrêmement fine de la manière dont fonctionne le barreau. En rencontrant beaucoup plus d'avocats que lors de notre première campagne, nous avons progressé en écoute et en compréhension, afin de nous mettre plus facilement et plus efficacement à la disposition des confrères. Nous avons compris qu'il nous fallait porter leurs messages en leur donnant l'écho nécessaire.

Lors de la première élection, nous avions mesuré la distance existant entre les avocats et l'Ordre. Il nous semble que cette distance s'est à présent muée en véritable défiance, notamment après le déménagement du TGI. Les avocats parisiens comprennent mal pourquoi ils n'ont pas été mieux protégés. Quand nous les voyons évoluer aux Batignolles, ils semblent vraiment désemparés. Dans ce nouveau tribunal, il n'y a pas un seul endroit où apparaît le mot « avocat ». Les confrères sont déçus et amers d'être ainsi maltraités.

N. R. : Les avocats sont même parfois désespérés. À cet égard, dans une récente interview publiée par Paris Match, le président Jean-Michel Hayat soulignait qu'il ignorait que les avocats affrontaient des difficultés de circulation au sein du Palais. « Effectivement, vous me l'apprenez… Effectivement il y a sans doute eu des ratés », déclarait-il en substance. La Maison de l'avocat devrait, à terme, pallier certains des problèmes actuels.

A.-P. : Que vos confrères reprochent-ils exactement à ce nouveau Palais de Justice ?

O. C. : Beaucoup de choses sont liées aux travaux d'aménagement en cours, à l'isolement du bâtiment avec l'absence de transports en commun, aux difficultés d'accès… Tout cela n'est pas de la responsabilité du bâtonnier, mais c'est très désagréable. Surtout, la conception du tribunal est telle que l'avocat n'a plus de contact facile et direct avec les magistrats ou les greffes et se retrouve au rang des justiciables. Certes, ce n'est pas déshonorant puisque nous représentons ces derniers, mais de ce fait, nous ne sommes pas vraiment considérés comme des partenaires de justice. Sur le plan humain, nous cantonner à la cafétéria du TGI pour rencontrer nos clients, entre un magistrat qui prend son café et un autre avocat qui prépare ses conclusions, est vraiment difficile. Pour les affaires de droit commercial, c'est sans doute supportable, mais en droit de la famille ou en droit pénal, c'est beaucoup plus délicat.

Nous avons perfectionné notre compréhension de la profession et nous l'avons affinée vers des préocupations quotidiennes
Nathalie Roret

A.-P. : Au-delà du Palais de Justice, d'autres sujets importants sont d'actualité, notamment le numérique…

O. C. : Nous l'avons dit il y a deux ans, nous le redisons aujourd'hui avec encore plus de force, la fracture numérique se creuse entre les cabinets, non pas selon la taille, mais entre ceux qui, par intuition, par capacité ou par prospective, se sont déjà largement engagés dans une dématérialisation de la profession, des services, une organisation dématérialisée des cabinets, et ceux qui ne le sont toujours pas. Nous devons absolument aller chercher cette partie de la profession trop isolée des nouvelles technologies. C'est pour nous l'une des missions essentielles et urgentes de l'Ordre. Certes, ce dernier n'a pas vocation à devenir une SSII ou un prestataire informatique. En revanche, avec le CNB, qui travaille de manière plus efficace et plus rapide que le barreau de Paris avec sa plateforme avocats.fr,
nous devons faire comprendre l'extrême importance cette transformation digitale. Nous avons trois ans devant nous pour proposer aux confrères, de manière économique et mutualisée, gérés par l'Ordre, des abonnements, des accès internet, une identité numérique, une boîte mail sécurisée…

Pour ne parler que du service Gmail, les confrères qui l'utilisent sont en situation de risques personnels, puisque leurs données sont entre les mains de Google, avec les conditions générales que l'on connaît, notamment le fait que les données appartiennent à ce fournisseur d'accès américain et sont gérées en droit californien, ce qui peut devenir compliqué pour des avocats qui ont prêté serment de notamment respecter le secret professionnel.

Même constat avec le RGPD et les problèmes de gestion des données. Nous avons là un énorme travail de pédagogie, d'information et de sélection de prestataires à faire.

N. R. : Il faut un Ordre numérique pour des avocats connectés ; c'est l'un de nos slogans de campagne. Cet Ordre numérique doit proposer aux confrères, en open data, les décisions ordinales, les rapports du Conseil, les informations techniques en matière d'installation, de contrats de collaboration…

O. C. : Le barreau de Paris n'a pas aujourd'hui de plateforme unique de mutualisation des offres et des demandes de bureaux, de recherche d'associés, de recherche de spécialistes d'un domaine donné pour un dossier donné… Avec les outils numériques actuels, l'Ordre peut s'organiser pour offrir ces services de manière plus efficace.

A.-P. : L'année de dauphinat serait ainsi mise à profit pour jeter les bases de ces projets, notamment numériques ?

O. C. : Absolument. Le dauphinat nous permettra d'examiner les offres, de sélectionner les prestataires et leurs propositions. Par ailleurs, la renégociation des contrats d'assurances de l'Ordre est prévue pour 2020. Nous aurons donc beaucoup de travail en 2019.

N. R. : Il faut vraiment utiliser cette année de telle sorte que nous soyons totalement opérationnels dès le début de notre mandat, le 1er janvier 2020.

A.-P. : Dans votre programme, vous abordez notamment la protection de la collaboration libérale…

N. R. : Certaines situations de collaboration sont actuellement très mal vécues. Les contrats doivent être exécutés de façon loyale, de la part du collaborateur et de la structure. Force est de constater que les violations sont souvent imputables aux structures, mais de bonnes pratiques existent aussi.

Nous voulons mettre en place une équipe d'avocats dédiée à la collaboration ; membres et anciens membres du Conseil de l'Ordre, élus ou non élus, tous très au fait de ces questions. Je pense notamment aux élus de l'UJA, particulièrement ceux qui travaillent au sein de SOS Collaboration. Nous les avons baptisés les « sentinelles ». Ces vigies seront des lanceurs d'alertes. Cette équipe viendra renforcer l'excellent travail de Valence Borgia, Benjamin Pitcho et ceux qui les aident comme référents de la collaboration. Quelles que soient leurs qualités, pour un barreau de 12 000 collaborateurs, le travail reste insuffisant. Ce groupe sera donc le relai entre les cabinets et l'Ordre. Ses membres se déplaceront dans les cabinets à l'invitation de ces derniers. Cela n'a évidemment rien d'un contrôle de police. C'est une façon de prendre l'ambiance, de se rendre compte de la situation et de faire remonter les bonnes pratiques, puisqu'elles existent. Les abus seront évidemment sanctionnés de façon ferme.

A.-P. : Vous comptez également promouvoir l'assurance perte de collaboration…

N. R. : L'assurance perte de collaboration intervient au terme d'un contrat qui place parfois les collaborateurs et les collaboratrices face à de grosses difficultés financières. Nous voulons la généraliser en l'intégrant systématiquement aux clauses du contrat. Si la collaboratrice ou le collaborateur ne souhaite pas s'assurer, il sera possible de rayer la mention. Je suis convaincue que le simple fait de diffuser cette information dès le premier contrat de collaboration entraînera de nombreuses souscriptions, ce qui nous permettra de mieux négocier avec les assureurs pour avoir un contrat enfin efficace.

Nous avons l'exemple du barreau de Rouen. En 2013, le bâtonnier a décidé de rendre obligatoire cette assurance perte de collaboration en l'intégrant aux cotisations obligatoires d'assurance de l'Ordre. Sur le plan juridique, cette initiative a été validée par la Cour de cassation. Le coût de cette assurance est actuellement de deux euros par mois, par avocat. Avec les effectifs du barreau de Paris, nous devrions bénéficier de conditions plus intéressantes encore.

A.-P. : Concernant la formation initiale, pensez-vous vous inscrire dans la continuité de ce qui a été mis en place par Marie-Aimée Peyron et son équipe ?

O. C. : Vous savez que la formation initiale est rédéfinie par le CNB, à la fois en termes de durée et d'organisation. Il sera donc difficile de rester dans la continuité de ce qui est fait actuellement à l'EFB dès lors que les conditions évoluent de manière importante. Au-delà de la réforme, cette école coûte trop cher. Je ne veux pas que les cotisations des avocats supportent le déficit important. Ce n'est plus acceptable. Frédéric Sicard avait proposé de fermer cette école. La solution est peut-être un peu radicale. Il y a néanmoins une discussion à établir avec le CNB en fonction des nouveaux programmes, pour alléger les effectifs pléthoriques. Il faut réorganiser les choses de façon à ce que l'EFB ne soit pas aussi lourde à gérer. Le barreau de Paris doit être ferme sur la réduction drastique du nombre d'élèves.

A.-P. : L'installation est également au cœur de votre programme…

N. R. : Actuellement, beaucoup de jeunes veulent s'installer, constatant qu'il devient difficile de passer par le stage et la collaboration. Nous savons que c'est pour eux un grand moment d'isolement. Les tâches sont multiples, avec une trésorerie généralement assez tendue. Pour faciliter cette installation, nous proposons un kit d'installation « clé en main », intégrant notamment les courriers-types qu'il faut adresser à tous les organismes. Nous voulons par ailleurs créer un guichet unique numérique rassemblant les services. Au nom de la solidarité et des relations intergénérationnelles, nous allons aussi mettre en place un parrainage de l'installation. Nous avons à Paris de grands spécialistes des structures. Ils vont constituer une cellule dédiée. Nous voulons parallèlement réfléchir avec les établissements financiers les plus proches de l'Ordre pour mettre en place des facilités de trésorerie et des prix négociés.

O. C. : En partenariat avec un établissement financier, l'Ordre peut également proposer un service d'affacturage. Aujourd'hui, les délais de paiement des factures sont très longs et les ceux des impayés sont encore plus importants. Même chose pour l'avance des indemnités de maternité. L'Ordre pourrait mettre en place une avance automatique permettant aux cabinets de verser la rétrocession d'honoraires sans pour autant mettre en péril leur trésorerie.

A.-P. : Les femmes éprouvent, semble-t-il, toujours beaucoup de difficultés dans les cabinets.

N. R. : Beaucoup de femmes que nous rencontrons nous disent les difficultés qu'elles rencontrent. La profession d'avocat ne peut pas continuer à être une belle profession avec une différence de rémunération entre les hommes et les femmes. Ce n'est évidemment pas l'Ordre qui doit fixer les rémunérations dans les cabinets d'avocats. Néanmoins, son premier rôle est d'être un porte parole de ce que doit être une profession exemplaire et vertueuse.

Le 30 novembre, nous organisons l'événement « Osons, osez, idée de femmes ». Il faut que les femmes se mettent en situation de risque. Avec des structures de listes différentes, nous sommes parvenus à établir une parité dans les instances qui nous représentent, au barreau de Paris comme au CNB.

Dans le même esprit, plus l'Ordre incitera les cabinets à faire de la parentalité un thème fort, plus il aidera les femmes à affronter les obstacles. Les jeunes pères qui ont aujourd'hui 25 ans veulent participer à la vie de famille comme leur conjointe.

Une nouvelle doctrine pour le barreau de Paris

Selon Olivier Cousi, « la profession d'avocat doit être perçue par le législateur et les Pouvoirs publics comme un partenaire au moment de la fabrication de la loi et non pas comme un opposant systématique. La raison pour laquelle nous nous opposons au projet de loi Justice n'est pas la défense de la profession, mais celle d'une certaine conception de la Justice. Il y a actuellement des expérimentations sur des cours d'assises départementales sans jurés. Nous sommes donc dans la négation même de ce qu'est la justice, rendue au nom du peuple français.

Les avocats ont été consultés, il y a eu des concertations, certes, mais nous devons participer plus directement à la rédaction des textes.

Si un texte, un règlement ou une loi, est soumis à l'avis préalable du Conseil d'Etat, il n'y a pas de raison qu'il ne soit pas soumis à celui des avocats, même si ces textes ne concernent pas directement notre profession. Cela peut être des textes sur l'environnement, la GPA... Nous sommes les juristes les plus proches des situations que la loi est sensée régler. Les avocats doivent être davantage présents au sein même des ministères. Nous sommes d'aussi bons juristes que les conseillers d'Etat. Nous proposons donc que le barreau de Paris mette des avocats à disposition des cabinets ministériels. Cela contribuera à donner une meilleure image de notre profession. »

Le binome Olivier Cousi - Nathalie Roret en 9 points

1. Protéger la collaboration libérale

2. Aider l'installation

3. Reprendre notre place au TGI

4. Réussir notre formation

5. Accompagner la transformation numérique

6. Rendre notre ordre influent et respecté

7. Soutenir au quotidien

8. Garantir l'impartialité

9. Promouvoir l'exemplarité




Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer