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Olivier Cousi : « Le monde est connecté. L'avocat doit donc l'être »

Co-fondateur du Campus des avocats, Olivier Cousi est en charge de l'un des sujets centraux de cette édition 2017, « l'avocat connecté ». Avec Dominic Jensen et Stéphanie Smatt, il va sensibiliser les participants sur l'impérieuse nécessité de s'ouvrir à l'univers numérique.
Olivier Cousi : « Le monde est connecté. L'avocat doit donc l'être »

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Affiches Parisiennes : Vous êtes l'un des fondateurs de Campus et, cette année, vous êtes intervenant, autour d'un thème de première importance : l'avocat connecté.

Olivier Cousi : Tout d'abord, j'éprouve une grande fierté de voir le concept de Campus perdurer dix ans après sa création. La formation est la clé de notre faculté à nous adapter. Face aux grands défis actuels, surtout celui du numérique, c'est dans le cadre de ces formations continues que nous pourrons apprendre à maîtriser et à utiliser les nouveaux outils valorisant l'expérience du cabinet.

Les cabinets font aujourd'hui face à l'ardente obligation de se faire connaître, d'être visibles et accessibles à des services en ligne. Notre intervention, avec Dominic Jensen et Stéphanie Smatt, est destinée à sensibiliser et à faire le tour des outils et des moyens à mettre en œuvre pour se faire connaître avec les responsabilités et la déontologie qui s'appliquent à cette activité de publicité en ligne. Ce n'est probablement pas suffisant. Pour les prochains Campus, dans les années qui viennent, l'Ordre doit permettre aux avocats d'accéder à des formations plus techniques, plus complètes, directement liées à la maîtrise des outils pour développer le business en ligne. Le travail de l'avocat doit se faire au travers des nouveaux outils de communication.

A.-P. : À vos yeux, la solution de l'avocat connecté est-elle indépendante ou collective ?

O. C. : Nous sommes une profession libérale. La solution adaptée à chaque cabinet est donc individuelle. En revanche, la responsabilité est collective. Elle est surtout ordinale afin de permettre aux cabinets à la fois de comprendre les enjeux, de les maîtriser et d'utiliser l'ensemble des outils. Nous devons pouvoir proposer des modules de formation. C'est la responsabilité de l'Ordre de permettre aux confrères d'accéder à ces offres.

La charte de déontologie des legaltech, élaborée avec l'association Open Law, a été remise au bâtonnier. J'ai d'ailleurs participé à son élaboration. Elle fait son chemin. Elle fonctionne, elle est utilisée par les legaltech alors que beaucoup avaient prédit qu'elle ne servirait à rien. On se rend compte, au contraire, que c'est un outil de respect des principes et des prestations vis-à-vis des clients. Aujourd'hui, ce qui compte, c'est davantage de faire que de dire.

A.-P. : C'est donc un double défi, à la fois pour les avocats et pour les Ordres ?

O. C. : Je pense qu'à terme, les formations initiales de l'EFB devront intégrer une plus grande proportion de numérique. C'est aussi vrai pour Campus. Lors de ce rendez-vous annuel, nous avons encore trop tendance à assurer la formation avec des intervenants avocats, pour des raisons à la fois économiques et d'organisation. Nous n'avons pas assez d'intervenants extérieurs. Nous avons à présent besoin d'un accès à des formations dispensées par des professionnels qui maîtrisent la communication en ligne, l'informatique, la sécurité des réseaux…

Les enjeux sont très importants, notamment ceux du respect du secret professionnel, de la déontologie, de la confidence avec le client.

La connexion de l'avocat nécessite, par ailleurs, l'acquisition d'équipements d'un haut niveau de sécurité informatique. Leur définition, leur choix, n'est pas forcément une compétence des avocats. C'est toute cette diversification du service qu'un cabinet doit pouvoir offrir à ses clients qu'il convient aujourd'hui de prendre en compte.

Cette nouvelle offre de services comprend des éléments juridiques traditionnels qu'on a appris à l'université, mais aussi des éléments de marketing, de publicité, de fabrication, d'accessibilité… Elle doit s'adapter exactement à la demande des clients. C'est le vrai sujet !

A.-P. : Avec la rapidité d'évolution des produits et des services, à la fois sur les réseaux et les plateformes, pensez-vous que l'avocat parviendra à se mettre au niveau ou devra-t-il engager, au sein du cabinet, des profils spécifiques qui prendront en charge la gestion de ces outils ?

O. C. : Il n'y a sans doute pas d'obstacle à ce que les cabinets engagent des compétences spécifiques. Nous voyons bien que dans la fabrication des produits que les avocats qui font de la prestation mettent en ligne, il y a à la fois du contenu et de la forme. Le choix des clients se porte sur les services les plus simples, les plus fluides. Tout cela n'est pas directement en lien avec le métier de l'avocat, mais plutôt en phase avec celui du technicien.

Dans cette numérisation du service en ligne il y a de la prestation juridique, mais aussi de la prestation environnante, la connaissance du client, son suivi, la compréhension des besoins, l'adaptation du prix…

Voilà pourquoi les legaltech sont pour nous de sérieux concurrents. Ils n'ont pas nécessairement des compétences juridiques de très haut niveau comme les avocats, mais ils ont de bonnes compétences techniques. Dans la capacité de séduction de la vente en ligne, il y a bien entendu une grande partie du travail qui n'est pas juridique et sur ce terrain les legaltech sont plus fortes.

Communiquer en ligne n'est pas la compétence première d'un avocat. Au niveau d'un cabinet individuel, il est donc très compliqué d'envisager radicalement la transition numérique. Pour les gros cabinets, c'est différent. Cette évolution nécessite néanmoins d'intégrer des compétences complémentaires.

A.-P. : La connexion de l'avocat passe d'abord par la connaissance ?

O. C. : Oui, je pense qu'il faut que les avocats s'informent et se forment suffisamment pour savoir, a minima, de quoi on parle, quels sont les risques, les enjeux et les obligations du cabinet par rapport à ces prestations. À court terme néanmoins, la plupart des cabinets devront avoir la capacité de gérer leur image et leurs services en ligne.

A.-P. : Pour les cabinets individuels, la mutualisation est-elle une solution ?

O. C. : Pour les cabinets qui n'auront pas les moyens de s'équiper, la mutualisation est en effet une solution. Des outils mutualisés pourraient être mis à disposition par les Ordres, soit par l'intermédiaire de Praeferentia ou à travers la mise en concurrence de prestataires extérieurs, après avoir identifié et sélectionné les produits compatibles avec la charte des legaltech.

A.-P. : L'avocat connecté est donc le futur incontournable de la profession ?

O. C. : Notre travail passe déjà par une connexion à des messageries, à des recherches d'information par voie électronique… Nous sommes déjà largement connectés. Nous devrons aller plus loin en s'assurant que le travail, dans le cadre d'une connexion, s'effectue de manière professionnelle et en conformité avec notre déontologie.

A.-P. : La connexion est aussi une façon de booster l'activité du cabinet ?

O. C. : Nous avons la possibilité d'utiliser la publicité et les outils de promotion pour vendre nos services en ligne. Les avocats sont obligés de se faire connaître et d'être présents sur les réseaux sociaux. Ils doivent disposer d'un site internet, d'un blog ou tout au moins d'une fenêtre ouverte sur ce monde numérique. Pour notre profession, cette capacité est devenue une obligation. Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup d'avenir pour les avocats qui ne seront pas connectés.

A.-P. : Le barreau de Paris compte aujourd'hui quelque 30 000 avocats. Comment peut-on imaginer que tous puissent bénéficier d'une visibilité suffisante ?

O. C. : Ce sont effectivement 30 000 propositions qui seront en ligne, mais toutes ces propositions ne sont pas de même nature. Ensuite, les avocats sont regroupés dans des cabinets, ce qui réduit encore le nombre de sollicitations. Les services sont aussi ciblés. Il y a des offres pour les particuliers, des offres pour les petites entreprises ou pour les grandes, etc. Les services sont donc à la fois segmentés en termes de nature et en termes de marché. Il y aura ainsi quelques centaines d'offres visibles sur internet pour chaque spécialité – propriété intellectuelle, permis de conduire, divorce… Dans ce cadre stratégique, l'avocat doit savoir se positionner. Voilà des sujets que l'on n'apprend ni sur les bancs de l'université ni sur ceux de l'EFB. La formation initiale va devoir les prendre en compte.

Campus, lui aussi, doit sortir de l'adolescence et s'émanciper en s'emparant de ce type de sujets. Il doit aussi évoluer vers de la formation en ligne et vers d'autres matières que le droit, à travers des thématiques directement liées à l'évolution de la profession.

Les avocats doivent prendre le tournant de la nouvelle manière de faire de la prestation juridique.

A.-P. : Qu'est-ce qui change radicalement ?

O. C. : Ce qui change, c'est la relation avec le client, l'établissement du prix de la prestation, la manière de réaliser et de livrer la prestation… Quand j'ai commencé ce métier, l'important était que l'information donnée soit exhaustive et exacte. Aujourd'hui, certains clients demandent une réponse ultra rapide, même si celle-ci n'est ni totalement exhaustive ni forcément exacte. Pour quelqu'un qui a été formé à l'université française, c'est presque une torture… Ce sont des réflexes et des manières de travailler que nous n'avons pas appris. Nous avons donc besoin de compétences nouvelles, même si l'utilité sociale de notre métier reste la même. Ce qui change aussi ce sont les modalités de fabrication de la réponse, de la délivrance et du temps de la réponse.

A.-P. : La connexion de l'avocat aura-t-elle un impact économique ?

O. C. : Bien entendu. Il y a déjà une partie de l'information juridique, notamment celle qui est disponible en open data, qui ne peut plus être facturée par les cabinets. Cela ne change pas pour autant le fond de notre prestation.

A.-P. : Cette dimension numérique est-elle pour vous une crainte ou une opportunité ?

O. C. : Je crois que c'est une opportunité. Il faut transformer l'angoisse en enthousiasme. Nous n'avons pas de solution miracle, mais je pense que c'est cette capacité d'accompagnement des confrères que l'Ordre doit offrir à travers l'accès à de nouvelles prestations, à des forums, à des plateformes en ligne…

Du côté des Ordres et du CNB, la prise de conscience est claire, mais il y a encore beaucoup d'inertie. Je pense que nous sous-estimons l'ampleur de l'évolution. Cette dernière va plus vite que les moyens que nous proposons. Il nous faut rattraper une partie du retard.

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