AccueilInterviewOlivier Cousi et Nathalie Roret : « Nous voulons dessiner un avenir pour les avocats »

Olivier Cousi et Nathalie Roret : « Nous voulons dessiner un avenir pour les avocats »

«Pour un ordre qui déménage», le slogan des candidats au bâtonnat Cousi-Roret donne le ton de leur campagne résolument tournée vers les jeunes confrères. Pour le duo, les temps changent et la profession d'avocat doit à la fois évoluer et s'adapter aux temps modernes marqués par le numérique.
Olivier Cousi et Nathalie Roret : « Nous voulons dessiner un avenir pour les avocats »

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Affiches Parisiennes : Nathalie Roret, vous êtes candidate à l'élection au bâtonnat du barreau de Paris. Pouvez-vous vous présenter ?

Nathalie Roret : J'ai prêté serment en 1989. Je suis associée au cabinet Farthouat Avocats depuis 1995. J'ai auparavant été collaboratrice des anciens bâtonniers dévoués à l'Ordre, Mario Stasi et Jean-René Farthouat. J'exerce donc dans une petite structure bénéficiant d'une bonne notoriété. Je suis toujours restée dans ce cabinet de niche, très en relation avec les confrères qui nous envoient des dossiers en matière pénale. Je suis souvent au côté de confrères qui souhaitent interroger ou interpeller l'Ordre ou se défendre. C'est ce contexte professionnel qui m'a conduit à m'impliquer directement dans les missions ordinales. En 2010, je me suis présentée au Conseil de l'Ordre où j'ai été élue. J'ai participé avec passion à toutes les commissions déontologiques. J'ai tellement apprécié cet exercice qu'à l'issue de mon mandat, j'ai souhaité rester de façon plus permanente dans les commissions de conflits d'intérêts et de secret professionnel qui sont, à mes yeux, deux sujets à travers lesquels vous entrez vraiment au cœur de notre déontologie, avec des implications parfois lourdes de conséquences.

J'ai ensuite sollicité les suffrages de mes confrères pour intégrer le Conseil national des barreaux où j'ai été élue première sur la liste ordinale, avec le maximum de voix, ce qui m'a encouragée à postuler pour le bureau du CNB où je siège actuellement. Mon appétence est donc grande pour toutes les questions qui touchent la profession, que ce soit sur le plan national ou parisien.

Je n'aurais jamais osé me présenter au poste de vice-bâtonnière, comme certains ont pu le faire, sans passer par le Conseil de l'Ordre. Je souhaite remplir cette mission forte de ce ciment déontologique et de cette connaissance des dossiers. Je m'estime aujourd'hui mûre pour me lancer dans cette aventure.

Entrer en lice au côté d'Olivier Cousi est relativement naturel dans la mesure où nous nous connaissons depuis longtemps. J'ai suivi de près sa campagne lorsqu'il a souhaité, lui aussi, intégrer le Conseil de l'Ordre. J'aime sa façon d'appréhender la profession. J'aime également son humilité et sa façon de voir la vie avec son humour décalé.

Affiches Parisiennes : Vous avez côtoyé quelques ténors du barreau, Mario Stasi et Jean-René Farthouat, notamment. Que vous ont-ils appris ?

N. R. : J'ai commencé à travailler avec Bernard Baudelot, qui a également été bâtonnier de l'Ordre des avocats de Paris. Lorsque je suis arrivée dans cette profession que je ne connaissais pas, j'ai immédiatement été immergée dans le chaudron de la confraternité et du respect des confrères. Travailler avec de telles personnalités est une chance folle. Ce qu'ils m'ont appris, c'est d'abord le respect des confrères qui est essentiel pour moi. Cet esprit doit perdurer à tout prix dans notre profession, même si les choses sont aujourd'hui plus compliquées. À partir du respect, vous déclinez beaucoup de nos principes essentiels, être dévoué à son client, être loyal, être confraternel, respectueux du secret professionnel et de la confidentialité, de l'indépendance… Le respect est fondamental pour notre profession.

« Le respect doit perdurer à tout prix dans notre profession. À partir de là, vous déclinez beaucoup de nos principes essentiels. » Nathalie Roret

A.-P. : Olivier Cousi, pouvez-vous vous présenter à votre tour ?

Olivier Cousi : Il se trouve que j'exerce dans un cabinet d'affaires, probablement le plus célèbre à Paris, mais je me suis toujours senti avocat, comme n'importe quel avocat. J'ai fait la Conférence du stage, j'ai siégé au Conseil de l'Ordre, j'ai plaidé, j'ai fait du conseil… Mais dans ma vision de l'avocat d'affaires, ce qui compte vraiment, c'est le mot “avocat”.

Mon parcours est donc celui d'un avocat tout à fait traditionnel avec une carrière qui commence après un cursus de Sciences Po. J'ai fait un stage chez Henri Ader, où j'ai approché le droit de la presse. En 1985, Frédéric Nouel, qui était à l'école d'avocats avec moi, me dit que Gérard Tavernier, un associé de Gide spécialisé dans l'immobilier, vient de recevoir Berlusconi qui veut monter une chaîne de télévision en France. J'étais alors spécialiste de ce droit parce que j'avais en poche un DEA sur l'autorité de régulation de l'audiovisuel. Ce sujet m'intéressait. Gérard Tavernier, un patron formidable, avait besoin de quelqu'un pour s'occuper du dossier de La 5. Comme ce travail ne comblait pas un temps plein, il m'a confié des dossiers immobiliers. Quarante-huit heures plus tard, je négociais à la Défense un acte de vente de la Tour Descartes pour un promoteur. J'ai rarement affronté un tel moment de solitude. Je n'y connaissais rien. Tout cela se passait en anglais. J'étais totalement perdu. À travers cette anecdote, je veux dire que dans le métier d'avocat, il y a cette idée d'aller un peu au-delà de sa zone de confort. On progresse réellement quand on affronte ce type de défi.

Ma candidature au bâtonnat procède un peu de cette démarche. Je veux aller vers des sujets qui m'intéressent et qui me motivent. Cette volonté est aussi liée à la dernière campagne durant laquelle j'ai éprouvé de l'agacement. Je pense en effet que dans une société où l'innovation est partout, avec des legaltech, un marché numérique du droit, où la concurrence des experts-comptables est vive, il faut réellement aller de l'avant. Voilà pourquoi nous avons choisi comme slogan “Pour un ordre qui déménage”. Avec Nathalie, nous avons envie de faire bouger les choses. Il faut regarder le présent en face. L'avocat doit s'y adapter. Il est louable de parler du passé, de savoir si les avocats doivent ou non conserver certains locaux, la bibliothèque, la Maison du barreau… mais ce ne sont pas ces sujets – certes importants – qui intéressent aujourd'hui les jeunes dans les cabinets. Ces derniers préfèrent savoir s'ils vont continuer à avoir des clients, quels seront leur rémunération et leur avenir. Notre campagne est résolument tournée vers cette génération de jeunes confrères avec lesquels nous travaillons de manière passionnante – c'est un peu une tradition chez Gide.

A.-P. : Qu'est-ce qui vous a décidé à vous porter candidat ?

O. C. : En décembre 2014, j'avais rédigé un article intitulé “J'ai l'honneur de ne pas vous demander votre voix”, dans lequel j'expliquais pourquoi je n'étais pas candidat. Je n'aime pas faire les choses sans savoir. J'ai d'abord voulu aller à la rencontre des confrères, de leur activité et de leurs problèmes pour savoir ce qu'ils attendent. C'est à cette période que nous nous sommes rencontrés avec Nathalie. Elle est plus au fait que moi sur la connaissance des institutions ordinales et l'organisation de la profession. Nous avons décidé d'y aller ensemble il y a environ 18 mois. Nous nous sommes rapidement entourés d'équipes de jeunes et nous avons commencé à travailler.

Je crois que ce qui m'a réellement décidé, c'est cette impression que nous passons à côté des nombreuses opportunités qui se profilent dans la Justice du XXIe siècle. Les avocats risquent de rater une marche. L'Ordre doit pleinement se mettre au service des avocats pour leur permettre d'être performants, compétents, compétitifs… Voilà ce qui nous motive. Nous voulons dessiner un avenir où les confrères conservent leur profession de référence.

N. R. : De mon côté, j'aime bien enchaîner les choses. Comme je le précisais précédemment, cette candidature est dans la continuité du mandat ordinal et du mandat au Conseil national des barreaux. J'ai, de surcroît, senti qu'il y avait urgence. Prestation de serment en 1989, Conseil de l'Ordre en 2010… J'ai suffisamment attendu pour me lancer dans l'action concrète pour les confrères. J'ai quatre filles. Je suis donc sensible à ce que peuvent ressentir les jeunes actuellement. Ces jeunes, tant en province qu'à Paris, ont envie que leur profession soit respectée comme elle l'a toujours été. À tort ou à raison, ils ont également un peu peur des attaques dont les avocats font l'objet sur le périmètre du droit. Ils craignent de ne pas pouvoir rester dans cette profession, notamment à Paris, eu égard au nombre toujours croissant d'étudiants qui sortent chaque année de l'EFB et qui ne trouvent pas immédiatement une collaboration. Il faut prendre ce problème à bras-le-corps et je crois que je n'aurai plus cette énergie dans dix ans. Je l'ai maintenant, surtout après ma rencontre avec Olivier que je trouve à même de traiter de beaucoup de ces sujets, en particulier avec la connaissance de la profession qui est la sienne. Je trouve que l'attelage est bon.

O. C. : Notre candidature s'inscrit dans une logique de valeurs. Nous considérons que cette profession en a beaucoup et nous aimerions les faire évoluer pour les rendre compatibles avec les temps modernes. Ces valeurs sont d'ailleurs encore plus nécessaires aujourd'hui dans un monde d'immédiateté, de rapidité. L'avocat a sa place dans le débat concernant tous les grands sujets de société. Nathalie et moi aimons les débats démocratiques.

« Il faut que la profession d'avocat s'ouvre et respire pour qu'elle puisse acquérir davantage de visibilité. » Olivier Cousi

A.-P. : Si vous êtes élus, comment va s'illustrer votre action ?

N. R. : Concernant la déontologie, beaucoup trop de confrères se plaignent aujourd'hui de l'absence de réactivité de l'Ordre : lenteur de l'instruction, absence ou inadaptation des sanctions… Pourtant, ce qui est important pour une institution, c'est l'apparence qu'elle donne. De ce point de vue, il y a des choses à réajuster à l'Ordre, non pas qu'il fonctionne mal, mais trop de confrères sont désabusés. Il faut sans doute restaurer l'attrait pour l'institution, en mettant concrètement des solutions en œuvre, sur les problèmes de déontologie à travers la création d'une commission restreinte susceptible de siéger et de juger la flagrance, par exemple en cas de violation du respect du contradictoire qui parfois n'est pas sanctionné, tout cela au mépris des intérêts du justiciable. Il faut bien avoir en tête que la déontologie est là pour protéger le client et non l'avocat. Il faut réfléchir à la façon dont nous allons mettre en œuvre une réponse qui soit dans le bon timing par rapport à la demande des confrères, ce qui me paraît – pour avoir fréquenté ces instances ordinales – tout à fait faisable.

O. C. : Nous allons mettre en place ce référé déontologique à travers une hot line, disponible sept jours sur sept et 24 heures sur 24, qui soit une réponse à cette demande des confrères.

A.-P. : Et au-delà de la déontologie ?

O. C. : Il y a une thématique à laquelle nous sommes très attachés, c'est celle de la transmission. Il y a besoin de rassembler, de collecter, de mettre en valeur ce qu'a fait le barreau de Paris depuis sa fondation. Il y a une mémoire, il y a des activités nouvelles, méconnues, des nouveaux marchés, comme la médiation. Nous avons besoin de créer une marque “Barreau de Paris” qui pourrait être valorisée en jetant les bases d'un Institut qui serait le pôle d'excellence de l'Ordre, voué à mettre en forme et à transmettre le passé, la tradition, les archives…

Cet Institut aurait également vocation à faire de la formation continue, de la formation croisée entre les confrères. Il faut que des avocats qui exercent dans le domaine de l'immobilier viennent partager avec des confrères qui ont d'autres expériences (droit du travail, droit de la famille…) en utilisant les outils les plus modernes possibles, des MOOC aux Meetup. Ce savoir du barreau de Paris existe. Il est même célèbre dans le monde entier, à la fois par son histoire, sa reconnaissance en matière de déontologie, de place d'arbitrage…

Nous voulons créer cet Institut en partenariat avec l'université, les juristes et les entreprises. Que l'Ordre s'intéresse à ses talents et permette sous forme collaborative, d'échange et de formation. L'Institut sera l'académie de la déontologie, l'académie des contre-pouvoirs, l'académie de la réflexion sur la démocratie, avec la participation de philosophes, d'universitaires… Il faut que la profession d'avocat s'ouvre et respire vis-à-vis de l'extérieur pour qu'elle puisse acquérir davantage de visibilité.

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