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Nouvelle enquête de benchmarking de l'ACC : « un outil stratégique pour les directeurs juridiques »

L'Association of Corporate Counsel (ACC) vient de diffuser les résultats de son enquête internationale comparative sur le fonctionnement des départements juridiques. Catherine J. Moynihan, directrice des services de gestion juridique de l'ACC et responsable du département de recherche, nous décrypte les résultats de cette édition 2021 et son utilité particulière pour la profession.
Nouvelle enquête de benchmarking de l'ACC : « un outil stratégique pour les directeurs juridiques »

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Affiches Parisiennes : Pourquoi l'ACC établit-elle un rapport d'analyse comparative de la gestion des services juridiques ?

Catherine J. Moynihan : Notre premier objectif est de pouvoir fournir à nos membres des données financières et opérationnelles comparatives sur leur marché. Le « rapport ACC/ MLA Law Department Management Benchmarking Report », mené en collaboration avec le cabinet d'avocats Major, Lindsey & Africa (MLA), constitue ainsi une ressource de premier ordre pour les directeurs juridiques afin qu'ils puissent comparer, suivre, mesurer les progrès et maintenir la performance de leur équipe.

Par ailleurs, aux vues du panel varié d'informations recueillies via les répondants, nous apprécions aussi pouvoir informer nos lecteurs sur l'état de fonctionnement global des départements juridiques à travers le monde et les évolutions que nous observons.

Enfin, cette enquête permet à l'ACC de fournir des rapports sur mesure aux entreprises qui en font la demande grâce à la variété et au détail des informations collectées sur n'importe quels secteurs et industries.

A.P. : Combien de participants ont répondu à cette enquête ? Sont-ils représentatifs du secteur juridique mondial ?

C.M. : Cette enquête de benchmarking juridique a été menée entre mars et mai 2021. Au total, presque 500 départements juridiques ont participé, 493 pour être exacte, issus de 24 secteurs d'activité dans 30 pays. Si la majorité des réponses ont été collectées aux Etats-Unis, de nombreux répondants exercent en Europe, en Australie, Nouvelle-Zélande, Canada, etc., donc ça représente bien le marché des pays développés.

« Cette enquête constitue une ressource de premier ordre pour les directeurs juridiques afin qu'ils puissent améliorer les performances de leur service et mener à bien toute négociation »

A.P. : Quelles sont les informations clés de cette deuxième édition de l'enquête ?

C.M. : Le point sur lequel nous portons une attention particulière est relatif à la structure des départements juridiques et leur hiérarchie, notamment savoir si leur directeur rend compte directement au top management de l'entreprise. C'est très important de savoir si les CLO (chiefs legal officers = directeurs juridiques) sont en lien étroit avec le CEO (chief executive officer = PDG). Cette année, l'enquête montre que c'est le cas pour 79,7 % des répondants et à l'ACC nous en sommes très satisfaits car ça fait des années que nous nous mobilisons pour que les juristes prennent leur place autour de la table des décideurs, et tiennent un véritable rôle de business partner auprès de la direction générale. Ils devraient toujours être consultés en amont afin d'informer l'entreprise sur les risques juridiques de telle ou telle stratégie business et devraient être intégrer proactivement dans toute décision, et pas seulement après coup.

D'autres critères sont aussi importants comme le recours aux cabinets d'avocats externes et leurs coûts à l'heure, les dépenses dans les outils technologiques ou encore le nombre de salariés au sein des départements juridiques et leur niveau de diplômes. C'est intéressant d'observer les points de rupture et les seuils de progression des structures. Par exemple, les statistiques montrent que généralement les départements se dotent d'un assistant juridique (paralegal) lorsqu'ils ont au moins 3 juristes, et lorsque ces derniers sont plus de 7 ils ont souvent une équipe composée de plusieurs assistants et d'un professionnel des opérations juridiques.

Enfin, cette année, l'enquête a demandé pour la première fois aux répondants de parler de leurs efforts en matière de diversité et d'inclusion ce qui est un thème très important pour l'ACC.

A.P. : Dans quelles catégories du benchmarking les résultats vous ont-ils le plus surpris ? Est-ce sur la structure des services juridiques ou plutôt sur leurs dépenses ?

C.M. : Ce serait peut-être sur le sujet des technologies qui fait actuellement beaucoup de buzz dans l'univers juridique. Pourtant, cette enquête montre que seulement 2 % des dépenses totales moyennes des départements juridiques sont allouées aux solutions de technologie juridique, ce qui reste très faible. Pire encore, et ce n'est pas si étonnant car il y a des petites structures, 28 % des départements juridiques avouent ne faire aucune dépense relative à des outils technologiques. Et même quand on retire ces 28 % du lot, on retrouve une moyenne de 5 % du budget juridique consacré à la technologie ce qui n'est pas aussi important qu'on aurait pu l'espérer.

J'ai aussi été un peu surprise par les chiffres collectés sur la diversité, notamment le fait que seulement 29 % des entreprises évaluent la diversité en interne, et que, parmi celles qui le font, seule la moitié a une stratégie formelle pour s'améliorer dans ce domaine.

A.P. : En termes de diversité et d'inclusion, les services juridiques sont-ils meilleurs ou pires que les entreprises en général ? Quels pays ou secteurs sont de bons élèves ?

C.M. : Dans ce rapport, nous n'avons pas distingué les données collectées par pays ou secteur d'activité. Toutefois, je suppose que nous pourrions, à tout le moins, comparer des régions géographiques, mais l'objectif était d'étudier un mouvement global.

Nous n'avons pas non plus comparé l'action des départements juridiques en la matière à celle des entreprises en général car ce n'était pas à la portée de cette étude. Intuitivement, je dirais que plus le département juridique est grand, plus il fait attention à ce type de problématique RH, car c'est en lien avec son budget ainsi que son nombre de salariés.

En revanche, il est intéressant de noter que l'enquête révèle que 29 % des entreprises suivent la diversité en interne - et parmi celles qui le font, 47 % ont une stratégie formelle pour s'améliorer dans ce domaine.

« Toutes ces données représentent un outil très important pour mener à bien toute négociation, qu'il s'agisse d'obtenir une augmentation de budget avec son directeur financier ou son PDG, ou bien de renégocier ses contrats d'externalisation avec des cabinets d'avocats »

D'autres font aussi attention à la diversité de leurs partenaires, notamment des cabinets d'avocats auxquels elles font appel, mais elles ne sont que 18 %. Et parmi elles, seul un quart a également déclaré avoir une stratégie formelle avec des conséquences tangibles pour améliorer les mesures de diversité des cabinets qu'elles engagent.

L'évaluation de la diversité de ses équipes et l'amélioration en la matière peut-être très difficile, notamment dans certains pays comme la France où les statistiques ethniques sont interdites et où la protection de la vie privée est très importante. Ce qui est certain, c'est qu'il y a encore beaucoup de travail à faire !

Je suis intimement convaincue que nous verrons ces statistiques augmenter car l'intérêt sur la problématique de la diversité augmente dans le milieu juridique, et que cette enquête permet de pointer ce sujet du doigt.

A.P. : Estimez-vous que l'impact de la pandémie, avec la généralisation du télétravail notamment, est susceptible de favoriser la diversité dans les départements juridiques qui pourraient ainsi embaucher dans différentes régions ?

C.M. : C'est une très bonne question. Oui, c'est vrai j'imagine, que depuis le début de cette crise, les entreprises et les départements de ressources humaines ont une plus grande liberté d'action sur les profils qu'ils sélectionnent pour les recrutements grâce au travail à distance. Ça leur permet de pouvoir atteindre des profils plus variés, au-delà du périmètre géographique restreint de leur siège social et des lieux d'implantation de leurs bureaux. C'est effectivement une bonne opportunité pour diversifier ses équipes.

A.P. : Cette enquête a-t-elle interrogé son panel sur l'impact de la Covid sur le fonctionnement de leur département ?

C.M. : Non, cette enquête ne l'a pas fait. En revanche, l'ACC a mené des sondages flash sur l'impact du Covid, réalisés l'été dernier en plein cœur de la crise. Il s'agissait de sondages rapides et informels auprès de nos membres, juste pour avoir une idée de la façon dont les gens réagissaient et faisaient face à tous les changements drastiques imposés par la pandémie, notamment sur la mise en place du télétravail.

Je peux témoigner que les départements juridiques ont vécu cette transition assez aisément puisqu'ils étaient déjà équipés de nombreux outils technologiques facilitant le traitement des dossiers à distance. Et pour ceux qui n'étaient pas encore bien équipés ou n'avaient pas le temps de se former, la crise a permis une accélération de leur transition digitale. Soudainement, tout le monde dans l'entreprise a dû s'y mettre, et utiliser de nouveaux outils afin de travailler au mieux. Il me semble que ça a permis de se rendre compte de l'utilité de ces outils innovants et de l'autonomie qu'ils offrent. J'estime ainsi que la pandémie a eu un impact très profond sur la façon de travailler des départements juridiques.

Par ailleurs, l'enquête CLO publiée par l'ACC en janvier dernier a également abordé un peu le sujet et révélé que de nombreux départements juridiques prévoient d'embaucher malgré la pandémie, 2 % de plus de répondants ont ainsi déclaré qu'ils engageraient des avocats en 2021 par rapport à 2020.

A.P. : Comment les directeurs juridiques peuvent-ils utiliser ce rapport de benchmarking pour améliorer leur service ou obtenir une augmentation de leur budget ?

C.M. : Là vous touchez le point le plus important selon moi, en tout cas celui qui me tient vraiment à cœur : cette étude a pour objectif principal de servir d'outil stratégique aux directeurs juridiques.

Elle fournit en effet tout un tas de données comparatives essentielles dans les domaines financier et opérationnel afin d'aider les services juridiques à établir des bases de référence pour l'amélioration de leurs performances.

Cette enquête devient véritablement utile lorsque les directeurs juridiques demandent un rapport personnalisé selon la taille et le secteur d'activité de leur entreprise qui leur permet de se comparer à leurs pairs. Ils peuvent voir par exemple quel est le ratio moyen entre les dépenses d'avocats internes et externes dans leur secteur d'activité et estimer s'ils externalisent trop ou de façon trop coûteuse.

Toutes ces données représentent un outil très important pour mener à bien toute négociation, qu'il s'agisse d'obtenir une augmentation de budget avec son directeur financier ou son PDG, ou bien de renégocier ses contrats d'externalisation avec des cabinets d'avocats, ou encore de discuter des améliorations à réaliser avec ses équipes.

En plus d'aller dans le détail, cette étude permet aussi de révéler des moyennes globales. Par exemple, la donnée en or est l'efficience des départements, il s'agit du tot al des dépenses juridiques par milliard de revenus. C'est un moyen simple et universel pour évaluer leur efficacité. Avec les données de l'étude il est donc possible de se comparer et de voir qui est le meilleur de la classe dans son secteur !

« Nous portons une attention particulière à la structure des départements juridiques et leur hiérarchie, notamment savoir si leur directeur rend compte directement au top management »

A.P. : Cette enquête sera-t-elle reconduite par l'ACC biannuellement ?

C.M. : Face à son succès, nous avons décidé de renouveler cette étude chaque année. Nous avions effectivement commencé par la faire tous les deux ans mais avons finalement opté pour en faire une étude annuelle suivant le même modèle que notre étude de benchmarking sur la rémunération des services juridiques. Avec ces deux études annuelles, l'ACC offre des outils puissants pour améliorer les services juridiques autour du monde.

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