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Nouveaux métiers : risques inédits et assurances sur-mesure

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Nouveaux métiers : risques inédits et assurances sur-mesure
© DR - Anaïs Mafféis, Head of small products chez Hiscox, décrypte l'impact du bouleversement digital dans le monde de l'assurance professionnelle.

Head of small products chez Hiscox, spécialiste des assurances civiles professionnelles, Anaïs Mafféis décrypte l'impact du bouleversement digital dans le monde du travail et ses répercussions dans le monde de l'assurance.

Affiches Parisiennes : Quels sont les nouveaux types de métiers qui se développent ?

Anaïs Mafféis : De mon point de vue, toutes les fonctions de l'entreprise sont impactées par la révolution digitale mais on ignore encore ce que seront très concrètement les métiers de demain. Ils dépendront des évolutions technologiques, donc du numérique et de la robotique, des évolutions réglementaires, notamment sur la protection des données personnelles ce qui a déjà commencé avec les DPO, dans le domaine de l'environnement ou encore la protection du consommateur avec l'émergence de l'intelligence artificielle et des objets connectés dans notre quotidien.

"nous allons assister non seulement à l'émergence de nouveaux métiers mais aussi à la transformation des métiers actuels"


Ces évolutions vont aussi dépendre de l'importance que les entreprises vont consacrer à la relation client. Selon moi, nous allons assister non seulement à l'émergence de nouveaux métiers mais aussi à la transformation des métiers actuels, avec peut-être des compétences plus techniques.
On constate aujourd'hui que les entreprises ont du mal à recruter des talents, dans les start-up ou les grands groupes. Les spécialistes des domaines en plein essor, comme le code informatique, l'analyse des données et du trafic ou le design utilisateur, sont encore assez rares.

A.-P. : Quel est l'impact immédiat sur les besoins en assurance professionnelle ?

A.M. : Dans l'assurance, les mouvements sont restés les mêmes quel que soit le métier. Donc, même avec ces nouveaux métiers, il va toujours falloir s'assurer contre les risques d'erreur, de faute, de manquement contractuel, et si on va plus loin, d'atteinte à la vie privée, d'atteinte au droit de propriété intellectuelle de tiers, de perte de documents ou biens confiés par des clients, de divulgation d'informations confidentielles, de livraison de produits défectueux…

"L'assureur est le partenaire des entrepreneurs"


Toutes ces protections passent par une assurance professionnelle. L'assureur est le partenaire des entrepreneurs. L'assurance est finalement l'assurance-vie de l'entreprise !
Ce qui va certainement évoluer est qu'il faudra également assurer son matériel professionnel qui sera de plus en plus sophistiqué. Le dernier point est l'obligation de s'assurer contre les risques de perte ou de violation de données, pour les entrepreneurs qui en collecteront dans le cadre de leur activité.

Des métiers en pleine transformation

Voici quelques chiffres très explicites sur la révolution qui secoue le monde du travail et les nouvelles formes d'emplois à venir.
- en France, moins de 50 % des personnes ont un diplôme dont la spécialité correspond au métier qu'elles exercent (France Stratégie) ;
- 61 % des salariés français aspirent au télétravail (source : ministère du Travail) ;
- 70 % des millennials travaillent déjà en « flex », (enquête mondiale pour Polycom) ;
- dans 10 ans la moitié des travailleurs américains seront freelance (étude Upwork) ;
- en 2020, 2,3 millions d'emplois seront créés par la robotisation et l'IA, tandis que 1,8 million risque de disparaître (étude cabinet Gartner et étude du cabinet McKinsey) ;
- la croissance des métiers qualifiés est deux fois plus élevée que pour les autres métiers (rapport Les métiers en 2022, France Stratégie) ;
- l'IA va automatiser les emplois peu qualifiés et accentuer la spécialisation accrue des salariés et augmenter le niveau de qualification requise (rapport Intelligence artificielle et travail, France Stratégie) ;
- d'ici à 2022, un travailleur sur cinq utilisera l'IA dans son travail quotidien (étude cabinet Gartner).

A.-P. : Avec la récente entrée en application du RGPD, la cyber-assurance est-elle le nouveau type d'assurance le plus plébiscité ?

A.M. : La cyber-assurance est effectivement l'un des moyens de se protéger contre ces risques. On constate déjà une recrudescence de la sensibilisation des chefs d'entreprise à cette problématique. Cependant, au niveau de l'achat d'une police de cyber-assurance, nous ne sommes pas encore arrivés à maturité du marché. Nous voyons beaucoup de grandes entreprises qui souscrivent, mais pas encore assez de moyennes et de petites qui ne se sentent pas assez concernées. Pourtant, elles le sont tout autant, c'est pourquoi nous avons un vrai rôle de sensibilisation à jouer.

A.-P. : Faites-vous la promotion de la souscription de cyber-assurance ?

A.M. : Oui, c'est plutôt la branche « cyber » du groupe Hiscox qui fait de la promotion lors de tables rondes et d'ateliers. Nous avons beaucoup communiqué sur le sujet afin de sensibiliser au maximum les entreprises sur l'impact du RGPD. Nous leur expliquons le rôle de la cyber-assurance et ce qu'elle permet de protéger.

A.-P. : Avez-vous développé vos offres de cyber-assurance, notamment pour les TPE-PME ?

A.M. : Nous essayons effectivement de revoir notre tarification afin d'être plus compétitifs pour les petites entreprises.
Maintenant, nous sommes sur un risque où nous n'avons pas encore suffisamment de recul en termes de sinistralité, donc nous devons rester prudents sur la tarification. Nous savons déjà que les entreprises sont sujettes à de nombreuses attaques et que l'assurance sera consommée. Je pense que la tarification va forcément évoluer au fur et à mesure de notre expérience client.

A.-P. : Comment est fixé le prix de la police de cyber-assurance ?

A.M. : C'est très compliqué car il dépend de nombreux critères : du secteur d'activité de l'entreprise, de son chiffre d'affaires, de la typologie et du nombre de données qu'elle traite… Pour le coup, c'est vraiment une analyse de risque et donc du sur-mesure. Par exemple, les entreprises d'e-commerce sont très exposées aux cyber-risques donc doivent payer des polices plus chères car leur chiffre d'affaires dépend uniquement de la vente en ligne.

A.-P. : Comment auditer les risques d'une activité professionnelle ?

A.M. : Nous ne sommes pas un auditeur de risque car c'est un métier en soi. Nous accompagnons la réponse en termes d'assurance mais nous savons comment analyser un risque lorsqu'on nous transmet les informations nécessaires. Pour vous donner des clés, certains risques dépendent du type de prestation fournie par l'entreprise (produits défectueux, propriété intellectuelle…), du secteur d'activité de la clientèle, de la taille et de la complexité des contrats, de la maturité de l'entreprise en termes de chiffre d'affaires et des moyens de prévention et de sécurisation des données qu'elle traite.
Dans le secteur de l'informatique par exemple, 70 % des réclamations résultent d'un manquement contractuel. Vu que nous sommes un assureur spécialiste, nous avons un bon historique de ce type d'activité et avons pu fixer un prix correspondant à ce risque grâce à nos 30 années d'expertise. Ce sera certainement plus difficile à faire pour les métiers qui arrivent, notamment ceux liés à l'IA ou aux objets connectés, qui ont des risques inconnus et d'autres potentiellement sériels qui peuvent chiffrer en termes de montant.

"certains risques dépendent du type de prestation fournie par l'entreprise, du secteur d'activité de la clientèle, de la taille et de la complexité des contrats..."


Il convient aussi de regarder la partie matérielle de l'activité professionnelle, en étudiant quelle est la valeur des biens professionnels et quel est son degré de dépendance par rapport à eux dans l'exercice de son activité.
C'est la même chose pour les données. Il faut bien identifier les données à risque que l'on collecte dans son état des lieux : données personnelles et bancaires des salariés, des clients, plans stratégiques, secrets commerciaux, brevets… qui sont souvent ciblées.
L'idéal est donc de bien les cartographier et de faire réaliser un audit technique par un spécialiste, au moins une fois par trimestre.

A.-P. : Comment négocier avec son courtier une assurance qui indemnise en valeur à neuf ?

A.M. : Si c'est négocier avec son courtier, ce n'est pas très compliqué car ce dernier est censé connaître les assureurs qui proposent des contrats qui assurent le matériel professionnel en valeur à neuf. Ce sera nécessairement plus onéreux mais si c'est un critère essentiel pour l'assuré le courtier se doit de lui proposer les meilleures offres du marché.
Négocier directement auprès d'un assureur est beaucoup plus délicat dans le sens où c'est lui qui détermine s'il veut indemniser en valeur à neuf ou en vétusté déduite.

A.-P. : Allez-vous faire appel à des logiciels de justice prédictive ?

A.M. : Nous n'y sommes pas encore, même si le digital est un vrai sujet dans l'assurance. On y réfléchit à l'heure actuelle, mais davantage en termes de gestion de sinistres qu'en termes d'analyse de risques. Toutefois, ce sont des choses qui vont effectivement émerger dans l'assurance, c'est inévitable.

A.-P. : Proposez-vous déjà des assurances professionnelles qui couvrent les sinistres causés par les IA ?

A.M. : Alors, chez nous ça ne rentre pas encore dans nos offres car il s'agit d'assurance de risques qu'on ne maîtrise pas suffisamment. La difficulté avec l'IA et les objects connectés, comme les voitures autonomes par exemple, est qu'ils font porter des risques de sinistres corporels sériels que nous ne sommes pas prêts à assurer aujourd'hui.
A ma connaissance, aucun acteur de l'assurance ne propose déjà un contrat dédié à ces types de risques. D'ailleurs, la difficulté se pose même avant l'assurance, dans la définition de la responsabilité en cas de dommage. Cela dépendra donc de la réglementation spécifique. Sachant que le législateur se pose toujours en faveur de la protection du consommateur, je pense qu'on va voir émerger des assurances obligatoires en la matière. Les assureurs professionnels, les assurances habitation et les assureurs auto se positionneront également.

A.-P. : Participez-vous à des réunions avec les assureurs ou les Pouvoirs publics sur ces sujets ?

A.M. : Non, pas à ma connaissance. Je ne pense pas qu'Hiscox soit impliqué dans ce type de discussions. A partir de la veille que je réalise sur ces sujets actuellement, je n'ai rien vu dans ce sens.




Anne MOREAUX
Journaliste

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